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A contre courant

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Après Charlie, le risque d’un maccarthysme démocratique. « Notre société a produit ce qu’elle rejette aujourd’hui comme une monstruosité infâme » Par Didier Fassin, professeur de sciences sociales à l’Institute for Advanced Study de Princeton (New Jersey) Après le temps de la sidération, le temps de la communion et le temps du recueillement autour des victimes des assassinats des 7, 8 et 9 janvier, devra venir le temps de la réflexion sur ces événements tragiques.

« Notre société a produit ce qu’elle rejette aujourd’hui comme une monstruosité infâme »

Or l’émotion légitime et l’apparent consensus qui en a résulté tendent à délimiter l’espace du pensable et a fortiori du dicible. Un périmètre de sécurité idéologique impose ce qu’il est acceptable d’interroger et ce qui ne saurait l’être. Condamner est nécessaire, analyser devient suspect. « Il y en a assez de toujours essayer de comprendre. À force de trop vouloir expliquer, nous avons fait preuve de complaisance depuis trop longtemps », me disait une personnalité de gauche connue pour ses engagements citoyens. « Charlie en France, Pegida en Allemagne », par Bodo Schulze - Critique de la dissociation-valeur. Charlie en France, Pegida en Allemagne Bodo Schulze Commentant les grandes manifestations « Charlie » en France le 11 janvier 2015, un journaliste de la première chaîne de télévision allemande ARD terminait son discours en disant : « Confrontée à cela, Pegida [1] apparaît comme bien minable. » Ici une géante manifestation républicaine pour la liberté de presse et les « valeurs occidentales » en général, là – à Dresde principalement – des manifestations chaque semaine grandissantes en nombre d'une populace raciste contre « l'islamisation de l'Occident ».

« Charlie en France, Pegida en Allemagne », par Bodo Schulze - Critique de la dissociation-valeur

Ici, l'union nationale de tous les partis à l'exception du FN, là, un mouvement soutenu par aucun parti à l'exception du FN allemand, l'Alternative pour l'Allemagne (AFD). Voyons si la différence est vraiment telle qu'elle apparaît. Pegida est né dans une ville qui compte environ 0.4 % de musulmans, pas vraiment un pourcentage corroborant une « islamisation ». Zygmunt Bauman : “Nos sociétés refoulent des populations entières hors du corps social” #JeSuisMisogyne. Nous aussi on a grandi avec Cabu, Wolinski, Reiser, Cavanna, Choron...

#JeSuisMisogyne

Nous avons vu les mêmes dessins mais nous n’avons pas compris la même chose : Sûrement parce que ces blagues ne s’adressaient pas à nous mais qu’elles se faisaient à nos dépens. Ces types nous rappelaient sans cesse qui nous étions : des Filles, des Femmes, c’est à dire le deuxième sexe, mais un sexe avant tout. Ils nous ont enseigné très tôt qu’une femme c’est une poupée gonflable, un cul, des seins, un con. Une femme, chez Reiser, ça n’ouvre pas la bouche ou bien c’est parce qu’elle suce. L'anthropologue Emmanuel Todd mal à l'aise avec le mouvement "Je suis Charlie" L'anthropologue et historien français Emmanuel Todd a confié au quotidien japonais Nikkei être mal à l'aise avec le mouvement "Je suis Charlie", né en France après l'attentat contre Charlie Hebdo, jugeant que les caricatures de Mahomet humilient les faibles de la société.

L'anthropologue Emmanuel Todd mal à l'aise avec le mouvement "Je suis Charlie"

Shlomo Sand : « Je ne suis pas Charlie » Précision pour les charlistes, non-charlistes, anti-charlistes, réductionnistes, simplificatistes et tutti-quantistes, publier un texte n'a jamais signifié un accord total avec ce texte. mardi 13 janvier 2015 par Shlomo Sand site de l'UJFP Rien ne peut justifier un assassinat, a fortiori le meurtre de masse commis de sang-froid.

Shlomo Sand : « Je ne suis pas Charlie »

Ce qui s’est passé à Paris, en ce début du mois de janvier constitue un crime absolument inexcusable. Dire cela n’a rien d’original : des millions de personnes pensent et le ressentent ainsi, à juste titre. Cependant, au vu de cette épouvantable tragédie, l’une des premières questions qui m’est venue à l’esprit est la suivante : le profond dégoût éprouvé face au meurtre doit-il obligatoirement conduire à s’identifier avec l’action des victimes ? Certaines caricatures publiées dans Charlie Hebdo, que j’avais vues bien antérieurement, m’étaient apparues de mauvais goût ; seule une minorité d’entre elles me faisaient rire. Je suis Charlie : l’héroïsme à peu de frais. Les manifestations consécutives aux attentats exprimaient une indignation légitime.

Je suis Charlie : l’héroïsme à peu de frais

Mais elles sont aussi le signe de certains maux, caractéristiques de notre modernité : suivisme, narcissisme et consumérisme. L’époque a les héros qu’elle mérite. « La liberté guidant le peuple », d’Eugène Delacroix Ils ont marché. Ils sont Charlie. Certains se sont hissés sur le Triomphe de la République, place de la Nation, crayon géant à la main et liberté d’expression à la bouche. La ruée vers Charlie. Un membre de Charlie Hebdo dénonce "le bal des faux-culs" Par: rédaction 13/01/15 - 12h01 "C'était aussi le bal des faux-culs aussi" pour... by puremedias vidéo Grand reporter à Charlie Hebdo, Laurent Léger n'était pourtant pas présent à la grande marche républicaine de dimanche dernier.

Un membre de Charlie Hebdo dénonce "le bal des faux-culs"

L'homme se réjouit du soutien populaire mais dénonce les récupérations politiques. Lundi soir, Laurent Léger était l'invité de l'émission "C à vous" sur France 5. Il est revenu sur la mobilisation exceptionnelle à travers toute la France la veille. "C'était très compassionnel, très émouvant. Lire aussi "J'ai vu l'horreur", témoigne un rescapé de la tuerie Laurent Léger avec Manuel Valls © afp. » Ces morts que nous n’allons pas pleurer, par Mathias Delori. Une sensation circule depuis l’attentat perpétré contre la rédaction de Charlie Hebdo : nous sommes en train de vivre un « 11 septembre français ».

» Ces morts que nous n’allons pas pleurer, par Mathias Delori

Si on laisse de côté la question du volume (environ trois mille morts d’un côté, une douzaine de l’autre), le parallélisme entre les deux événements saute en effet aux yeux. Dans les deux cas, les attentats ont été perpétrés par des personnes se réclamant de l’Islam. Ils ciblent par ailleurs des personnes civiles et des symboles de la modernité occidentale (la presse ici, le capitalisme là-bas).

Enfin, ils mettent en œuvre une stratégie « terroriste » au sens où il s’agit de provoquer une émotion de peur dans le pays touché. Cette idée selon laquelle nous aurions affaire à un « 11 septembre français » a donc fleuri dans les rédactions. A ce propos, deux interprétations semblent structurer le débat public. Le caractère public et collectif de ces réactions émotionnelles nous rappelle que les émotions sont tout sauf des réactions spontanées.