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Lettre à Jean Grave, par Élisée Reclus (Voter c'est abdiquer) - Le MHM

Lettre à Jean Grave, par Élisée Reclus (Voter c'est abdiquer) - Le MHM
Clarens, Vaud, 26 septembre 1885. Compagnons, Vous demandez à un homme de bonne volonté, qui n'est ni votant ni candidat, de vous exposer quelles sont ses idées sur l'exercice du droit de suffrage. Le délai que vous m'accordez est bien court, mais ayant, au sujet du vote électoral, des convictions bien nettes, ce que j'ai à vous dire peut se formuler en quelques mots. Voter, c'est abdiquer ; nommer un ou plusieurs maîtres pour une période courte ou longue, c'est renoncer à sa propre souveraineté. Qu'il devienne monarque absolu, prince constitutionnel ou simplement mandataire muni d'une petite part de royauté, le candidat que vous portez au trône ou au fauteuil sera votre supérieur. Voter, c'est être dupe ; c'est croire que des hommes comme vous acquerront soudain, au tintement d'une sonnette, la vertu de tout savoir et de tout comprendre. Voter c'est évoquer la trahison. N'abdiquez donc pas, ne remettez donc pas vos destinées à des hommes forcément incapables et à des traîtres futurs.

http://www.homme-moderne.org/textes/classics/ereclus/jgrave.html

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Pathologies de la démocratie, par Evelyne Pieiller (Le Monde diplomatique, juin 2017) Les intellectuels au chevet de la souveraineté populaire Le fonctionnement du « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » suscite aujourd’hui de plus en plus de critiques, sinon de doutes. Les analyses des limites et des dérives de la démocratie en désignent comme principales responsables soit l’impuissance du politique, soit l’incapacité des citoyens mêmes. Serait-on donc condamné à l’oligarchie ou au populisme ? par Evelyne Pieiller La cartographie, contre-pouvoir du citoyen Devant le déficit de démocratie urbaine en France, quel rôle pour le citadin-citoyen quand les acteurs de la gouvernance urbaine rechignent à déléguer un peu de leur pouvoir ? Voyage cartographique militant avec Microtokyo. Le détournement aussi original qu’iconoclaste de la cartographie, opéré par les collectifs Bijari (Brésil) et Los Iconoclasistas (Argentine) vous était présenté récemment sur Microtokyo, dans le cadre de leur travail de sensibilisation contre les projets de gentrification de deux quartiers populaires de grandes métropoles : La Barceloneta à Barcelone et Pinheiros à São Paulo. De telles interventions à la frontière de l’esthétique et du politique sont plus que jamais nécessaires. Qu’en est-il maintenant ? Esthétique et politique de la carte

La langue des maîtres et sa fabrique Ce double mouvement d’euphémisation / hyperbolisation structure l’essentiel du commentaire politique, mais déteint aussi largement sur la parole prétendument factuelle des journalistes d’information. Euphémismes et hyperboles L’euphémisation consiste, étymologiquement, à positiver du négatif. Dans le discours politique, elle consiste essentiellement à occulter, minimiser et relativiser une violence, et ainsi la rendre acceptable : l’armée américaine ou israélienne bombarde par exemple toute une population : c’est, nous disent les États-majors et la plupart des éditorialistes, mais aussi bien souvent les journalistes d’information, une simple « incursion », ou une « frappe » ; un policier abat un jeune homme en fuite d’une balle dans le dos : c’est une simple « bavure » et non un homicide ;

Contre « la-démocratie », par Frédéric Lordon (Les blogs du Diplo, 20 janvier 2020) Quand Agnès Buzyn annonce aux personnels hospitaliers cette formidable innovation dont elle leur fait la grâce : des postes de beds managers, à quoi avons-nous affaire ? Plus exactement à quel type d’humanité ? Car nous sentons bien que la question doit être posée en ces termes. Il faut un certain type pour, après avoir procédé au massacre managérial de l’hôpital, envisager de l’en sortir par une couche supplémentaire de management — le management des beds.

La révolte des banlieues à travers les livres, par Alec G. Hargreaves (Le Monde diplomatique, novembre 2006) A l’approche du premier anniversaire de l’embrasement des banlieues, le torrent de commentaires et d’analyses provoqués par ces désordres a enflé. Nombre de livres avaient déjà été publiés depuis le début de l’année sur le sujet. Si la multiplication des perspectives en aval de ces événements se traduit dans la diversité des termes employés pour les qualifier – faut-il y voir une « révolte », une « insurrection », une « jacquerie », une « intifada », un « mouvement social » ou des « violences urbaines » ? « La Démocratie. Histoire d’une idéologie » (Le Monde diplomatique, 9 juin 2006) Tout le monde s’en souvient, l’introduction de la Constitution européenne, rejetée par une majorité de Français et de Néerlandais, s’ouvrait sur une citation attribuée par Thucydide à Périclès : « Notre Constitution est appelée démocratie parce que le pouvoir est entre les mains non d’une minorité, mais du peuple tout entier. » Ce préambule, qui confortait le lieu commun selon lequel la démocratie était née en Grèce, c’est-à-dire en Europe, n’avait qu’un défaut, elle était une « falsification », comme le rappelle Lucianon Canfora, dans le début de son brillant ouvrage, La Démocratie. Histoire d’une idéologie (1). A partir de cette citation, le philosophe italien s’attache à retracer l’histoire du débat autour de la démocratie jusqu’à nos jours, de ses rapports avec les concepts de liberté et d’égalité. Il conclut que, dans le monde riche, « la démocratie est renvoyée à plus tard, et elle sera repensée de fond en comble par d’autres hommes. Qui ne seront peut-être plus européens ».

Discours sur le colonialisme (1950 - extrait) Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. Le fait est que la civilisation dite « européenne », la civilisation « occidentale », telle que l’ont façonnée deux siècles de régime bourgeois, est incapable de résoudre les problèmes majeurs auxquels son existence a donné naissance : le problème du prolétariat et le problème colonial ; que, déférée à la barre de la « raison » comme à la barre de la « conscience », cette Europe-là est impuissante à se justifier ; et que, de plus en plus, elle se réfugie dans une hypocrisie d’autant plus odieuse qu’elle a de moins en moins chance de tromper.

De la démocratie en Amérique, par Serge Halimi (Le Monde diplomatique, octobre 2018) Le monde n’en a pas fini avec la politique américaine… Jusqu’ici, les élections de la mi-mandat étaient rarement décisives, même quand elles provoquaient un renversement de majorité. En 1994, le raz de marée républicain avait surtout anéanti les résistances des démocrates à la politique pénale répressive et à la stratégie commerciale libre-échangiste de leur président ; en 2010, la percée conservatrice du Tea Party paralysa M. Barack Obama, mais à un moment où son slogan de campagne, « Oui, nous pouvons », n’était déjà plus que le souvenir amer d’une occasion perdue (1). Simone Weil et le colonialisme Qui est coupable de menées anti-françaises ? Simone Weil En condamnant Messali à deux années de prison, le tribunal a écarté l’inculpation de menées antifrançaises.

De la démocratie en France. République, nation, laïcité. « Démocratie providentielle », « démocratie extrême », les notions forgées par Dominique Schnapper, une des grandes voix de la pensée politique française, sont passées dans le langage courant. Elle revient dans ce livre sur les thèmes qui sont aujourd’hui au cœur du débat public : le malaise des populations immigrées, le chômage, la place de l’islam, le rapport à la République et à la nation. Comment penser la démocratie en France ? Comment fonder des liens entre les individus et les groupes, afin qu’un avenir commun puisse être envisagé ? Loin des idéologues de l’identité comme des défenseurs du multiculturalisme, Dominique Schnapper analyse patiemment ce qui permet la relation à l’autre et donne du sens à la citoyenneté.

Perspectives sur le colonialisme à travers L'Enracinement de Simone Weil (1)« Le problème d’une doctrine ou d’une foi pour l’inspiration du peuple français en France, dans sa résistance actuelle et dans la construction future, ne peut pas se séparer du problème de la colonisation (2). » Par cette constatation, tirée de l’essai « À propos de la question coloniale dans ses rapports avec le destin du peuple français », écrit à Londres en 1943 et donc contemporain de la rédaction de L’Enracinement, Simone Weil fait un rapport très clair entre enracinement – la recherche d’une solution à l’effondrement de la France devant les forces allemandes – et le problème de la colonisation. Je me propose ici d’examiner comment elle est arrivée à lier enracinement, thème de son essai majeur du même nom, et colonisation qui, au moment de la rédaction de L’Enracinement, semble faire partie intégrante de ce thème. Prenons d’abord le volet colonisation de notre diptyque. « Je n’oublierai jamais. C’était au moment de l’Exposition coloniale. Et elle poursuit :

L’universalisme démocratique : histoire et problèmes 1. La « promotion » de la démocratie : de l’enthousiasme à l’aveuglement sur soi Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, moins de 20% des pays pouvaient être considérés comme démocratiques, au sens (minimal du terme) de régimes dans lesquels les gouvernants étaient élus dans le cadre d’une compétition électorale entre partis véritablement ouverte. Les valeurs et les institutions démocratiques étaient d’ailleurs alors vivement contestées de divers côtés, accusées par les uns de n’être que mystificatrices car purement formelles (rhétorique communiste) et par les autres d’être inadaptées à des sociétés peu développées en laissant le champ libre à la manipulation démagogique des masses (rhétorique conservatrice).

Frantz Fanon, extrait de "Les damnés de la terre" Frantz Fanon Mésaventures de la conscience nationale Extrait de "Les damnés de la terre", première édition, François Maspéro, 1961 Que le combat anti-colonialiste ne s'inscrive pas d'emblée dans une perspective nationaliste, c'est bien ce que l'histoire nous apprend. Pendant longtemps le colonisé dirige ses efforts vers la suppression de certaines iniquités : travail forcé, sanctions corporelles, inégalité des salaires, limitations des droits politiques, etc... Ce combat pour la démocratie contre l'oppression de l'homme va progressivement sortir de la confusion néo-libérale universaliste pour déboucher parfois laborieusement sur la revendication nationale.

Tocqueville à la découverte de la démocratie - Ép. 1/4 - Les Etats-Unis vus par les philosophes Tocqueville a compris une chose : la démocratie est inéluctable. La question n'est donc pas "Faut-il une démocratie ?", mais "Comment la démocratie peut-elle être la meilleure ?"

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