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Les leçons d'une épidémie

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L’audace de commencer : stratégie pour un autre monde. « Le jour d’après ne sera pas comme le jour d’avant » a promis Emmanuel Macron, dans son discours aux Français, le 16 mars dernier. On voudrait y croire. À condition qu’il ne soit pas le jour que nous préparent ceux qui ont démontré leur goût pour la morale des indifférents : il faut que tout change pour que rien ne change. À condition qu’il soit le véritable commencement d’un nouveau siècle, libéré de la force d’inertie vertigineuse provoquée par la soumission de l’avenir à la répétition du présent.

À condition qu’il débute « dès maintenant » et que dans le vacarme du moment, nous parvenions à distinguer les paroles salutaires des lieux communs. Télécharger une version PDF de l’article. Le glas du capitalisme ? Un refrain médiatique et politique voudrait que l’on sonne enfin le glas du capitalisme et de ses avatars : productivisme, mondialisme, néolibéralisme. Penser « le monde d’après » Le pire est à venir La difficile reconquête Crises et catastrophe Leçons d’indifférence collective.

L'école au temps du covid

L'information au temps du covid. Leçons philosophiques. Leçons éthiques. Leçons géopolitiques. Leçons historiques. Leçons politiques. Leçons écologiques. Coronavirus : « Il faut surmonter la culture de la peur et la forme de paranoïa collective instillées à l’égard de notre modernité » Tribune. Au moment où la Lombardie vit une situation sanitaire particulièrement meurtrière, c’est un philosophe italien abreuvé de la lecture de Martin Heidegger et de Carl Schmitt qui nous livre l’analyse la plus noire de l’évolution politique de nos sociétés dans un entretien dans Le Monde (« L’épidémie montre clairement que l’état d’exception est devenu la condition normale », Le Monde du 24 mars).

Il ne faut pas prendre la conception de Giorgio Agamben à la légère, mais montrer qu’elle joue sur le ressort même de la peur qu’elle entend dénoncer, en lui ajoutant l’angoisse d’une conspiration sans visage. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Comment le coronavirus est devenu un terrain fertile pour le théories du complot Dans les villes, des collectifs de voisins se constituent pour assurer les courses des plus vulnérables et des plus âgés. Les solidarités humaines qui se développent nous aident à déjouer la vision du monde anxiogène. Le Corona Virus comme analyseur : Autopsie de la vulnérabilité systémique de la mondialisation capitaliste.

Il y a les aléas et il y a la vulnérabilité conduisant aux catastrophes. La confusion entre ces deux questions est une des caractéristiques essentielles du discours officiel du gouvernement français (et de très nombreux autres). Il n’y a rien d’étonnant à cette confusion volontaire qui a comme fonction de masquer et de faire disparaître la seconde. Cette dernière fait en effet fonction d’analyseur des contradictions d’un système social, de révélateur du réel que l’idéologie dominante masque ou déforme habituellement et de miroir grossissant des inégalités et dominations qui le caractérisent. Le centrage volontaire sur la dimension « catastrophe » diffuse en effet des images d’imprévisibilité, d’incertitude, d’absence de responsabilité humaine, etc. Le centrage sur la vulnérabilité interroge les causes économiques et sociales d’une situation, les raisons réelles de l’ensemble des conséquences d’une catastrophe et les intérêts économiques qui ont produit cette vulnérabilité.

WordPress: « Pour comprendre la psychologie d’une population travaillée par une épidémie... » Le grand historien des religions Jean Delumeau nous a quittés au début de l’année. Il aurait certainement été fasciné par la pandémie de coronavirus, tant celle-ci fait écho à ses travaux sur les épisodes de peste ou de choléra. Dans son livre « La Peur en Occident », publié en 1978, il s’attardait longuement sur les conséquences sociales des épidémies. Bien sûr, il faut se garder des parallèles historiques douteux (« les anciens tableaux, qu’on veut faire entrer de force dans de nouveaux cadres font toujours un mauvais effet », dixit Tocqueville), mais, enfin, il y a là matière à gamberger et certains, sur les réseaux sociaux, ne s’y sont pas trompés. Nous publions ici un (petit) extrait de ce livre fascinant avec l’aimable autorisation des éditions Fayard. Les intertitres sont de la rédaction. 1. .

« Quand apparaît le danger de la contagion, on essaie d’abord de ne pas le voir. 2. A Lille, la même année, la population lilloise refusa de croire à l’approche du choléra. 3. 4. 5. 6. 7. 8. Arundhati Roy : « En Inde, le confinement le plus gigantesque et le plus punitif de la planète » Tribune.

Qui peut utiliser aujourd’hui l’expression « devenu viral » sans l’ombre d’un frisson ? Qui peut encore regarder un objet – poignée de porte, carton d’emballage, cabas rempli de légumes – sans l’imaginer grouillant de ces blobs invisibles, ni morts ni vivants, pourvus de ventouses prêtes à s’agripper à nos poumons ? Qui peut penser embrasser un étranger, sauter dans un bus, envoyer son enfant à l’école sans éprouver de la peur ?

Ou envisager un plaisir ordinaire sans peser le risque dont il s’accompagne ? Qui de nous ne s’intitule du jour au lendemain épidémiologiste, virologiste, statisticien et prophète ? A l’heure où j’écris, le nombre de cas détectés dans le monde frôle dangereusement le million. . « Les mandarins qui gèrent l’épidémie aiment à parler de guerre (…) Pourtant, s’il s’agissait réellement de guerre, qui mieux que les Etats-Unis y eût été préparé ? Contrairement au flux du capital, ce virus ne cherche pas le profit, mais la prolifération. Naomi Klein : comment l'élite mondiale va tenter d'exploiter la pandémie - Zintv. La crise est l’oc­ca­sion de faire pas­ser des poli­tiques impo­pu­laires Le coro­na­vi­rus est offi­ciel­le­ment une pan­dé­mie mon­diale qui a jus­qu’à pré­sent infec­té dix fois plus de per­sonnes que le SRAS en 2003.

Aux États-Unis, des écoles, des uni­ver­si­tés, des musées et des théâtres ferment leurs portes, et bien­tôt, des villes entières en feront autant. Les experts aver­tissent que cer­taines per­sonnes soup­çon­nés d’être atteintes du virus aux États-Unis pour­suivent leur rou­tine quo­ti­dienne, parce que leur emploi ne leur per­met pas de prendre des congés payés en rai­son des défaillances sys­té­miques du sys­tème de san­té amé­ri­cain pri­va­ti­sé.

La plu­part d’entre nous (N.T : pour les citoyens amé­ri­cains) ne savent pas exac­te­ment quoi faire ou qui écou­ter. L’his­toire est une chro­nique des “chocs” — les chocs des guerres, des catas­trophes natu­relles et des crises éco­no­miques — et de leurs consé­quences. Selon M. VICE : Com­men­çons par l’es­sen­tiel. Applaudissements pour les soignants à 20h : la fausse bonne idée? Suis-je le seul à être mal à l’aise avec ces applaudissements, tous les soirs à 20h, pour célébrer l’engagement du personnel hospitalier dans la lutte contre le coronavirus ? Non pas que les personnes qui œuvrent pour sauver des vies en ce moment ne méritent pas notre admiration, loin de là. Mais de quoi ces applaudissements sont-ils le signe exactement ? Pour quelle raison tout ce secteur professionnel, ignoré depuis des années par les pouvoirs publics, se retrouve soudainement porté au pinacle ?

Parce qu’ils sauvent des vies ? A priori pas, puisque c’est ce qu’ils font tous les jours en temps normal. Parce qu’ils font leur travail dans des conditions déplorables ? Voilà donc ce que l’on applaudit : leur sens du sacrifice. Ce qui me dérange surtout, c’est que ce processus d’héroïsation est d’abord le fait d’une classe politique qui, depuis des années, n’a que faire des revendications de celles et ceux qu’elle érige maintenant en sauveurs de la nation. Dépister et fabriquer des masques, sinon le confinement n’aura servi à rien. Gaël Giraud est directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), professeur à l’École nationale des ponts Paris Tech’, et jésuite. Il travaille actuellement en Italie. Gaël Giraud. Au prix d’une souffrance inouïe pour des pans significatifs de la population, nous sommes en train de faire l’expérience que l’Occident vit au Moyen Âge, et pas seulement d’un point de vue sanitaire.

Comment sortir du Moyen Âge sanitaire très vite et entrer au XXIe siècle ? C’est cet apprentissage que les Occidentaux doivent faire, en quelques semaines. Voyons pourquoi et comment. Il faut commencer par le redire, au risque de choquer aujourd’hui, la pandémie du Covid-19 aurait dû rester ce qu’elle est : une pandémie un peu plus virale et létale que la grippe saisonnière, dont les effets sont bénins sur une vaste majorité de la population mais très graves sur une petite fraction. Pourquoi ne l’avons-nous pas fait ? Qu’en est-il du « retour de l’État-providence » ? Et maintenant on culpabilise les citoyen.ne.s.

Cette stratégie a été largement mise en œuvre dans la dernière décennie avec le choc de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics. publique, présenté comme la conséquence de modes de vie déraisonnables, où l’on vivait au-dessus de ses moyens sans faire preuve de responsabilité envers les générations futures. C’est bien cette stratégie qu’on est est en train de déployer dans la phase la plus critique de l’épidémie de coronarivus. L’épidémie a mis le roi à nu et fait ressortir toutes les impostures de la doctrine libéraleUn système sanitaire comme celui de l’Italie a été sacrifié sur l’autel du pacte de stabilité.