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Imaginer un revenu garanti pour tous, par Mona Chollet (Le Monde diplomatique, mai 2013)

On travaille, et, grâce à ce travail, on perçoit de l’argent. Une telle logique est si bien ancrée dans les esprits que la perspective d’instaurer un revenu inconditionnel, c’est-à-dire de verser à chacun une somme mensuelle suffisante pour lui permettre de vivre, indépendamment de son activité rémunérée, apparaît comme une aberration. Nous sommes encore persuadés de devoir arracher à une nature aride et ingrate les moyens de notre subsistance individuelle ; or la réalité est bien différente. Bourses étudiantes, congés parentaux, pensions de retraite, allocations familiales, indemnités de chômage, régime français des intermittents du spectacle, minima sociaux : autant de prestations qui ont en commun de découpler revenu et travail. Mais précisons bien de quoi l’on parle exactement. Ainsi, chacun pourrait choisir ce qu’il souhaite faire de sa vie : soit continuer à travailler, soit conserver la jouissance de son temps en se contentant d’un niveau de consommation modeste, soit alterner. Related:  ÉconomieArticles/textesle Revenu de Base

Michel Foucault, l’Etat et les bons pauvres, par Pierre Rimbert (Le Monde diplomatique, mai 2013) Levier du changement social ou instrument de maintien de l’ordre ? Les outils de politique économique sont souvent à double tranchant. On nationalise tantôt pour collectiviser la richesse, tantôt pour socialiser les pertes ; l’impôt rançonne ou redistribue selon qu’il cible les pauvres ou les cossus. Il en va ainsi du revenu universel : suivant les forces sociales qui le mettent en œuvre (lire « Imaginer un revenu garanti pour tous ») il soustrait les peuples aux règles du marché ou, tout au contraire, les y soumet. Le dispositif proposé par l’économiste libéral Milton Friedman dans son livre Capitalisme et liberté (1) sous le nom d’impôt négatif entre sans ambages dans la seconde catégorie : l’Etat verse une somme fixe à chacun, mais, passé un niveau de revenus — situé par les libéraux autour du seuil de pauvreté —, le montant des impôts acquitté par le contribuable dépasse celui de l’allocation versée par l’Etat.

La France doit quitter l'OTAN, par Régis Debray (Le Monde diplomatique, mars 2013) Cher Hubert, Les avis rendus par un « gaullo-mitterrandien » — intrépide oxymore — connu pour son aptitude à dégonfler les baudruches pèsent lourd. Ainsi de ton rapport sur le retour de la France dans l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), que t’avait demandé en 2012 le président François Hollande, confiant — et qui ne le serait ? — en ton expertise et en ton expérience. Le bruit médiatique étant inversement proportionnel à l’importance du sujet, il n’y a pas de quoi s’étonner de la relative discrétion qui l’a entouré. Les problèmes de défense ne mobilisent guère l’opinion, et la place de la France dans le monde ne saurait faire autant de buzz que Baby et Népal, les éléphantes tuberculeuses du zoo de Lyon. Ce rapport m’a beaucoup appris, tout en me laissant perplexe. Le système pyramidal serait devenu un forum qui n’engage plus à grand-chose, un champ de manœuvre où chaque membre a ses chances, pourvu qu’il sache parler fort. La relation transatlantique a sa dynamique.

Revenu de base: une analyse marxiste Face à la crise de l’emploi, le revenu de base inconditionnel est l’un des thèmes fétiches des occupants de la place de la République des « Nuits debout ». Il est souvent présenté comme la mesure radicale et novatrice appropriée par les promoteurs de la thèse de la « fin du travail », autant que par les tenants de la flexibilité du marché du travail. Nombre d’entre eux se sont rassemblés dans le Mouvement Français pour un Revenu de Base. Les fondements théoriques mobilisés par ses membres sont hétéroclites, allant des thèses revendiquant l’hétérodoxie marxiste aux théories néoclassiques les plus traditionnelles. Un attelage hétéroclite en faveur du revenu de base La fin du travail ? L’argumentaire « fin du travail » est en substance le suivant. Impôt négatif et flexibilité du marché du travail Le revenu de base possède son avatar libéral, en son temps théorisé par Milton Friedman à travers l’idée d’un impôt négatif. Qu’aurait dit Marx ? Salaire à vie versus revenu de base ?

Suisse. Ruée lors d'une distribution gratuite de billets de banque « Surprise. 10 000 francs suisses sont distribués », ont annoncé, quelques heures avant l'opération menée en gare de Zurich, les coordinateurs de la campagne sur leur compte twitter (Grundeinkommen). Ils ont également mis en ligne des photos de la distribution, où l'on peut voir une foule de personnes cherchant à obtenir les billets dans le hall de la gare centrale. Une rente mensuelleLe 5 juin, les Suisses seront appelés à se prononcer sur l'initiative populaire « pour un revenu de base inconditionnel », qui est combattue à droite et par les syndicats, et qui ne compte que sur quelques soutiens à gauche. Cette initiative vise à permettre à toutes les personnes vivant en Suisse de mener « une existence digne ». Selon le gouvernement, qui s'oppose au projet, le financement du revenu de base inconditionnel ferait peser une charge énorme sur l'économie.

Revenu garanti, « la première vision positive du XXIe siècle » Susanne Wiest, Enno Schmidt et Daniel Häni Après avoir vécu douze ans dans une roulotte de cirque, pour être libre et pour économiser un loyer, Susanne Wiest s’est installée à Greifswald, dans le nord de l’Allemagne. Elle travaille comme maman de jour, sans gagner suffisamment pour joindre les deux bouts : elle doit accepter l’aide de ses parents. Une réforme fiscale, qui l’appauvrit en intégrant les allocations de ses enfants à son revenu imposable, augmente encore son exaspération et son sentiment d’absurdité. Derrière la carte - et la question -, il y a Enno Schmidt, un artiste allemand établi en Suisse alémanique, et Daniel Häni, qui dirige à Bâle Unternehmen Mitte, une ancienne banque reconvertie en centre social et culturel (une exception notable à la règle qui veut que seules les usines désaffectées connaissent ce destin). L’audition de Susanne Wiest au Bundestag, le 8 novembre 2010 1. Marie-Paule Perrin et Oliver Seeger Une utopie élitiste ? A gauche aussi, cette peur existe.

Financer l’allocation universelle, par Baptiste Mylondo (Le Monde diplomatique, mai 2013) « Mais ce serait impossible à financer ! » Voilà, d’ordinaire, la première objection faite aux promoteurs d’un revenu universel déconnecté de l’emploi. La première, mais sans doute aussi la plus faible. Si l’on se fie à son produit intérieur brut (PIB), la France est aujourd’hui le cinquième pays le plus riche du monde. En 2010, le revenu disponible (après versement des prestations sociales et prélèvement des impôts directs) s’y élevait à 1 276 euros par mois et par personne, adultes et enfants confondus. Nous disposons donc de ressources suffisantes pour garantir à chaque individu 1 276 euros si l’on décidait d’opérer un partage strictement égalitaire. Toutefois, si le financement est un faux problème, ses modalités, quant à elles, posent de vraies questions, car elles ne sont pas neutres et déterminent pour partie la portée d’un revenu inconditionnel en termes de transformation sociale et de partage des richesses. La question se pose surtout lorsqu’on envisage son autofinancement.

Débat Bouteldja/Clavreul/Nouvel Obs : une mise au point | Indigènes de la République Débat entre Houria Bouteldja et Gilles Clavreul. En présence de Carole Barjon, Rémi Noyon, Timothée Vilars et Sara Daniel, journalistes au Nouvel Obs Houria Bouteldja a été invitée par le Nouvel Observateur à débattre face à Gilles Clavreul. Nous avons découvert en même temps que le grand public le dispositif mis en place par le journal pour encadrer cet échange. Que dire ? L’Obs : Il y a quelques semaines, une chanson du rappeur Nick Conrad créait le scandale en parlant de “tuer des bébés blancs”. Houria Bouteldja : J’étais un peu terrifiée au premier abord. Gilles Clavreul : Ce clip est effrayant. Bouteldja – C’est faux. « Indigène » n’est pas une identité mais un statut. Clavreul – En quoi vous vous trompez gravement. L’Obs : Au coeur de votre différend, il y a le concept de “race”. Bouteldja – Il faut être clair : la race biologique n’existe pas. Clavreul – Votre approche de l’Histoire est terriblement réductrice. Bouteldja – D’abord, ce n’est pas moi qui « classe ».

Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes: Un revenu de base universel à l'étude C’est une première en France. Martine Alcorta (EELV), conseillère régionale déléguée à l’innovation sociale et sociétale, chapeaute un comité de pilotage qui sera lancé ce lundi, pour une étude de faisabilité sur l’expérimentation d’un revenu de base universel dans certains territoires volontaires de la grande région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Lors de la précédente mandature, une motion proposant cette étude avait été adoptée à l’unanimité. Qu’est-ce que vous entendez par revenu de base ? Il s’agirait d’un revenu universel d’un montant approchant celui du SMIC. >> A lire aussi : Minima sociaux: le député Sirugue propose un revenu minimum d'existence ouvert aux jeunes Le marché du travail existe toujours mais les citoyens ont la possibilité de cumuler un emploi en plus du revenu de base ou d’utiliser leur temps pour se former ou pour participer à des activités culturelles et sociales, qui ne sont pas forcément rentables. Quelle forme va prendre cette étude ?

Marxiste, libéral, social, chrétien : l'ADN complexe du revenu de base Elle progresse, lentement mais sûrement, et pas seulement sous les étoiles de Nuit debout. Initialement considérée comme complètement utopique, l’idée d’un"revenu d’existence", ou "revenu universel", ou "revenu de base inconditionnel", est désormais entrée dans le champ politique classique, où elle fait l'objet d'un débat qui transcende les clivages habituels. Dans le rapport sur la réforme des minimas sociaux qu'il a remis au Premier ministre la semaine dernière, le député PS Christophe Sirugue suggère de fondre une dizaine de prestations (RSA, AAH, ASS, allocation veuvage…), afin d’aboutir à une "couverture socle commune" d’environ 400 euros par mois. Il met même en garde contre le revenu universel : s’il était instauré en suivant "certaines conceptions très libérales", écrit-il, il risquerait de "remettre intégralement en cause notre système de protection sociale". 1. La rémunération du travail, les allocations chômage, s’ajouteraient à cette première couche de revenu "de base". 2.

Marcel Duchamp et le refus du travail Marcel Duchamp et le refus du travail A une époque où le néo-libéralisme exige de chacun qu’il se fasse « entrepreneur de lui-même » et « capital humain », l’artiste sert de modèle à de nouveaux modes d’asservissement, fondés sur le contrôle, l’auto-exploitation, la course en avant productive, la soumission aux règles du marché. Pour rompre avec cette logique, Maurizio Lazzarato propose de se souvenir de Marcel Duchamp qui prônait le non-mouvement et l’action paresseuse. Marx avait dit que les révolutions sont la locomotive de l’histoire mondiale. Mais peut-être les choses se présentent-elles tout autrement. Il se peut que les révolutions soient l’acte par lequel l’humanité qui voyage dans ce train tire le frein d’urgence. « John Cage se vante d’avoir introduit le silence dans la musique, moi je me targue d’avoir célébré la paresse dans les arts » dit quelque part Marcel Duchamp. 1. Commençons par sa fonction de « critique socio-économique » : 2. Maurizio Lazzarato

La cotisation, levier d’émancipation, par Bernard Friot (Le Monde diplomatique, février 2012) Qui contrôle les moyens de production ? Que produit-on, et sur la base de quelle définition de la valeur ? Questions décisives, mais absentes du débat public. Quand les salariés ploient sous l’austérité, les poser apparaît presque comme un luxe. Le salaire porte cependant un enjeu qui dépasse celui de la feuille de paie. La première suggère que le salaire servirait à satisfaire les besoins des travailleurs, comme en témoigne l’expression « prix de la force de travail ». Définir les producteurs par la ressource qu’ils tirent de leur « capital humain », et non par leur capacité à décider de la valeur économique (lire « Mots-clés »), et par conséquent de ce qui va être produit, par qui et comment : telle est la représentation que tente d’imposer le capitalisme. Il convient de préciser qu’on se réfère ici au salaire total, à ne pas confondre avec le salaire net — celui qui figure au bas de la feuille de paie — ni avec le salaire brut, qui ne constitue qu’une partie du salaire total.

Pétain, Macron et la mémoire, par Alain Garrigou (Les blogs du Diplo, 8 novembre 2018) Reprenons à l’inverse. Les luttes de mémoire ne sont plus aujourd’hui ce qu’elles étaient au temps du général de Gaulle dans les années 1960. Rien à gagner sur le plan électoral. Qui défend aujourd’hui Vichy ? Lire aussi Dominique Vidal, « En France à l’heure de Vichy », Le Monde diplomatique, septembre 2014. Et il y eut tant d’autres « fautes » depuis l’invention de la collaboration, la création du STO, le soutien à la milice, la lutte contre les « terroristes » de la résistance jusqu’à l’appel à se battre contre le débarquement allié de juin 1944. Lire aussi Benoît Bréville, « Pour remettre l’histoire à l’endroit », Le Monde diplomatique, septembre 2014.

L’expérimentation finlandaise d’un revenu de base : le schéma se précise Depuis l’élection en avril 2015 d’une coalition pro-revenu de base en Finlande, le sujet suscite un engouement planétaire. Après quelques mois de travaux, l’équipe pluridisciplinaire chargée de définir les paramètres de l’expérimentation a remis un rapport préliminaire, le 30 mars 2016, donnant quelques indications sur ce que pourrait être la conclusion de l’étude attendue le 15 novembre 2016. Un résumé en anglais du rapport intermédiaire est disponible sur le site de KELA (Social Insurance Institution of Finland)[1] [Le MFRB en a publié la traduction française hier soir – Ndlr]. Le professeur Olli Kangas, qui dirige ces travaux, est intervenu à Paris le 9 mars 2016, à l’invitation du Mouvement Français pour un Revenu de Base. Il y était accompagné d’Antero Kiviniemi, Conseiller auprès de l’Union Européenne, qui a présenté le 6 avril les enjeux et difficultés de ce projet, lors d’une réunion au Parlement Européen. Helsinki – Photo Riccardo Romano – Flickr – Licence CC BY-NC-ND‑2.0

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