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Un capitalisme de surveillance, par Shoshana Zuboff (Le Monde diplomatique, janvier 2019)

Un capitalisme de surveillance, par Shoshana Zuboff (Le Monde diplomatique, janvier 2019)
Cette journée de juillet 2016 fut particulièrement éprouvante pour David. Il avait passé de longues heures à auditionner les témoins de litiges assurantiels dans un tribunal poussiéreux du New Jersey où, la veille, une coupure d’électricité avait eu raison du système d’air conditionné. Enfin chez lui, il s’immergea dans l’air frais comme on plonge dans l’océan. Pour la première fois depuis le matin, il respira profondément, se servit un apéritif et monta à l’étage afin de s’accorder une longue douche. La sonnette retentit au moment même où l’eau commençait à ruisseler sur ses muscles endoloris. Il enfila un tee-shirt et un short, puis dévala les escaliers. — Hé ! — Un quoi ? Ce soir-là, David fut dérangé encore quatre fois par des inconnus impatients d’accéder à son jardin et furieux de se voir congédiés. Ni lui ni les joueurs pendus à sa sonnette ne soupçonnaient qu’ils avaient été réunis ce soir-là par une logique audacieuse et sans précédent : le capitalisme de surveillance.

https://www.monde-diplomatique.fr/2019/01/ZUBOFF/59443

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Le monde selon Google, par Pierre Lazuly (Le Monde diplomatique, octobre 2003) Internet, avec ses 3 milliards de pages, est souvent décrit comme la plus complète des encyclopédies : une incomparable documentation mise gracieusement à notre disposition, et des outils qui savent répondre dans la seconde à la moindre de nos interrogations. Les moteurs de recherche sont si performants qu’il suffit de quelques mots épars pour retrouver une information quand la mémoire nous fait défaut. Ces outils incontournables sont, paradoxalement, de moins en moins nombreux : seules quatre entreprises américaines parviennent encore à proposer à un public mondial un service de qualité. Avant de prétendre aiguiller l’internaute dans un volume de données sans cesse croissant, il faut en effet pouvoir mobiliser des milliers d’ordinateurs pour parcourir la Toile et répertorier l’information disponible. Mais il faut surtout savoir en extraire les pages les plus pertinentes. C’est cette capacité, l’« intelligence » du moteur de recherche, qui en fera ou non le succès.

[DNA] Contre la « dictature Internet » L’espace de liberté et d’égalité que devait être internet s’est retourné contre nous. Et pourrait même devenir un frein à la démocratie, explique Jérémie Zimmermann, cofondateur de La Quadrature du Net, qui défend les droits et libertés des citoyens sur internet. Quand vous entendez « internet » et « démocratie » dans la même phrase, vous pensez à quoi ? À la neutralité du net. C’est-à-dire cette caractéristique technique du réseau qui fait d’une part qu’on a tous une capacité égale d’accès à des contenus, des services et des applications : on peut s’informer à toutes les sources existantes, qu’elles soient ou non dans notre espace géographique, linguistique, politique… Et la neutralité du net c’est aussi une capacité universelle de participation, de publication.

Apports de l’iconographie sidérale aux problématiques spatiales vidéoludiques : le cas des jeux vidéo horrifiques Aarseth Espen, « Allegories of Space. The Question of Spatiality in Computer Games » in Eskelinen M., Koshilaa R. (éds.), Cybertext Yearbook 2000, Jyväskylä : University of Jyväskylä, 2001. Usbek & Rica - La « génération iPhone » est-elle si différente des précédentes ? Elle les appelle « génération iGen » : nés à partir de 1995, « ils ont grandi avec les téléphones portables, avaient un compte Instagram avant d’entrer au lycée et ne se souviennent pas de l’époque avant Internet. » Jean M. Twenge leur a consacré une vaste recherche et un essai paru l’été dernier aux Etats-Unis. Nous en avions déjà parlé sur Usbek & Rica, en nous faisant l’écho de sa thèse : les smartphones ont rendu les ados immatures et déprimés. Rien de moins ! La parution de la traduction française* de l’essai en version augmentée (d’une post-face de Serge Tisseron, notamment) nous a fait replonger dans ces questions encore largement insolubles.

GAFA : « Il faut prendre la Bastille numérique » Ils bousculent tout sur leur passage. Les GAFA (pour Google, Apple, Facebook et Amazon) ont pris le contrôle d’un monde numérique en expansion continue. Leur emprise soulève une opposition croissante de la part des citoyens comme des gouvernements, que ce soit parce que ces entreprises évitent massivement l’impôt, ou parce que l’économie de plate-forme qu’elles instaurent bouleverse les règles d’organisation de notre économie. Qui a trahi le Web ? C’était à l’occasion des 25 ans du web. Son inventeur, Tim Berners-Lee, était interviewé par le site d’actus Reddit. Question : « quelle a été l’une des choses pour laquelle vous n’auriez jamais pensé que l’internet serait utilisé ? » Réponse : « les chatons ». 5 ans plus tard, le même Tim Berners-Lee n’est plus d’humeur à plaisanter. Le britannique, à qui l’on doit les liens hypertextes, et les protocoles qui en ont découlé, se dit inquiet. « Il est devenu évident, déclarait-il dernièrement dans le New-York Times, que le web n’est pas à la hauteur des espérances qu’il suscitait à ses débuts.

La science-fiction : lecture et poétique d'un genre littéraire Comme le polar, le roman pornographique ou le thriller, la science-fiction est aussi appréciée par les lecteurs... que peu étudiée par l'université. Mais comment parcourir sans sourire ce grenier mal rangé, encombré de vaisseaux spatiaux, de machines à remonter le temps, de créatures aux anatomies improbables et de sociétés aux lois infantiles ? Comment prendre au sérieux ce syncrétisme de thèmes dûment traités de longue date par la littérature patentée, et d'extrapolations fantaisistes sur base d'articles de vulgarisation scientifique ? Et pourtant ! Quel plaisir sitôt que l'on abandonne ses préjugés ! Premier grand manuel de synthèse consacré à ce domaine particulier de ce qu'il est désormais convenu d'appeler les « paralittératures », le présent ouvrage rend justice à l'extraordinaire vivacité du genre et aux mille et un tours d'écriture à travers lesquels il déploie ses inventions.

Un vélo pour l’esprit Lorsqu’il travaillait sur l’ordinateur maintenant connu sous le nom de Macintosh, Steve Jobs, le célèbre fondateur de la firme Apple, avait émis le souhait d’appeler sa création : « Bicycle ». Cette idée venait d’un classement publié dans la revue Scientific American. Ce magazine de vulgarisation scientifique avait eu l’idée de dresser le classement des espèces avec la plus grande efficience pour se déplacer dans l’espace. Le condor arrivait en tête, avec le meilleur équilibre entre rapidité et énergie pour aller d’un point à un autre. L’être humain, quant à lui, n’apparaissait laborieusement que dans le deuxième tiers du palmarès.

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