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Végétarisme vs industrie de la viande

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Les parents végétariens ne sont pas des tortionnaires. En juillet 2015, il y a tout juste un an, je commençais à réunir les témoignages de huit personnes qui m’expliquaient pourquoi elles étaient devenues végétariennes, voire véganes.

Les parents végétariens ne sont pas des tortionnaires

Je n’en étais alors qu’au stade de la première approche, menant à pas de loup une réflexion sur la condition animale et le lien entre pollution et élevage de bétail. Je ne sais pas ce qu’il en est pour les lecteurs, mais cet article a constitué pour moi le déclic qu’il me manquait. Après encore quelques mois passés à réduire ma consommation de viande sans toutefois franchir totalement le pas, je suis devenu végétarien au début de l’année 2016, imitant ma femme, qui venait de prendre la même décision au terme de son propre cheminement. Quand ma femme et moi avons annoncé à nos parents que nous étions devenus végétariens, leur principale inquiétude s’est portée sur ce qu’il allait advenir de nos trois enfants, âgés de 9 mois à 6 ans. Faut-il devenir végétarien pour sauver la planète ? C’est le genre de débat qui anime les déjeuners à La Ruche, l’espace de bureaux coopératif qui accueille la rédaction de Reporterre.

Faut-il devenir végétarien pour sauver la planète ?

Hervé et Barnabé assument sans complexe leur côté carnivore tandis que Lorène mange sa salade, soutenue par Flore, une des animatrices de La Ruche. « J’ai fait une école d’agronomie, raconte notre apicultrice, on parlait beaucoup d’agriculture intensive et de la quantité de ressources qu’il faut pour produire un kilo de bœuf. Je me suis dit que sachant cela, je ne pouvais pas continuer à manger de la viande. » Pour Lorène, l’élément déclencheur a été un voyage au Mexique : « J’ai travaillé avec des communautés rurales qui souffraient de la faim parce que leurs terres étaient trop pauvres. Quelques kilomètres plus loin, les meilleurs champs étaient occupés par le bétail exporté aux États-Unis.

Et c’est vrai, les faits sont accablants. Cowspiracy Alors faut-il arrêter de manger de la viande, et même plus, lait et œufs ? Des prairies riches en carbone. 4 min pour comprendre le vrai poids de la viande sur l'environnement. Comment avoir une agriculture sans souffrance animale. «Les bêtes sont encore vivantes au moment où on les tronçonne» La journaliste Anne de Loisy avait enquêté en 2012 sur les abattoirs pour l’émission Envoyé spécial. Elle en a tiré Bon appétit ! Quand l’industrie de la viande nous mène en barquette (1), un livre très documenté paru fin février sur la filière de la barbaque, des éleveurs à nos assiettes.

Est-ce difficile d’enquêter sur la filière de la viande ? C’est très compliqué parce que c’est hyper opaque. Les industriels refusent les interviews et interdisent les tournages dans les abattoirs. Comment avez-vous eu accès aux abattoirs ? J’ai d’abord demandé les autorisations officielles, qui m’ont été refusées. Lors de votre enquête, qu’est-ce qui vous a le plus choquée ? Je ne me rendais pas compte à quel point l’industrialisation de la viande était en marche.

D’où vient la viande que l’on trouve dans nos assiettes ? Dans la restauration collective, 70% des bovins et 87% de la volaille sont importés. Treize raisons de lâcher le steak barbare. Au cours de sa vie, un Français consomme en moyenne 7 bovins, 33 cochons, 9 chèvres et moutons, 1 300 volailles et 60 lapins, selon le service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture.

Treize raisons de lâcher le steak barbare

Soit un peu plus de 1 400 animaux d’élevage auxquels il faut ajouter 1 tonne d’animaux marins. Une frénésie de viandards qui a accéléré l’industrialisation de la production de steaks, jambons et autres magrets. Un seul exemple : en France, 95% des porcs sont élevés dans des systèmes intensifs. Chaque année, 25 millions de porcs charcutiers sont abattus.

Et 70% des 50 milliards de poulets tués dans le monde tous les ans sont élevés dans une stratégie industrielle. De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer l’insoutenabilité d’une telle politique alimentaire, à l’image d’un rapport publié fin février par la Fondation Heinrich-Böll et les Amis de la Terre. «Notre alimentation n’est plus une affaire privée, dit ainsi Christian Berdot, des Amis de la Terre.