
Histoire globale, mondialisations et capitalisme
L’histoire de la mondialisation relève-t-elle de l’histoire globale ?
L’histoire globale a souvent été définie comme étant, à son niveau le plus élémentaire, une analyse des connexions de longue distance entre des sociétés éloignées. Il s’agirait alors de décrire, puis de comprendre la portée, de relations lointaines matérialisées par des échanges de biens, des transferts de plantes ou de semences, des transmissions de techniques, des circulations d’hommes ou de métaux précieux, voire des contaminations microbiennes ou virales… Ainsi, saisir les conséquences des grandes pestes qui traversent l’Eurasie d’est en ouest, au début du 14 e siècle, est de première importance pour analyser la crise du Moyen Âge en Europe et la dissolution du féodalisme.Depuis le début des années 1990, la « mondialisation » désigne une nouvelle phase dans l’intégration planétaire des phénomènes économiques, financiers, écologiques et culturels.
Qu'est-ce que la mondialisation ? - Sylvie Brunel, article Géographie
L’approche néo-classique de l’histoire de la mondialisation
Dans un papier récent (7 février) nous avions montré qu’il existait un « problème téléologique » dans toute tentative de proposer une « histoire de la mondialisation ». Nous avions aussi pris soin de distinguer la « dépendance téléologique », soit la situation de fait de tout historien qui cherche à éclairer la formation d’un phénomène et connait donc le résultat provisoire du processus à expliquer, de « l’interprétation téléologique ».Histoire et mondialisation
Nous avons montré (papier du 7 février) que l’histoire de la mondialisation peut aisément tomber dans le piège d’une interprétation téléologique qui expliquerait le présent comme la conséquence nécessaire d’une certaine loi de l’histoire. Nous avons également montré que tel semble bien être le cas de l’approche néoclassique en la matière (papier du 21 février), laquelle pose un idéal-type, le principe de convergence, qui devient explicatif par lui-même.
Pour une histoire de la mondialisation non-téléologique
La mondialisation a commencé bien avant la Révolution industrielle et la colonisation, avec les flux commerciaux, les migrations religieuses et les échanges matrimoniaux transfrontaliers… Mais comment est-on passé de cette mondialisation archaïque à la globalisation moderne ? La mondialisation n’est pas une idée neuve. Nous pouvons repérer une continuité des formes de mondialisation et des principes qui la sous-tendent depuis l’Antiquité classique jusqu’au début de la période moderne.
La mondialisation avant la mondialisation
C’est au cours du XV e siècle que les différentes parties du monde se sont connectées. Plutôt que de raconter cette histoire du point de vue d’une Europe triomphante, l’ouvrage collectif dirigé par Patrick Boucheron propose de décentrer notre regard, en suivant la piste d’autres mondialisations possibles. Patrick Boucheron est maître de conférences en histoire médiévale à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne. Spécialiste des cultures urbaines et artistiques de l’Italie des XIV e et XV e siècles, il vient de diriger, en collaboration avec Julien Loiseau, Pierre Monnet et Yann Potin, un ouvrage intitulé Histoire du monde au XV e siècle (Fayard, 2009). Près de soixante-dix historiens ont participé à cette aventure collective, qui propose un parcours ambitieux à travers les lieux et les temps de la mondialisation au XV e siècle, de la mort de Tamerlan en 1405 au couronnement de Charles Quint en 1520.
L'invention de la mondialisation - La vie des idées
Le concept de mondialisation sert-il à quelque chose ? - Cairn.i
Un point de vue d’historien Auteur Frederick Cooper du même auteur Comment le monde parle de mondialisation 8 Un premier discours sur la mondialisation pourrait s’appeler « la Fanfaronnade du banquier ». Avec l’effondrement de l’Union soviétique et le passage de fait de la Chine à l’économie de marché, les investissements sont censés pouvoir aller n’importe où. La pression exercée par les États-Unis, le FMI et les sociétés multinationales fait tomber les barrières nationales qui gênaient les mouvements de capitaux.Les espaces de la mondialisation, héritages et dynamiques
Entretien avec Serge Gruzinski
Serge Gruzinski, Quelle heure est-il là-bas ? : Amérique et islam à l'orée des Temps modernes, éd. du Seuil - Librairie espagnole El Salón del libro Paris 5e librairie hispano-américaine
Paris, novembre 2008 Serge Gruzinski est directeur de recherche au CNRS et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire du Nouveau Monde (Fayard, 1991-1993), Histoire de Mexico (Fayard, 1996), La Pensée métisse (Fayard, 1999) et Les Quatre Parties du monde (La Martinière, 2004 ; Points-Essais, 2006). À l’échelle du globe, qu’est-ce qui circule, ou ne circule pas, entre les cultures ? Nous en faisons l’expérience à travers la mondialisation : nous vivons dans le flux immédiat des nouvelles du monde, cependant que, paradoxalement, nos vieilles façons de sentir persistent. Le démantèlement progressif d’univers cloisonnés n’est pas nouveau et il a notamment connu une prodigieuse accélération à l’orée des Temps modernes.A l'Ouest, rien de nouveau - Xavier de la Vega, article Histoire
Rompre avec l’ethnocentrisme de l’histoire européenne, tel est pour Philippe Norel l’un des enjeux décisifs de l’histoire économique globale.Alors que le capitalisme semble régner sans partage sur tous les recoins de la planète, les historiens débattent comme rarement sur sa genèse. Depuis que des chercheurs ont entrepris de réviser de fond en comble l’histoire économique des contrées non européennes, c’est une nouvelle histoire du capitalisme qui se profile. Les travaux d’histoire globale ont remis sur le tapis la question des origines du capitalisme en montrant que nombre de ses ingrédients constitutifs peuvent être repérés bien avant le XVIe siècle, tant en Europe qu’en Asie, qu’il s’agisse de l’existence de marchés développés, du système de crédit, de contrats salariaux, de l’impérialisme (1)… Ce courant de recherche prolonge en ce sens la vision de Fernand Braudel, pour lequel le capitalisme se définit comme un ensemble de pratiques présentes dans de multiples sociétés, à de multiples époques (2).
Qu'est-ce que le capitalisme ?
Pendant l’essentiel du 20 e siècle, la question des origines du capitalisme a opposé schématiquement une école marxiste et une école d’inspiration weberienne. Pour la première, ancrée dans l’analyse des luttes sociales, les contradictions propres au mode de production féodal furent déterminantes d’une évolution originale, connue de la seule Europe occidentale, à l’exception peut-être du Japon [Dobb et Sweezy, 1977 ; Brenner, 1976 ; Meiksins-Wood, 2002 ; Bihr, 2006].
Le débat sur les origines du capitalisme
Capitalisme ou caritas ? - Vivre pour la Vérité
Trois penseurs de premier plan ont, au XIXe et au XXe siècle, proposé des définitions du capitalisme. Leurs positions ont été récemment exposées dans un très intéressant ouvrage par Philippe Norel [ 1 ], selon qui Braudel voit dans le capitalisme quelque chose de différent de l’économie de marché. Il naîtrait de l’apparition et de la montée en puissance d’un groupe de négociants qui se sont imposés en particulier pour assurer le ravitaillement des grandes villes contre les contraintes des autorités politiques. Ce serait moins un système d’organisation économique qu’un état d’esprit, un ensemble de pratiques de contournement des réglementations. Pour Braudel, le phénomène apparaît dès le XIIe siècle au moins dans les villes d’Italie et à Paris dès le XIIIe siècle. Tout ce que j’ai exposé dans cet essai montre que je ne crois pas à la réalité de ce capitalisme médiéval.global cities

