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Imaginer un revenu garanti pour tous, par Mona Chollet (Le Monde diplomatique, mai 2013)

On travaille, et, grâce à ce travail, on perçoit de l’argent. Une telle logique est si bien ancrée dans les esprits que la perspective d’instaurer un revenu inconditionnel, c’est-à-dire de verser à chacun une somme mensuelle suffisante pour lui permettre de vivre, indépendamment de son activité rémunérée, apparaît comme une aberration. Nous sommes encore persuadés de devoir arracher à une nature aride et ingrate les moyens de notre subsistance individuelle ; or la réalité est bien différente. Bourses étudiantes, congés parentaux, pensions de retraite, allocations familiales, indemnités de chômage, régime français des intermittents du spectacle, minima sociaux : autant de prestations qui ont en commun de découpler revenu et travail. Si insuffisants, si attaqués que puissent être tous ces dispositifs, ils montrent que le revenu garanti est une utopie « déjà là ». Mais précisons bien de quoi l’on parle exactement. Il refait surface en Europe, d’abord dans les Pays-Bas des années 1980 (6).

https://www.monde-diplomatique.fr/2013/05/CHOLLET/49054

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Warren Buffett a-t-il raison quand il affirme que la lutte des classes existe et que ce sont les riches qui sont en train de la gagner ? Le milliardaire américain Warren Buffett a déclaré il y a quelques années, non sans humour, qu'il existait "bel et bien une guerre des classes mais c'est ma classe, la classe des riches qui fait la guerre et c'est nous qui gagnons". Unissez-vous Warren Buffet assure que les riches sont en train de gagner la lutte des classes. Votre percepteur est coté en Bourse, par Christian de Brie (Le Monde diplomatique, mai 2016) La fuite de documents financiers (plus de onze millions) d’un cabinet panaméen, Mossack Fonseca, a provoqué « le tournis, le vertige et la nausée », selon les termes d’un éditorial du Monde (5 avril 2016). Une diffusion plutôt sélective, centrée sur les hommes politiques et les dictateurs, les vedettes du sport et du spectacle et les milliardaires célèbres ; moins sur les entreprises multinationales et les grandes fortunes anonymes, clientes du cabinet, où leur argent côtoie celui du crime organisé et du terrorisme ; moins encore sur les banques, cabinets d’avocats et de gestion de fortunes, intermédiaires obligés au service des bénéficiaires pour un blanchiment et un recyclage anonymes. Les « Panama papers » font suite à une série de scandales récents : UBS en 2008, LuxLeaks en 2014, SwissLeaks en 2015... Ils ont contribué à soulever un peu plus un coin du lourd tapis sous lequel se dissimulent évasion fiscale et criminalité financière.

L'or, le dollar et l'intégration capitaliste, par Francis Kern (Le Monde diplomatique, mai 1980) La prospérité économique qui caractérise l’après-guerre prend ses racines dans la dissymétrie des économies des pays industriels de l’Occident héritée de la guerre. D’un côté, l’économie américaine restée intacte, hyperdéveloppée par l’effort de guerre et qui permet à sa population d’accéder, dès les années 40, à la consommation de masse. De l’autre, des économies partiellement détruites, aux installations vétustes, avec des populations qui connaissent la pénurie et le rationnement. Ainsi le système monétaire international qui se met en place dès 1944 ne sera pas le Gold Exchange Standard, mais le dollar standard. Si la devise américaine n’est guère contestée pendant près de vingt ans, ce n’est pas à cause de sa « libre convertibilité en or, au cours officiel de 35 dollars pour une once d’or », mais parce que toutes les autres nations de l’Occident ont besoin des billets verts pour reconstruire leur économie.

Apple, Steve Jobs et le néocapitalisme américain La publication du livre consacré à Steve Jobs, le cofondateur d’Apple, par Walter Isaacson, ancien dirigeant de CNN et de Time Magazine, aujourd’hui à la tête de l’Institut Aspen, est l’occasion de mieux comprendre — de l’intérieur — comment fonctionne le technocapitalisme américain. En août 2011, Apple est devenue la première capitalisation boursière au monde devant Exxon Mobile avec plus de 330 milliards de dollars. L’entreprise doit une grande partie de son succès à son patron, Steve Jobs, et à sa volonté de puissance qui l’a amené à imposer ses produits de façon quasi-religieuse auprès d’une communauté d’aficionados devenue massive et mondiale. Mais l’histoire d’Apple et la légende de son mythique fondateur, décédé le 5 octobre dernier, sont aussi emblématiques de l’évolution des grandes multinationales de la Silicon Valley qui se sont converties aux techniques du marketing et de la communication pour favoriser une véritable dévotion à leur marque. Le désir de tout contrôler

FMI : la mondialisation financière nourrit les inégalités Pour les experts du Fonds monétaire international (FMI), il n’y a aucun doute : quand un pays ouvre son économie aux grands vents de la finance mondiale, il voit croître ses inégalités sociales. C’est la conclusion d’une étude empirique menée sur 149 pays pour la période 1970-2010. Quels sont les mécanismes qui relient les inégalités à l’ouverture financière ? Le FMI en identifie trois. D’abord, la libéralisation permet aux plus aisés d’avoir un accès au crédit encore plus important.

Capitalisme et modernité L’anthropologue Jack Goody, décédé en juillet 2015, se posait en 2004 le problème de « savoir pourquoi l’Europe occidentale a pris son envol vers la modernité, l’industrialisation et le capitalisme », et non d’autres continents. En revenant sur la littérature consacrée au sujet, de Karl Marx à Anthony Giddens, il entendait montrer que tous les chercheurs, ou presque, qui se sont penchés sur la question ont adopté un point de vue eurocentrique. Selon eux, une série de révolutions techniques, institutionnelles ou idéologiques, inscrites dans la longue durée, ont rendu l’avènement du « miracle européen » nécessaire, en raison de supposées particularités inscrites dans le climat, la culture (la religion protestante, l’individualisme) et l’histoire politique (entre autres, la naissance de la démocratie en Grèce antique). Or, J. Goody souligne que d’autres formes de capitalisme ou d’industrialisation ont existé dans d’autres parties du monde.

Imposture du capitalisme moral, par Yvon Quiniou (Le Monde diplomatique, juillet 2010) Ne serait-il pas temps de moraliser le capitalisme ? Au plus fort de la crise, l’interrogation a été formulée par nos dirigeants, M. Nicolas Sarkozy en tête, c’est-à-dire par ceux-là mêmes qui se livraient auparavant à une apologie inconsidérée du libéralisme censé représenter la « fin (heureuse) de l’histoire ». Formulée ainsi, la question est biaisée : s’il faut le moraliser, c’est que le capitalisme est immoral ; si on peut le faire, c’est qu’il n’est pas intrinsèquement immoral dans ses structures.

Abolir le droit à la fortune : je travaille sur ce sujet tabou et je me sens bien seul La représentation du milliardaire qui nage dans sa fortune par Walt Disney (Aaron Gustafson/Flickr) Il y a quelques années, je me suis posé une question : pourquoi une personne a-t-elle le droit de posséder une fortune représentant des millions, voire des milliards, d’euros (en placements financiers, en immobilier, en parts d'entreprise) ? Dans nos sociétés, nous avons des droits. Ils sont généralement bornés, avec des règles strictes, afin de respecter le "vivre ensemble". Chez soi, en voiture, dans la rue, au travail... nous devons nous conformer à de nombreuses règles, qui limitent nos droits pour respecter ceux des autres.

« Les biens communs nous offrent davantage de liberté et de pouvoir que ne le font l’État et le marché La notion de « biens communs » attire de plus en plus l’attention et l’intérêt de divers acteurs du changement social. Qu’il s’agisse d’écologie, de défense des services publics, de culture ou de technologie, les biens communs – ou, plus simplement, les « communs » – ont pour principal attrait de dessiner une alternative pratique aux logiques de commerce et de contrôle, mettant l’accent sur la coopération et le partage, et redonnant du pouvoir et de l’autonomie aux simples citoyens. La notion de « biens communs » est invoquée à propos de choses très différentes entre elles, depuis la gestion collective des ressources naturelles jusqu’à Linux et Wikipedia, en passant par la préservation des traditions indigènes, les services et infrastructures publics, les coopératives et l’économie solidaire, les jardins partagés et les AMAP… Difficile parfois de trouver un fil conducteur. Basta !

La France populaire décroche Les inégalités de revenus augmentent depuis une quinzaine d’années. Alors que les 10 % les plus riches touchaient en moyenne six fois plus que les 10 % les plus pauvres en 1998, ils perçoivent désormais 7.5 fois plus. L’indice de Gini a encore plus de sens que les valeurs extrêmes de la distribution des revenus, car il mesure l’écart entre la distribution des revenus à tous à tous les niveaux et, une situation d’égalité. En clair : il synthétise l’état des revenus à chaque niveau. Plus il est proche de zéro, plus l’égalité est grande. A contrario, la valeur un reflète une inégalité maximum. Les très hauts revenus s’envolent En 2011, les 0,01% les plus riches (environ 6 000 personnes) gagnaient – avant impôts et prestations sociales, pour une personne seule – au minimum 243 000 euros de plus qu’en 2004, selon l’Insee. Cette augmentation représente une hausse de 42,8 % et l’équivalent de l’ensemble de ce que touche un salarié au Smic en dix-huit années de travail. Chaque année, ces 6 000 personnes reçoivent au minimum (il s’agit du seuil d’entrée dans la tranche) ce qu’un salarié au Smic peut espérer recevoir en soixante année de travail !

Le capitalisme, voilà la « source du mal », écrit Einstein Je suis maintenant arrivé au point où je peux indiquer brièvement ce qui constitue pour moi l’essence de la crise de notre temps. Il s’agit du rapport entre l’individu et la société. L’individu est devenu plus conscient que jamais de sa dépendance à la société. Mais il n’éprouve pas cette dépendance comme un bien positif, comme une attache organique, comme une force protectrice, mais plutôt comme une menace pour ses droits naturels, ou même pour son existence économique. En outre, sa position sociale est telle que les tendances égoïstes de son être sont constamment mises en avant, tandis que ses tendances sociales qui, par nature, sont plus faibles, se dégradent progressivement. Tous les êtres humains, quelle que soit leur position sociale, souffrent de ce processus de dégradation.

Comprendre le capitalisme Au XVIIIe siècle, la productivité économique connut un essor sans précédent. Dans les années 1800, le PIB par habitant commença à augmenter de manière significative en Europe. Cette progression se poursuivit par la suite, de sorte qu’en 2003, le PIB par habitant en Europe de l’ouest était environ vingt fois supérieur à celui de 1700. De même, le PIB mondial par habitant était onze fois supérieur à celui de 1700.

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