Du bon usage de l'ethnicité..., par Catherine Coquery-Vidrovitch. « Ethnie », « ethnicité » : voici des mots qui servent aujourd’hui à tout, donc à rien. Les commentateurs les utilisent le plus souvent à tort et à travers. Il paraît urgent de remettre un peu d’ordre afin de savoir ce que l’on veut dire, quel concept se cache derrière le mot. Sait-on, d’abord, l’histoire du terme « ethnie » ? Il serait apparu en 1787. Les variations de sens vont, en deux siècles, passer d’un extrême à l’autre, tantôt laudatif, tantôt péjoratif. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, le sens était aussi précis qu’il est oublié aujourd’hui : celui de « païen » (dictionnaire Littré). Les « ethnies » étaient les peuples non chrétiens : autant dire, à l’époque, les sauvages (la seule « civilisation » alors digne de ce nom étant la civilisation judéo-chrétienne...). Mais d’où vient qu’aujourd’hui tout ce qui a trait à l’ethnicité soit, à nouveau, implicitement synonyme de sauvagerie ?
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