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Cynthia Fleury

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Cynthia Fleury : “le courage est notre force motrice“ Quelle définition donnez-vous du courage ?

Cynthia Fleury : “le courage est notre force motrice“

En quoi, soignants et médecins, en première ligne contre le Covid-19, sont-ils courageux ? Tout en respectant les consignes de sécurité sanitaire, ils ont décidé d’être au plus près de la population, en mettant à sa disposition leurs compétences. Ils ont considéré que l’ethos lié à leur métier exigeait leur présence dans cette crise. Le courage recouvre cette articulation entre des principes, une action et un espace-temps. Chacun cherche en soi des ressources à mobiliser pour répondre à l’exceptionnel dudit espace-temps.

Les prêtres martyrs de Bergame bouleversent l’Italie et le monde Vous dites aussi que le courage est plastique… En effet, ce n’est pas quelque chose de défini. Vous estimez également que c’est la vertu qui rend opérationnelles toutes les autres… Il y a forcément une prise de conscience de la peur, à mettre en balance avec des critères que l’on juge supérieurs et qui entraînent l’action. C’est un enjeu absolu. Trente ans de dysfonctionnement vorace. © Catherine Helie / Gallimard Que dit le moment que nous vivons de notre société occidentale ?

Trente ans de dysfonctionnement vorace

C’est en substance la question que Sesame (à paraître dans le numéro 7, mai 2020) a posée à Cynthia Fleury-Perkins, philosophe et psychanalyste, professeur titulaire de la chaire Humanités et santé au Conservatoire national des arts et métiers et titulaire de la chaire de philosophie à l’hôpital du GHU Paris psychiatrie et neurosciences. Réponses sans concession. Sesame : Comment qualifieriez-vous ce « moment » : crise, rupture, catastrophe ? Pour quelles raisons ? Cynthia Fleury-Perkins : Il faudrait sans doute que cette crise soit une catastrophe, au sens où il faudrait qu’il y ait un vrai retournement possible, un avant et un après, une forme de rupture. Que peut-on dire de cette expérience d’un danger imminent sur lequel on a peu de prise ?

Quels sont ses principaux effets sur le plan de l’expérience collective et individuelle ? Il y a plusieurs choses. . [1] Accentuant le désordre. Journal d’une confinée, par Cynthia Fleury : “La deuxième vague attendue est moins celle du Covid-19 que celle de toutes les pathologies mises de côté” - Idées. Cynthia Fleury, professeure titulaire de la chaire Humanités et santé au Conservatoire national des arts et métiers, tient pour nous son journal du confinement.

Journal d’une confinée, par Cynthia Fleury : “La deuxième vague attendue est moins celle du Covid-19 que celle de toutes les pathologies mises de côté” - Idées

Cinquante-cinquième et dernier jour de ce journal, elle s’inquiète du retard considérable pris sur les soins des autres maladies. Ce jour 55 est une figure géométrique en soi dans la mesure où il est un nombre heptagonal : on peut s’amuser ici à voir dans ce dernier la préconfiguration de nos êtres à distance dans les mois qui viennent. Enfin, le jour 56 libérateur est là, à portée d’heures. Il était plus ou moins difficile psychologiquement de vivre le confinement, mais chacun comprenait assez facilement une restriction temporaire des libertés si telle était la condition de la non-saturation des urgences et surtout de la protection de la vie de nos aînés.

Ah oui, cela reste un plaisir non négligeable de savoir que ces masques insupportables vont faire « bugger » un peu les dispositifs de reconnaissance faciale. “Nous allons vers un monde au ralenti, désorganisé et ultra-compétitif” Cynthia Fleury, professeure titulaire de la chaire Humanités et santé au Conservatoire national des arts et métiers, tient pour nous son journal du confinement.

“Nous allons vers un monde au ralenti, désorganisé et ultra-compétitif”

En ce 51e jour de confinement, deux chemins semblent se dessiner devant nous : l’un qui mènerait à un futur plus soucieux de l’écologie et l’autre à un avenir qui ressemblerait au passé. “Métaphoriquement, le ‘noir’ de Soulages porte l’élan, l’issue, l’espérance” Cynthia Fleury, professeure titulaire de la chaire Humanités et santé au Conservatoire national des arts et métiers, tient pour nous son journal du confinement.

“Métaphoriquement, le ‘noir’ de Soulages porte l’élan, l’issue, l’espérance”

Jour 35, balade au milieu des tableaux de Pierre Soulages et découverte d’un regard qui va au-delà des apparences. Je n’ai pas souvent le temps d’aller au musée. Ce matin, tôt, j’y suis allée. Certains aiment visiter des expositions seul(e), c’est mon cas, on ajuste son rythme en fonction de sa sensibilité, mais là, j’ai invité un camarade à se joindre à moi. Nous sommes allés dans le département des Alpes-Maritimes parcourir la galerie Lympia (1), que je ne connaissais nullement. “Le ‘noir’ de Pierre Soulages est une leçon de choses, indépendamment d’être magnifique” “Tous ceux qui ne peuvent travailler contractent une dette impayable” Cynthia Fleury, professeure titulaire de la chaire Humanités et santé au Conservatoire national des arts et métiers, tient pour nous son journal du confinement.

“Tous ceux qui ne peuvent travailler contractent une dette impayable”

Jour 34, elle s’interroge sur la dette, et l’annulation des dettes. Le sujet revient sans cesse, dans les familles ou les ministères, sans nécessairement renvoyer la même chose, mais il y a un continuum bien sûr entre les deux : la dette, le surendettement. Je me souviens de ma première leçon en économie, presqu’une leçon de vie : There is no such thing as a free lunch », qu’on attribue sans doute, à tort, à Milton Friedman – cet adage populaire relevant du sens commun. Autrement dit, tout se paye un jour, et ce qui était gratuit sans doute d’autant plus. Quand viendra l'heure du bilan... Cynthia Fleury, professeure titulaire de la chaire Humanités et santé au Conservatoire national des arts et métiers, tient pour nous son journal du confinement.

Quand viendra l'heure du bilan...

Au Jour 19, la philosophe acte le grand retour de l’Etat et d’une coordination plus conséquente de la gouvernance mondiale. 3-4-2020. Le grand retour de la solidarité est souvent invoqué chez les commentateurs pour évoquer l’après, mais là déjà nous pouvons goûter le « retour » de la puissance des Etats dans la gestion de la crise, eux dont on stigmatisait il y a quelques semaines encore l’impuissance. Cela dit, l’après covid-19 pourrait signer le retour du politique et d’une coordination enfin plus conséquente de la gouvernance mondiale. "Combien, devant la date du déconfinement annoncée, considèrent qu’ils ont « raté » leur confinement. Le « sois maître de tes heures » de Sénèque est un art difficile, qui demande beaucoup d’autodiscipline, et de connaître son désir." @CynthiaFleury □□

“Être maître de ses heures demande de connaître son désir” Cynthia Fleury, professeure titulaire de la chaire Humanités et santé au Conservatoire national des arts et métiers, tient pour nous son journal du confinement.

“Être maître de ses heures demande de connaître son désir”

Jour 38, où l’expérimentation de la téléprésence est devenue une évidence. « J’en arrive à l’évidence : il faut que tout cela s’arrête. Savoir finir ne doit jamais dépendre d’une date imposée par les autres. » Ces quelques paroles sont prononcées par Wajdi Mouawad, directeur de La Colline, qui a tenu son journal de confinement du 16 mars au 20 avril. “Cohabiter avec le virus nécessite de réapprendre à vivre avec les risques” Cynthia Fleury, professeure titulaire de la chaire Humanités et santé au Conservatoire national des arts et métiers, tient pour nous son journal du confinement.

“Cohabiter avec le virus nécessite de réapprendre à vivre avec les risques”

Jour 37, il devient vital de penser ensemble nos règles communes, d’ajuster prises de risque et liberté. Nous le savions confusément depuis le début du confinement : celui-là serait intenable pour le maintien de la vie économique, sociale et démocratique ; la métaphore vitale est à garder parce qu’elle nous rappelle la vérité holistique de la vie, pas simplement biologique.

La vérité de la dynamique vitale reste l’adaptation, la cohabitation ; le principe de réalité se situe aussi du côté de la négociation, de la zone poreuse, de la zone à risques. Apprendre à cohabiter avec le virus nécessite de réapprendre à vivre avec les risques, alors même que la modernité a tout fait pour chasser ce compagnonnage, à raison d’ailleurs. “Ce temps-là perdu sera simplement gâché”