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Les livres/Les mots des intellectuels

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La polémique Onfray. Vivre en démocratie après les attentats. Beyrouth, Paris, Tunis : en une dizaine de jours, des attentats terroristes – tous revendiqués par Daesh – ont déchiré le quotidien, brisé des vies, ébranlé des sociétés entières.

Vivre en démocratie après les attentats

D’une gravité exceptionnelle, ces événements nous obligent à un difficile travail de réflexion et d’analyse critique. Avec le recul, on ne peut qu’être frappé par la force des symboles utilisés par les terroristes – rue de marché à Beyrouth, cafés, salle de concert et stade de foot à Paris, bus transportant la garde présidentielle à Tunis, c’est-à-dire le symbole d’un pouvoir ayant reçu le prix Nobel de la paix et parvenant, non sans obstacles, à organiser une transition démocratique.

Globale et coordonnée, l’entreprise a donc un objectif : atteindre l’espace public démocratique en son centre. Elle entend déstabiliser des pans entiers de notre tissu social et de notre culture politique. Mais elle conduit aussi à nous interroger sur ce que signifie vivre en démocratie. Après les attentats, les intellectuels pensent la riposte. LE MONDE | • Mis à jour le | Par Nicolas Truong Des idées pour tenter de comprendre les sombres temps dans lesquels nous sommes plongés.

Après les attentats, les intellectuels pensent la riposte

Jean-Luc Nancy, entretien avec Shoichi Matsuba sur les attentats de Paris. MS - Ma question est très simple : sommes-nous en guerre ?

Jean-Luc Nancy, entretien avec Shoichi Matsuba sur les attentats de Paris

JLN - Je répondrai d’abord oui et ensuite non. Non, parce que le concept précis de guerre, qui appartient au droit international, n’a pas de rapport avec ce qui se passe maintenant. On pourrait dire en faisant référence à Carl Schmitt que c’est une « guerre de partisans », mais ce n’est quand même pas tout à fait la même chose. Le premier exemple de Carl Schmitt je crois, c’est la résistance des Espagnols contre Napoléon ; il est question de partisans espagnols qui ne sont pas constitués en armée régulière, mais le front concerne deux nations et prend place à l’intérieur d’un pays. Tandis que maintenant nous avons affaire à un phénomène transnational. À nos amis. Jean-Luc Nancy, entretien avec Shoichi Matsuba sur les attentats de Paris.

Olivier Roy : « Le djihadisme est une révolte générationnelle et nihiliste » Par Olivier Roy, politologue spécialiste de l’islam La France en guerre !

Olivier Roy : « Le djihadisme est une révolte générationnelle et nihiliste »

Peut-être. Mais contre qui ou contre quoi ? Daech n’envoie pas des Syriens commettre des attentats en France pour dissuader le gouvernement français de le bombarder. Brèves, Attentat, Islamiste, République, Démocratie, État, Religion, Laïcité, Michel Onfray, Olivier Roy, Jürgen Habermas, Marcel Gauchet, Abdennour Bidar, Avital Ronell, Frédéric Gro. Comment en sommes-nous arrivés là?

Brèves, Attentat, Islamiste, République, Démocratie, État, Religion, Laïcité, Michel Onfray, Olivier Roy, Jürgen Habermas, Marcel Gauchet, Abdennour Bidar, Avital Ronell, Frédéric Gro

Avant tout, c’est l’incompréhension. Comment de jeunes Français ont pu commettre de telles horreurs ? Pourquoi ? Pour Michel Onfray, qui s’est fendu rapidement d’un tweet de réaction, la cause est simple : « Droite et gauche qui ont internationalement semé la guerre contre l'islam politique récoltent nationalement la guerre de l'islam politique. » 140 signes qui ne sont pas passés inaperçus… Les terroristes de l’État islamique eux-mêmes, dans une vidéo de propagande revendiquant les attentats, citent le philosophe, lorsqu’il souligne combien « la France doit cesser de bombarder des populations musulmanes » et cesser sa politique islamophobe. « La France doit cesser sa politique islamophobe », c’est d’ailleurs le titre d’un entretien accordé au Point (15/11/15) le surlendemain des attentats, dans lequel Michel Onfray enfonce le clou.

Naomie Klein : interdire les manifestations autour du climat est «une énorme erreur» Brèves, Attentat, Islamiste, République, Démocratie, État, Religion, Laïcité, Michel Onfray, Olivier Roy, Jürgen Habermas, Marcel Gauchet, Abdennour Bidar, Avital Ronell, Frédéric Gro. Une France contre l’autre. Recensé : Christophe Guilluy, La France périphérique.

Une France contre l’autre

Comment on a sacrifié les classes populaires, Paris, Flammarion, 2014, 192 p., 18 €. On trouvera toutes les notes et références de ce compte rendu dans le PDF joint. L’ouvrage de Christophe Guilluy, La France Périphérique, a rencontré un important écho médiatique . Avant même la parution du livre, Marianne lui consacrait sa une en titrant « Les vraies fractures françaises » . Quelques jours plus tard, Libération lui consacrait quatre pages et le plus gros titre de sa une avec « Classes populaires. Cette attention n’est pas indue. Des banlieues populaires pas si mal loties ? Cet ouvrage discute la dimension géographique des divisions sociales. Mais là n’est pas l’essentiel. Par rapport à Fractures françaises, un des apports du dernier opus de Christophe Guilluy est de mieux définir la France périphérique et de la rendre visible par des documents cartographiques couleurs placés en encart au centre du livre.

La faute à l’immigration ! Marcel Gauchet : « Le fondamentalisme islamique est le signe paradoxal de la sortie du religieux » LE MONDE | • Mis à jour le | Propos recueillis par Nicolas Truong (Propos recueillis par) Le philosophe et historien Marcel Gauchet revient sur les origines de la violence terroriste.

Marcel Gauchet : « Le fondamentalisme islamique est le signe paradoxal de la sortie du religieux »

Comment penser les attaques du 13 novembre et ce déferlement de haine ? Marcel Gauchet. Cette violence terroriste nous est spontanément impensable parce qu’elle n’entre pas dans nos grilles de lecture habituelles. Nous savons bien sûr que c’est au nom de l’islamisme que les tueurs agissent, mais notre idée de la religion est tellement éloignée de pareille conduite que nous ne prenons pas cette motivation au sérieux. Nous allons tout de suite chercher des causes économiques et sociales. C’est bien à un phénomène religieux que nous avons affaire. « Non au bûcher médiatique », par Laurent Bouvet. Le Monde | • Mis à jour le | Par Laurent Bouvet (Professeur de science politique à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines) L’engagement des intellectuels dans le débat public n’a jamais été une promenade de santé, mais il connaît depuis quelques années une évolution nouvelle et rapide, dont les figures classiques de l’intellectuel engagé ou de l’intellectuel médiatique n’arrivent plus à rendre compte.

« Non au bûcher médiatique », par Laurent Bouvet

Même « l’intellectuel terminal », bien repéré et décrit par Régis Debray, semble désormais insuffisant pour saisir ce qui est à l’œuvre. On sait ce que doit une telle évolution à la transformation des conditions mêmes de la production du débat public, en particulier à l’évolution des médias sous l’influence de l’information continue et permanente et, depuis quelques années, de réseaux sociaux devenus omniprésents. L’immédiateté, le caractère éphémère et caricatural de toute polémique politico-intellectuelle sont devenus la norme. Des intellectuels à la dérive ? Le Monde | • Mis à jour le | Par Nicolas Truong La scène des idées n’en finit plus de basculer.

Des intellectuels à la dérive ?

Et le bocal intellectuel national de patauger dans des polémiques dont il détient le secret. Formulant des doutes sur la véracité de la photo d’Aylan, l’enfant kurde échoué sur une plage de Bodrum, en Turquie, voici que le philosophe libertaire Michel Onfray évoque, dans les colonnes du Figaro du 11 septembre, ces questions qui sont « devenues impossibles à poser ». L’accueil des réfugiés, la dangerosité de l’islam ou la défense du peuple français font partie, on le devine, de ces sujets d’après lui occultés. Et voici Michel Onfray accusé, principalement par Libération (15 septembre), de « faire le jeu du FN ».

Hannah Arendt, la totalitarismologue du XXe siècle. « Depuis les Grecs, nous savons qu’une vie politique réellement développée conduit à une remise en question du domaine de la vie privée, et à un profond ressentiment vis-à-vis du miracle le plus troublant : le fait que chacun de nous a été fait ce qu’il est singulier, unique et immuable.

Hannah Arendt, la totalitarismologue du XXe siècle

Toute cette sphère du strictement donné, reléguée au rang de la vie privée dans la société civilisée, constitue une menace permanente pour la sphère publique qui se fonde sur la loi d’égalité avec la même logique que la sphère privée repose sur la loi de la différence universelle et de la différenciation. Les éditions de l'aube. La Démocratie contre elle-même - Marcel Gauchet. Manuel illustré destiné à tous les citoyens. Statactivisme - Isabelle BRUNO, Emmanuel DIDIER, Julien PRÉVIEUX. Les statistiques nous gouvernent. Argument d’autorité au service des managers, elles mettent en nombres le réel et maquillent des choix qui sont, en fait, politiques.

Le parti pris de ce livre, qui rassemble les contributions de sociologues, d’artistes et de militants, procède du judo : prolonger le mouvement de l’adversaire afin de détourner sa force et la lui renvoyer en pleine face, faire de la statistique une arme critique. L’histoire de cette forme de contestation dont Luc Boltanski indique qu’elle permet de formuler des « critiques réformistes » passe d’abord par un retour sur la longue controverse sur l’indice des prix en France, présentée par Alain Desrosières.

La deuxième partie du livre s’intéresse à la façon dont on ruse, individuellement et souvent secrètement, avec les règles. Isabelle Bruno est maître de conférences à l’université Lille-II, chercheuse au Centre d’études et de recherches administratives, politiques et sociales (CERAPS). 01/05/2014 - Clément Ghys - Next. Les territoires perdus de la République de Georges Bensoussan. Qui est Charlie ? (2015) , Emmanuel Todd, Actualités / Essais / Document. Qui sommes-nous vraiment, nous qui avons affiché une telle détermination dans le refus de la violence aveugle et notre foi dans la République le 11 janvier dernier ?

La cartographie et la sociologie des trois à quatre millions de marcheurs parisiens et provinciaux réservent bien des surprises. Car si Charlie revendique des valeurs libérales et républicaines, les classes moyennes réelles qui marchèrent en ce jour d’indignation avaient aussi en tête un tout autre programme, bien éloigné de l’idéal proclamé. Leurs valeurs profondes évoquaient plutôt les moments tristes de notre histoire nationale : conservatisme, égoïsme, domination, inégalité. La France doit-elle vraiment continuer de maltraiter sa jeunesse, rejeter à la périphérie de ses villes les enfants d’immigrés, reléguer au fond de ses départements ses classes populaires, diaboliser l’islam, nourrir un antisémitisme de plus en plus menaçant ? Emmanuel Todd est historien et anthropologue. L'insécurité culturelle de Laurent Bouvet.

Ouvrage.