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Profession balance, de Christopher Goffard. Jeudi 3 mai 2012 4 03 /05 /Mai /2012 19:37 Commençons par parler des points litigieux. D’abord, allez savoir pourquoi, il semblerait que le titre de ce roman ait été traduit par un transfuge de la Série Noire des années 1960-1970. Ensuite, on soupçonne le directeur photo de la série Derrick d’avoir conçu la couverture. Mais passons sur cet emballage pas forcément emballant pour parler du contenu de Snitch Jacket (nous préfèrerons utiliser ici le titre du roman dans sa version originale). Le point de départ est relativement simple. Benny Bunt a une mémoire d’éléphant qui lui permet de gagner à coup sûr au Trivial Pursuit dont il a appris toutes les cartes par cœur. Benny se rêve superflic mais se trouve quelque peu empêché par un casier judiciaire garni d’arnaques minables.
Jusqu’au jour où le légendaire Mad Dog Miller débarque. Incontestablement, on peut dire que Christopher Goffard a plutôt réussi son premier roman. Un extrait pour la route. Je suis une balance ». Mœurs Noires. Jean Amila sur Moeurs Noires. Deux ans après Le grillon enragé, Amila amène dans son univers un héro qui deviendra récurrent, Edouard “Doudou” Magne, alias Géronimo.
Ce flic à l’allure pas vraiment classique apparaît dans La nef des dingues (référence à Jérôme Bosch et sa nef des fous ?). Nous sommes en 1972 et l’accoutrement des jeunes n’est plus tout à fait dans la droite lignée des ainés. La mode est à la peau de mouton, aux cheveux longs… Et, comme pour valider cette tendance, Amila invente ce flic ayant adopté cette nouvelle ligne vestimentaire. Un flic aux idées non-violentes… dans certaines limites. Nous ne croisons pas tout de suite l’officier de police Magne, l’histoire commence avec un couple se voulant bohème. Dorf, peintre tirant le diable par la queue et vivant au crochet de Brigitte, dite Bri. Doudou Magne est appelé à la rescousse par Bri et va se naviguer en eaux troubles, parmi ces personnages peu recommandables, au final. Quelques mois plus tard, Doudou Magne reprend du service. Une parenthèse ? Robin Cook sur Moeurs Noires. Robin Cook a donc disparu du paysage littéraire britannique (le PLB ?)
Pendant plus de dix ans. A-t-il réellement cessé d’écrire pendant cette période ? A-t-il été capable de renoncer à la page blanche alors qu’il avait déjà commis pas moins de six romans ? Autant de questions qui restent, pour moi, sans réponse. Il a de nouveau bourlingué, enchaînant les petits métiers, s’installant en France, dans le sud, l’Aveyron. Et puis, il est revenu à la littérature. Ce premier roman du retour, Le soleil qui s’éteint (Sick Transit) a d’abord été publié en France, en 1983. N existante étant, à ce jour, la française. Ce n’est pas un roman majeur de Cook mais c’est son roman du retour, un roman qui annonce l’arrivée d’un nouveau Robin Cook et d’une série qui marquera le roman noir. Il est mort les yeux ouverts (He died with his eyes open) marque le début de la série appelé l’Usine, the Factory dans sa version originale.
Robin Cook donne le sentiment d’enquêter sur lui-même dans cette fiction. James Ellroy sur Moeurs Noires. Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 22:09 Après deux romans qui marquent dans son œuvre, Ellroy poursuit son exploration de sa ville et de ses relents les plus nauséabonds. La police de la cité en est un résumé frappant, recélant tous les vices, tous les plus sombres desseins. Le troisième opus du quartet paraît en 1990, l’année suivant le précédent, et s’intitule L.A. Confidential, dans la langue de Molière comme dans celle de Shakespeare.
Il reprend la construction du Grand Nulle Part avec ses trois protagonistes principaux. Trois protagonistes ayant des ambitions, des motivations, qui remontent du passé, qui les hantent. Il y a Bud White (le même patronyme que chez Cimino), flic violent, s’acharnant à protéger les femmes, victimes éternelles, comme sa mère… Un passé que l’on a déjà croisé. Dit “la Poubelle”, flic frayant avec les feuilles de choux à scandales qui font les beaux jours d’une certaine presse et qui émaillent de leurs articles le roman. C’est un roman marquant. Jean-Hugues Oppel sur Moeurs Noires. En 2000 paraît Cartago. Un roman qui marque un virage dans l’œuvre de l’écrivain sans toutefois déparer du reste. C’est un roman rondement mené, un quasi-thriller, tout comme avaient pu l’être auparavant Barjot ! Ou Six-Pack. C’est un roman qui frôle certains fantasmes propres au polar ou aux genres voisins, après le grand banditisme et les tueurs à gage de Canine et Gunn, le tueur en série de Six-Pack (encore), voici maintenant les services spéciaux, ces officines d’Etat qui ont des droits et un manque de scrupules pour mener à bien leur mission que le commun des mortels n’a pas.
Ou ne peut se permettre. En l’occurrence, l’officine est chargée de la protection du chef de l’Etat. Nous sommes en pleine politique fiction et, sous couvert du genre, l’écrivain joue avec les conventions, les passages quasiment obligés… Phalène, agent infiltré par la DOG dans le Groupe, va étroitement côtoyer le président, intégrer sa protection la plus rapprochée. Prairies. David Peace sur Moeurs Noires. David Peace a fait une entrée fracassante, à la fin du siècle dernier, dans le petit monde du roman noir… Un petit monde qui ronronnait tranquillement, ou, en tout cas, est-ce l’impression qu’ont donné les sorties des quatre opus du Red Riding Quartet. Il a remué cet univers dans lequel chacun se sentait bien, il l’a remué comme personne n’avait dû le faire depuis Ellroy et sa montée en puissance dans les années 80. David Peace est arrivé et a jeté à la face de tous ses angoisses et ses obsessions, il a fallu encaisser et se dire que nous avions là quelqu’un qui ne nous laisserait plus tranquille.
Peace arrive donc, en 1999, avec un roman au titre improbable, juste une année, mais une année qui représente beaucoup pour les habitants du Yorkshire, l’année où tout a commencé… 1974 est un roman à la première personne, un récit halluciné, habité. Nce à la suite des meurtres de fillettes qui s’additionnent. C’est un récit prenant, haletant, où l’on revit une époque.
On le redoute et il arrive. Bret Easton Ellis su Moeurs Noires. Bret Easton Ellis a été publié très tôt. Les traductions en français de ses romans sont arrivés très vite, très peu de temps après leur parution aux Etats-Unis, et ce dès son tout premier livre. Ce premier roman paraît alors qu’il a tout juste vingt ans. C’est Moins que zéro (Less than zero), roman qui va de plus marquer une approche innovante. Cette approche n’est pas forcément nouvelle mais le succès fait d’Ellis l’un des fers de lance de cette façon de s’inscrire pleinement dans son époque en n’hésitant pas à utiliser des noms et citer des personnes parfaitement réel. Certains ont depuis appelé ça le « name dropping » mais pour Ellis, ce serait peut-être réducteur. Ginaire de l’autre. Désabusé, désenchanté, voilà le regard qu’Ellis nous propose et, au final, c’est un roman angoissant, la sensation d’une perte, d’une incapacité à décider quoi que ce soit… Dans un style, une narration, hallucinés, hallucinants.
Déglingués, désabusés, avant l’heure, avant l’âge. Dennis Lehane sur Moeurs Noires. Après avoir fouillé ses obsessions, les noirs recoins de la société, ceux qui l’obsédaient ou le dégoûtaient le plus, Lehane se plonge dans une autre forme d’introspection. Et il le fait cette fois au travers de romans secs, n’appelant pas de suite ou n’en ayant pas encore… En 2001 paraît Mystic River, roman qui confirme tout le talent de l’écrivain. Avec cette nouvelle étape, je parle de la fin de la série Kenzie-Gennaro et du début de la rédaction de romans “one-shot”, j’ai l’impression que Lehane se penche un peu plus sur la forme. Il a fait le tour de celle qui consistait à avoir pour narrateur le héro principal, le dur à cuire des polars, et à faire subir à un couple de héros tout ce qu’il était possible et imaginable de leur faire tomber sur la tête sans pour autant les tuer. Il passe à autre chose et travaille désormais autant l’enveloppe que ce qu’il glisse à l’intérieur.
Le style est toujours là, merci à Isabelle Maillet pour la traduction, mais les contours changent, évoluent.