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Débat -Projet pour une presse libre, Selon Pierre Rimbert

Débat -Projet pour une presse libre, Selon Pierre Rimbert
Naguère, les nouveaux riches soucieux de parfaire leur intégration à la bonne société s’offraient un haras, une voiture ancienne ou une villa à Cabourg. Désormais, pour asseoir leur statut, ils s’achètent un journal. MM. Bernard Arnault et François Pinault, deuxième et troisième fortunes françaises, ont depuis longtemps chacun le leur, respectivement Les Echos et Le Point. Les voici rejoints par de nouveaux venus, MM. A s’en tenir aux trois dernières décennies, on repère une séquence presque toujours identique. Libération a été racheté successivement par M. Le modèle mixte expire A en croire les analystes dominants de la presse, deux facteurs favorisent les sinistres à répétition. Ni les dérives de la presse contrôlée par M. Pareille cécité tient à une ambivalence vieille de deux siècles : l’information est pensée comme un bien public, mais produite comme une marchandise. Partager les infrastructures A qui profiterait la mutualisation et à quelles conditions ? Ni impôt ni publicité Related:  MédiaLe Monde diplomatique

Presse bourgeoise, ultralibérale, aux ordres… État des lieux et perspectives avec Alain Accardo – Le Comptoir Alain Accardo est sociologue, maître de conférences à Bordeaux-Montaigne et chroniqueur régulier pour l’excellent mensuel « La Décroissance ». Il vient de faire paraître, dans la collection Cent mille signes des éditions Agone, un essai intitulé « Pour une socioanalyse du journalisme ». Pour ce spécialiste de Pierre Bourdieu, hors de question de penser que les journalistes participent à un grand complot pour protéger l’ordre libéral établi ou qu’ils obéissent docilement aux injonctions de leurs richissimes actionnaires. Le Comptoir : Dans votre livre, vous dépeignez avec précision comment la majorité des journalistes actuels est acquise à ce qu’on appellera, grosso modo, l’ordre libéral établi. Alain Accardo : Les deux enquêtes qui sont à la base de cet ouvrage ont eu lieu dans les années 1990. Infographie réalisée par Marie Beyer et Jérémie Fabre pour Le Monde diplomatique Romaric Godin David Pujadas Comment décoloniser le journalisme de la pensée libérale ? WordPress: J'aime chargement…

Séries télévisées et bonheur conforme, par Serge Halimi (Le Monde diplomatique, août 1993) « Cinquante-deux pour cent de part de marché. » M. Claude Berda, co-responsable (avec M. Jean-Claude Azoulay) de la société A. B. Productions, n’aura guère le temps d’en dire davantage avant d’être interrompu par « un appel venu de Turquie ». S’intéresserait-on, à Istanbul aussi, à Hélène et les garçons, Premiers baisers ou le Miel et les Abeilles , ces séries télévisées conçues par A. Les chiffres d’audience sont éloquents : 39 % des enfants de 4 à 14 ans regarderaient le Miel et les Abeilles ; 40 % des personnes âgées de 15 à 49 ans seraient fidèles à Hélène et les garçons. Ce minimalisme culturel n’embarrasse nullement M. Ici, nul ballottage : la génération Mitterand-Balladur apprécie « l’amour toujours » que lui sert, chaque soir de semaine, la chaîne du groupe Bouygues. Un acteur parle : il paraît à l’écran. Le ciel punit les infidèles En mars 1993, l’un des magazines à succès (conçu par A. A l’écran, la scène du pardon donnera ceci : Hélène : « C’est trop tard, Nicolas.

RT trouble le concert de l’information internationale, par Maxime Audinet (Le Monde diplomatique, avril 2017) C’est un clip réalisé pour les 10 ans de RT (ex-Russia Today), fleuron de l’audiovisuel public extérieur russe, en décembre 2015. Affublée d’un uniforme soviétique, Margarita Simonian, la rédactrice en chef de la chaîne d’information continue, passe en revue son personnel au siège de la rue Borovaïa à Moscou : Liouba, la femme de ménage, « reçoit ses ordres directement du Kremlin » ; dans un studio tapissé d’un fond vert, une journaliste « embarquée » lit un prompteur en arabe alors que des figurants déguisés en combattants syriens tirent à blanc ; les présentateurs étrangers croupissent dans une geôle humide, tandis que le Britannique Kevin Owen, employé par la chaîne, est menotté à son plateau... RT a choisi l’autodérision pour répondre à ses nombreux détracteurs, qui voient en elle un instrument de propagande du Kremlin. « Il n’y a pas d’objectivité » Tournant le dos à ce dilemme, l’équipe de RT préfère assumer ses liens avec l’État russe. Prédilection pour les thèmes sécuritaires

Les médias reflètent-ils la réalité du monde ?, par Ryszard Kapuscinski (Le Monde diplomatique, août 1999) Dans les débats sur les médias, on accorde une attention excessive aux problèmes techniques, aux lois du marché, à la concurrence, aux innovations et à l’audience. Et une attention insuffisante aux aspects humains. Je ne suis pas un théoricien des médias, mais un simple journaliste, un écrivain qui, depuis plus de quarante ans, se consacre à recueillir et à traiter l’information (et aussi à la consommer). J’aimerais faire part des conclusions auxquelles je suis parvenu au terme de ma longue expérience. Ma première observation concerne les dimensions. Dans de nombreux pays, la télévision ne fonctionne que deux ou trois heures par jour. Une grande partie de l’humanité vit encore hors de l’influence des médias et n’a nulle raison de s’inquiéter des manipulations médiatiques éventuelles ou de la mauvaise influence des médias de masse. Souvent, en particulier en Amérique latine et en Afrique, l’unique fonction de la télévision est de divertir. Depuis, tout a changé.

De l’information au piège à clics, par Sophie Eustache & Jessica Trochet (Le Monde diplomatique, août 2017) Usiner en quelques minutes des articles insolites sur le dernier sujet qui agite les réseaux sociaux, y glisser des références flatteuses aux annonceurs publicitaires, saupoudrer l’ensemble de vidéos amusantes qui feront le tour d’Internet : la recette a porté à des sommets l’audience des sites d’info-divertissement Melty, Konbini ou encore BuzzFeed. La presse traditionnelle porte sur ces jeunes concurrents un regard ambivalent fait de mépris pour un journalisme ouvertement bâclé et de fascination pour le nombre de visites qu’il génère. Cofondateur de Melty et président de l’entreprise jusqu’en mars dernier, M. Car derrière les décors acidulés se cache un univers de forçats. L’algorithme rédacteur en chef Ces sites ont pour spécialité la production industrielle à bas coût de contenus destinés aux jeunes. Et pour cause : la course au clic oriente jusqu’au choix des sujets. Sur ces sites aux audiences stellaires, le lecteur est une cible marketing plutôt qu’une personne à informer.

La machine à abrutir, par Pierre Jourde Jusqu’à présent, la qualité des médias audiovisuels, public et privé confondus, n’était pas vraiment un sujet. Puis le président de la République découvre que la télévision est mauvaise. Il exige de la culture. En attendant que la culture advienne, l’animateur Patrick Sabatier fait son retour sur le service public. En revanche, des émissions littéraires disparaissent. C’est la culture qui va être contente. Avec l’alibi de quelques programmes culturels ou de quelques fictions « créatrices », les défenseurs du service public le trouvaient bon. Les médias ont su donner des dimensions monstrueuses à l’universel désir de stupidité qui sommeille même au fond de l’intellectuel le plus élitiste. Lorsqu’on les attaque sur l’ineptie de leurs programmes, les marchands de vulgarité répliquent en général deux choses : primo, on ne donne au public que ce qu’il demande ; secundo, ceux qui les critiquent sont des élitistes incapables d’admettre le simple besoin de divertissement. On a le choix ?

Pas avant le deuxième tour – Nicolas Gregoire – Medium Le 2 avril, j’ai décrit dans une tribune mon parcours dans les bas fonds de la politique. Emplois fictifs, extorsion, agressions sexuelles, tout y était, version François Bayrou. Plus de soixante-dix mille lecteurs plus tard, j’ai découvert les dessous d’une élection ou tout s’accordait, jusqu’au sommet de l’Etat, pour protéger Emmanuel Macron. Chronique d’un échec annoncé. Et d’une France qui n’est pas la nôtre. Maintenant ou jamais “Bonjour ! C’était le bon moment : un mois avant le premier tour. En lisant mon brouillon, mes amis découvrent un Nicolas inconnu, un peu inquiétant. Quinze minutes de célébrité “Si vous devez lire une chose aujourd’hui, lisez-ça. D’abord partagé par trois personnes, Fictif(s) se propage sur les réseaux sociaux. Très vite, les demandes d’interviews arrivent. Le jour de la parution de Fictif(s), je reçois un email d’un journaliste de Marianne. Mediapart, qui n’avait pas voulu de mon papier, le publie maintenant sans mon autorisation. 6 avril. 22h. Ca sort !

« On n’a plus le temps... », par Serge Halimi Ceux qui se désolent du manque d’attention à leur cause, à leur activité, se voient souvent opposer la même explication : « On n’a plus le temps. » On n’a plus le temps de se plonger dans un livre « trop long », de flâner dans une rue ou dans un musée, de regarder un film de plus de quatre-vingt-dix minutes. Ni celui de lire un article abordant autre chose qu’un sujet familier. Ni de militer ni de faire quoi que ce soit sans être aussitôt interrompu, partout, par un appel qui requiert d’urgence son attention ailleurs. Pour une part, ce manque de temps découle de l’apparition de technologies qui ont permis de… gagner du temps : la vitesse des déplacements s’est accrue, celle des recherches, des transmissions d’informations ou de correspondances aussi, souvent à un coût modeste ou dérisoire. Parfois, c’est aussi l’argent qui fait défaut : on n’a plus les moyens. Parmi d’autres, ces raisons expliquent la désaffection de la presse payante. En particulier sur la Toile.

Macron : chapeau les artistes ! «Priorité au direct», coupa tout d’un coup Léa Salamé. Et l’image de France 2 bascula vers une porte, gardée par un musclé à oreillette. Une, deux, trois secondes, on resta en tête à tête avec cette porte et le musclé qui gardait cette porte. Et puis, Salamé nous expliqua : c’était la porte du QG d’Emmanuel Macron, par où allait sortir le vainqueur du premier tour, pour se rendre devant ses militants, quelques centaines de mètres plus loin. S’il reste quelques citoyens qui n’ont pas compris comment les médias ont imposé Macron comme une évidence, alors qu’ils se précipitent sur le replay de la soirée électorale de France 2. Les réactions politiques du tout-venant expédiées après l’annonce des résultats, sonnèrent donc sur France 2 l’heure du vainqueur. On suivit encore Macron alors qu’il se dirigeait vers «une brasserie de Montparnasse», escorté de ce commentaire compréhensif de France 2 : «Il ne respecte pas les feux rouges. Daniel Schneidermann

Les médias, gardiens de l'ordre social, par Gilles Balbastre et Pierre Rimbert Le mouvement de mai-juin 2003 Les dogmes peuvent tuer. La réduction des dépenses publiques, priorité des gouvernements depuis vingt ans, a fragilisé le système de santé français, incapable de répondre aux conséquences de la canicule. Plus qu’ailleurs en Europe, des milliers de personnes âgées en sont mortes. Absente durant cette période, l’équipe du premier ministre, M. Jean-Pierre Raffarin, est en revanche omniprésente sur le terrain des mesures régressives frappant les enseignants, les intermittents du spectacle, les étudiants. par Gilles Balbastre & Pierre Rimbert Aperçu Le soir de la journée nationale d’action du 10 juin contre la réforme des retraites, TF1 consacra 3 minutes 47 secondes aux grévistes et manifestants contre 14 minutes 5 secondes à ceux qui les dénonçaient. Une idée répandue veut pourtant que le traitement médiatique des conflits sociaux soit la résultante des stratégies de communication mises en œuvre par les acteurs du conflit. (5) Le Parisien, 7 juin 2003.

Face aux gilets jaunes, les éditorialistes entre condescendance et mépris Le mois de novembre 2018 a vu le développement et l’essor spectaculaire du mouvement des gilets jaunes. Ce mouvement a été lancé à l’origine sur les réseaux sociaux pour dénoncer la hausse des taxes sur le carburant, avant de développer des revendications plus larges [1]. Il s’est traduit par différentes actions de blocages, de péages gratuits, de manifestations à partir du 17 novembre, et plus particulièrement lors des trois journées de mobilisations (17 et 24 novembre, et 1er décembre). Ce mouvement singulier a été suivi très attentivement et avec une certaine curiosité par les médias, et en particulier par les éditorialistes. Le traitement médiatique du mouvement des gilets jaunes a rompu, à certains égards, avec l’habituelle hostilité médiatique vis-à-vis des mouvements sociaux. Certains éditocrates ont d’ailleurs témoigné leur sympathie à l’égard d’un mouvement auquel ils prêtaient leurs propres obsessions (notamment antifiscales). C’est l’histoire d’un enthousiasme trop vite déçu.

BHL : carré d'as, par Pierre Rimbert (Le Monde diplomatique, 5 février 2016) Les dictionnaires amoureux du journalisme ne devraient plus tarder à corriger une entrée depuis longtemps fautive. « Pluralisme : pluralité des manières de promouvoir le dernier livre de Bernard-Henri Lévy. » La nouvelle définition appelant une illustration, à la manière des planches anatomiques du Larousse, l’éditeur trouverait un matériau édifiant dans les quatre magazines d’information français parus entre le 3 et le 5 février 2016. La couverture de L’Express (3 février), dont le directeur Christophe Barbier rate rarement une occasion de célébrer les produits éditoriaux ou cinématographiques de son condisciple de l’Ecole normale supérieure, introduit un dossier de douze pages, dont cinq d’extraits. Mais l’épigraphe « Exclusif » soulignée en « une » s’avère frauduleuse. Car Le Point, propriété du grand ami de BHL, François Pinault, a lui aussi choisi de se pencher sur le sujet : « Le philosophe Bernard-Henri Lévy, éditorialiste au Point, publie “L’Esprit du judaïsme” (Grasset).

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