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A toute vitesse

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"Tout va trop vite mon bon Monsieur", une critique de l'accélération technologique avec Hartmut Rosa. C’est un des lieux communs les plus courants sur notre époque : "tout va trop vite", "on est toujours pressé", "on n’a plus le temps de rien"… Et, pour illustrer cette impression, on cite pêle-mêle le rythme de travail, les technologies qui changent tout le temps, les transports qui rapprochent les villes, les modes qui passent en deux mois, l’injonction à se réinventer sans cesse etc. etc.

"Tout va trop vite mon bon Monsieur", une critique de l'accélération technologique avec Hartmut Rosa

On dit que c’est dur à vivre, épuisant, on évoque les burn-out, mais en général, l’analyse s’arrête là. Un homme a décidé d’aller plus loin. C’est un sociologue et philosophe allemand du nom d’Harmut Rosa, qui enseigne à l’Université d’Iéna. En 2010, il a publié un livre - Accélération - qui montrait que c’était bien qui ce qui caractérise notre époque : tout va de plus en plus en vite. En lisant Accélération, j’ai été frappé par un truc : Rosa parle tout le temps de technologie. L'ennui. Ce rien qui nous épuise et nous culpabilise.

L'ennui

La vitesse: sacre ou tyrannie? L’homme est perfectible.

La vitesse: sacre ou tyrannie?

De cette recherche de performance naît l’aventure humaine, dont les records sont les plus éclatants marqueurs. Celui de la vitesse est le plus instinctif. Elle dicte le rythme effréné de l’innovation, guide les actions, les décisions. Jusqu’à devenir l’attribut le plus visible du pouvoir. Celui qui maîtrise son temps trouve la puissance. C’est le temps mondialisé que Paul Virilio, urbaniste et philosophe, décrit dans un de ses nombreux travaux consacrés à la vitesse : « Il y a une tyrannie aujourd’hui du temps réel, de l’immédiateté, de l’ubiquité, de l’instantanéité. Le tout est de savoir si l’homme peut encore maîtriser son temps. Les marques de luxe ne se sont jamais autant associées à des symboles de vitesse. Surmenage, burn-out : histoire d'une idée. Quelles leçons le surmené d’aujourd‘hui pourrait recevoir du surmené d’hier ?

Surmenage, burn-out : histoire d'une idée

L'historien du corps et des perceptions Georges Vigarello travaille actuellement à un ouvrage consacré à l'histoire du surmenage et du burn-out. Il déconstruit l'évolution de l'individu qui se joue dans le rapport actuel au burn-out. La préhistoire du surmenage Georges Vigarello : "Les symptômes de fatigue ont toujours connu des dispositifs extrêmes voire des morts de fatigue, des sortes d’accumulation de travaux qui sont autant des travaux physiques que des travaux intellectuels. Par exemple dans Saint-Simon vous trouvez parfaitement des ministres épuisés, qui peuvent mourir à la tâche. Le premier surmenage du XIXe siècle "La première occurrence du surmenage, c’est au début de la 2e moitié du XIXe siècle. Brusquement les individus sont confrontés à une vitesse croissance, à une nécessité de concurrence de plus en plus forte, "struggle for life".

Le burn-out actuel : ce qui a changé. Pendant le confinement, l'ennui a de nombreux bienfaits. Jean-Baptiste Fressoz, La peur du train, symbole apocryphe du refus du progrès, 2012. Tout le monde connaît ou croit connaître l’histoire fameuse de nos ancêtres qui auraient eu peur des trains.

Jean-Baptiste Fressoz, La peur du train, symbole apocryphe du refus du progrès, 2012

Celle-ci ne manque jamais d’être rapportée afin de discréditer les peurs irrationnelles que susciterait la science. En 2004, en pleine controverse autour des OGM, le PDG d’une start-up de biotechnologies expliquait dans les colonnes du Monde que « les innombrables articles écrits pour faire peur à l’opinion publique pourraient alimenter un bêtisier du même niveau que ce qu’on a pu écrire au moment de l’apparition du chemin de fer ». Il s’agit en fait d’un mythe. En 1863, Louis Figuier, le grand vulgarisateur des sciences du XIXe siècle, fait le compte rendu d’un mémoire de l’hygiéniste Pietra Santa sur les conséquences sanitaires des chemins de fer2. Il profite de l’occasion pour composer un petit bêtisier médical. La construction du mythe se poursuit en Allemagne.

(4) L'urgence de ralentir. 5 inventions cultes des années 90.