Sarkozy l'Allemand. - Nicolas Sarkozy accueille Angela Merkel à Deauville en 2010.
REUTERS/Philippe Wojazer - «Je veux rapprocher la France d'un modèle qui marche: l’Allemagne.» Cette déclaration, fil rouge de l'intervention de Nicolas Sarkozy jeudi soir à la télévision et qui semble devoir dessiner la ligne de sa future campagne présidentielle, laisse coi. Sarkozy l’Allemand? On croit rêver. Publicité La rigueur? En outre, s’il définit l’austérité par «la baisse des salaires des fonctionnaires», comme dans les pays du sud de l’Europe, Nicolas Sarkozy oublie de dire qu’en Allemagne tous les salaires, y compris ceux du secteur privé, ont baissé pendant près d’une décennie après l’adoption des mesures dites Agenda 2010 de Gerhard Schröder en 2002. Ouf, Carla peut à nouveau boire et fumer !
Une petite Giulia est née le 19 octobre chez les Sarkozy-Bruni.
Au Royaume-Uni, où l'on a l'habitude des Premiers ministres papas, la nouvelle est accueillie, comme il se doit, avec une bonne dose d'ironie. Débouchez le pastis ! Grillez une Gauloise en l'honneur de la mère de l’enfant du président ! La longue attente est finie, et la première dame de France peut enfin boire et fumer. Ah oui, et puis elle a eu un bébé aussi. Il paraît que le président est fier comme un coq d’être le papa d’une petite fille. Au Royaume-Uni, les bébés "premiers ministériels" – symboles virils de jeunesse, de pouvoir et de vigueur – sont en passe de devenir la règle. Alors que l’économie mondiale est en pleine déconfiture, tout le monde s’accorde [en tout cas] à dire que Sarkozy a eu raison de quitter le chevet de son épouse pour aller rencontrer une autre femme, dans la mesure où cette dernière n’était autre que la chancelière allemande, Angela Merkel. Quand Fillon jugeait "irresponsable" d'effacer la dette grecque.
Taxes / TVA. Sarkozy envisage de rencontrer les banquiers avec Mme Merkel. Nicolas Sarkozy espérait une réponse d’ampleur massive, qui stoppe définitivement la crise de la monnaie unique.
Le chef de l’Etat a évité le pire, une absence d’accord entre les dix-sept chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro. Mais la réponse des Européens reste modeste. L’histoire est loin d’être terminée, parce qu’il faudra obtenir des aides des pays émergents et du FMI, si possible d’ici au G20 de Cannes, qui rassemblera début novembre les principaux dirigeants de la planète. Parce que les négociations avec les banques, qui vont accepter d’effacer la moitié de leurs créances sur la Grèce ne seront pas achevées avant janvier. Parce qu’il va falloir compter sur le secours de la banque centrale européenne (BCE) et de son président désigné Mario Draghi, pour éviter une contagion de la crise à l’Italie et à l’Espagne, sans qu’aucun accord formel n’ait été scellé.
Sarkozy explique la crise et annonce un nouveau plan de rigueur. Nicolas Sarkozy à la télé : la dette ! la dette ! la dette ! Bonapartiste. "Nicolas Sarkozy a cherché à noyer son bilan dans une crise européenne et planétaire" Sarkozy face à sa crise de crédibilité. Jeudi 27 octobre au soir, en diffusion simultanée sur TF1 et France , Nicolas Sarkozy s'est donc imposé dans quelques millions de foyers français pour vanter son action européenne de la veille.
L'exercice n'avait qu'un objectif, montrer combien il était crédible. Car Nicolas Sarkozy, cruelle ironie, n'avait plus que son comportement comme argument électoral. La nuit précédente avait été courte. Il avait fallu attendre 10 heures de discussions et négociations pour un accord minimaliste sur le sauvetage de la Grèce, la recapitalisation des banques européennes et le renforcement du Fond Européen de Stabilité Financière.
Dans la journée, les Bourses du monde avaient célébré cet accord européen comme autant de perspectives spéculatives retrouvées. Personne, répétons le mot, personne ne s'était demandé si l'occasion n'était pas trop belle d'imposer une quelconque régulation. Nicolas Sarkozy, le pompier boutefeu - Laurent Joffrin. Il veut être l'homme des tempêtes, le président debout, le commandant en chef couturé mais héroïque.
Pour se sauver lui-même, Nicolas Sarkozy veut apparaître en sauveur des autres. Tel est, selon toutes probabilités, le candidat qui se présentera aux suffrages des Français : le saint-bernard de la crise. La tourmente financière qui n'en finit pas de secouer l'Europe, handicap majeur de Sarkozy, peut devenir son principal atout. Pour refaire son abyssal retard dans l'opinion, le président compte changer le plomb en or et son échec en victoire. Il n'a pas honoré ses promesses ? D'autant que les remèdes proposés à l'Europe par le président français, héraut d'un libéralisme réversible, ne manquent pas de pertinence.
Les orthodoxes allemands, qui ont la main dans cette phase, crient au risque d'inflation. Nicolas Sarkozy cherchera à s'en prévaloir : c'est là que le raisonnement pèche. Laurent Joffrin - Le Nouvel Observateur.