Jacques Attali: L'Europe rase gratis. Pour avoir, depuis des mois, appelé à la mise en place d'une Agence européenne du Trésor, capable d'émettre des bons du Trésor européens, je ne peux que me réjouir de la formidable avancée que représente la décision de Bruxelles. L'Europe, et c'est heureux, a choisi de sortir par le haut. Les technocrates ont rempli leur vraie mission, qui est de rendre possible ce que souhaitent les politiques. En tout cas une partie de leur mission. Car ni les uns ni les autres n'ont rempli leur véritable devoir, qui est de sortir de l'engrenage de la dette. publicité Après avoir basculé, par le G20, de la dette privée à la dette publique, voici qu'on bascule, banque centrale après banque centrale, de la dette publique à la planche à billet.
Certes, l'inflation n'est pas immédiate, mais la dette se creuse. Rien n'est dit sur la maîtrise de la spéculation, qui va continuer à faire des profits pour compte propre avec l'argent des autres. Jacques Attali Image de Une: Lingots d'or Reuters Devenez fan sur. Soyons sérieux. - Marathon de Paris Benoit Tessier / Reuters - Nous, Français, avons l'art de nous disputer à propos des solutions à apporter à des problèmes qui ne dépendent pas de nous, ou sur des questions secondaires, pour mieux enfouir les choix stratégiques à notre portée, parce que nous ne voulons pas faire. Ainsi, aujourd'hui, se déchire-t-on sur l'immigration, en oubliant que ce sujet est devenu, de facto, depuis les accords de Schengen, de compétence européenne. Et on discute de l'ampleur de l'impôt sur la fortune ou de l'épaisseur du bouclier fiscal, alors qu'ils ne représentent qu'une part lilliputienne de nos sommes fiscales. publicité D'autres problèmes plus sérieux nous assaillent, dont les solutions nous sont accessibles.
Ainsi de la dette publique, qui continue de grandir, et de la compétitivité de l'économie française, qui s'effondre. La France doit donc se préparer à ces temps difficiles. Jacques Attali Devenez fan sur , suivez-nous sur. La démocratie financière. - REUTERS/John Kolesidis - Peu de gens ont encore réalisé que ce qui se joue en Grèce aura, à terme, une influence sur le montant des retraites que bien des Français touchent ou toucheront dans les décennies à venir. En effet, une part importante de l’épargne placée en assurance-vie est investie en obligations d’Etat européennes, considérées comme les plus sûres par les assureurs. Et si ces obligations ne sont pas honorées, nos banques, nos compagnies d’assurances, leurs actionnaires et leurs clients seront les premières victimes.
Aussi, en bonne logique de marché (surtout de marché financier), était-il prévisible qu’on choisisse une fois de plus de faire payer les contribuables plutôt que les actionnaires. Et c’est bien ce qui s’annonce. publicité Ceci correspond aussi à la logique de la démocratie, du moins telle qu’on la pratique aujourd’hui: les hommes politiques, comme les banquiers centraux, préfèrent laisser la gestion du pire à leurs successeurs. Une nouvelle crise apparaîtra. Jean-Claude Trichet propose un ministère des Finances de l'UE. L'Union européenne doit envisager de développer la centralisation de ses politiques économiques si elle ne parvient pas à juguler la crise de la dette dans la zone euro, a déclaré jeudi le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet.
Ministère des Finances A l'occasion de la remise d'un prix pour sa contribution à l'unification européenne, Jean-Claude Trichet a avancé plusieurs idées comme la formation d'une ministère des Finances européen ou un droit de veto européen sur certaines décisions économiques nationales. A l'heure où la zone euro envisage un nouveau plan de sauvetage pour aider la Grèce à s'extirper de sa crise budgétaire, ces propos ont fait bondir la monnaie unique à un plus haut d'un mois face au dollar. «Dans un premier temps, il est justifié de fournir une assistance financière dans le cadre d'un programme d'ajustement fort», a déclaré Jean-Claude Trichet.
Crise de la zone euro E.M. avec Reuters. Un budget à refaire totalement. - La BCE à Frankfort. REUTERS/Kai Pfaffenbach - Pourquoi faut-il que les faits ressemblent tellement à ce qui était prévu? Pourquoi faut-il que les politiques réagissent avec tant de retard aux évidences? Pourquoi faut-il qu’ils continuent de penser qu’il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne finisse par résoudre? Pourquoi faut-il qu’ils essaient toujours de régler au dernier moment des problèmes connus depuis des années? En fait, le cœur des difficultés de la France n’est ni en Grèce, comme on le dit depuis des mois, ni en Italie, comme on le dira bientôt, mais en France; et c’est à la France qu'il appartient de régler ses problèmes.
Et d’abord de repenser totalement le budget 2012, déjà dépassé. Certains relativiseront alors la notation de la France: d’abord parce que les agences de notation se sont discréditées par leurs erreurs passés. Il n’en ira pas de même pour la France, dont la monnaie n’est pas monnaie de référence internationale, pouvant être émise sans limite. La démocratie et le réel. - Une femme vote à Lisbone, le 5 juin 2011. REUTERS/Rafael Marchante - Ainsi, nous dit-on, les démocraties européennes seraient moribondes. Elles seraient passées, au mieux, sous la tutelle de technocrates venus de Bruxelles ou de Francfort; au pire, sous celle des marchés. Et tout cela, naturellement, serait la faute de l’euro, de l’Union européenne, des banques et de bien d’autres gens. Pas la nôtre. En réalité, ce sont nos parlements démocratiquement élus, et nos gouvernements librement constitués, de gauche ou de droite, qui ont, depuis des décennies, voté et exécuté des budgets en déficit.
Publicité Tout cela vient de ce que bien des gens ont oublié que la démocratie ne donne pas le droit de voter n’importe quoi, au nom de la sacro-sainte souveraineté du peuple; en particulier, elle ne permet pas aux parlementaires d’augmenter à l’infini les dépenses, tout en réduisant les recettes. Nous n’en sommes pas encore là. Jacques Attali Cet article a été également publié par L'Express. Après le sommet de Bruxelles, un plan pour sauver les Européens. - Angela Merkel et François Hollande, le 23 mai 2012 à Bruxelles. REUTERS/Francois Lenoir - Privé de l’aide européenne et internationale, l’Etat grec pourrait faire défaut avant fin juin. Le risque principal, aujourd’hui, se situe au niveau des banques grecques: le risque de bank run massif est chaque jour, plus important. Il précipiterait l’effondrement du système bancaire grec dans son ensemble, déjà vacillant.
L’Europe devrait alors se partager, au prorata des banques centrales nationales dans l’eurosystème, les coûts de l’exposition à la Grèce via Target 2 (de l’ordre de 100 milliards d'euros). Ce coût n’est qu’une partie de celui d’un nouveau défaut sur la dette souveraine grecque. Publicité La sortie de la Grèce de la zone euro produirait des réactions en chaîne aux conséquences fâcheuses: des bank runs, en Espagne, en Italie ou en Irlande. Et pourtant, la sortie de la Grèce de la zone euro reste malheureusement l’hypothèse la plus crédible aujourd’hui. A. B. Jacques Attali. Jacques Attali: «Une chance sur deux pour que l'euro n'existe plus à Noël» La maison Europe brûle. La crise des dettes souveraines menacent la zone euro.
Les dirigeants peinent à trouver la parade. Et pourtant il y a urgence. Dans une interview à 20 Minutes, l'économiste Jacques Attali estime qu'il y a plus d'une chance sur deux pour que la monnaie unique disparaisse d'ici la fin de l'année. Faut-il craindre la perte par la France de son AAA que les marchés semblent avoir déjà anticipée ? La question n'est plus celle-là. Comment éviter ce scénario ? Il reste une seule solution qui est de mettre en place un plan à trois niveaux.
Le gouvernement martèle qu'il ne fera pas de troisième plan de rigueur. S'il le dit... La succession des plans de rigueur en Europe risque de peser sur la croissance. Il faut quand même demander poliment à ceux à qui on emprunte s'ils sont d'accord pour nous prêter. Vous présidez le groupe PlaNet Finance, qui organise les International Microfinance awards. Je n’aurais pas choisi de m’y consacrer si je ne pensais pas ça.