
L'opinion publique
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oxymoron ou pleonasme ?
Institute for Social Research University of Michigan La langue comporte, à titre irréductible, tout un catalogue de rapports interhumains, toute une panoplie de rôles que le locuteur peut se choisir pour lui-même et imposer au destinataire. Oswald Ducrot, Dire et ne pas dire D ans le savoir de sens commun que les agents ordinaires mettent en œuvre dans la vie de tous les jours, comme dans le savoir spécialisé des experts, qu’ils soient journalistes, politologues ou sociologues, l’opinion publique est le plus souvent appréhendée comme un état de choses. “Fait de société” avec lequel les acteurs sociaux et politiques doivent désormais compter, elle suppose la présence préalable d’ une réalité dont l’existence peut être attestée par des critères objectifs, tels que la mesure quantitative des attitudes, les mécanismes de diffusion des opinions ou l’organisation interne de leur distribution.
sémantique de la normalité
Exposé fait à Noroit (Arras) en janvier 1972 et paru dans Les temps modernes , 318, janvier 1973, pp. 1292-1309. Repris in Questions de sociologie , Paris, Les Éditions de Minuit, 1984, pp. 222-235. e voudrais préciser d'abord que mon propos n'est pas de dénoncer de façon mécanique et facile les sondages d'opinion, mais de procéder à une analyse rigoureuse de leur fonctionnement et de leurs fonctions. Ce qui suppose que l'on mette en question les trois postulats qu'ils engagent implicitement. Toute enquête d'opinion suppose que tout le monde peut avoir une opinion ; ou, autrement dit, que la production d'une opinion est à la portée de tous. Quitte à heurter un sentiment naïvement démocratique, je contesterai ce premier postulat.
Pierre Bourdieu : L'opinion publique n'existe pas, 1972.
L’opinion est un jugement d’évaluation qui détermine, d’une manière qui va de la plus instinctive à la plus réfléchie, la valeur que revêt un état du monde pour un individu particulier. En tant que telle, elle se prête aisément à la lecture psychologisante que lui réservent la philosophie analytique, l’individualisme méthodologique et le sens commun. Pourtant, si l’opinion entretient bien un lien privilégié avec la subjectivité individuelle, elle ne renvoie aucunement à l’expression sincère et inconditionnelle d’un état mental. L’opinion est une relation intentionnelle qui répond, comme ses semblables, à des conditions d’ajustement qui permettent de la juger publiquement comme étant correcte ou incorrecte, appropriée ou inappropriée. Malheureusement, la dynamique d’ajustement entre les jugements individuels et la raison publique est bien souvent remplacée par une incompatibilité de principe dont témoignent les conceptualisations dualistes de l’ “opinion publique”.

