background preloader

Le mythe de l’invasion arabo-musulmane, par Raphaël Liogier (Le Monde diplomatique, mai 2014)

Le mythe de l’invasion arabo-musulmane, par Raphaël Liogier (Le Monde diplomatique, mai 2014)
A l’automne 1956, la France et le Royaume-Uni, alliés d’Israël, occupent pendant quelques jours le canal de Suez, récemment nationalisé par le président égyptien Gamal Abdel Nasser. Mais, sous la pression soviétique et américaine, ils sont contraints de se retirer. En réaction à cette attaque, Nasser décide d’expulser des milliers de Juifs d’Egypte. Parmi eux se trouve une jeune femme dont le regard sur le monde sera surdéterminé par le traumatisme de l’expatriation : Gisèle Orebi, devenue plus tard célèbre sous le nom de plume de Bat Ye’or (« fille du Nil » en hébreu), mettra au point la version la plus radicale du complot musulman contre l’Occident. Après avoir « gangrené » le Vieux Continent, affirme-t-elle, la « civilisation arabo-musulmane » en fera la conquête. Ce scénario pour le moins grossier (1) a connu un succès inattendu, au point de devenir un argument majeur de l’extrême droite européenne. Restent les conversions. Related:  Analyses diversesDéfinition, analysesRacisme

Casser l’apartheid à la française, par Dominique Vidal (Le Monde diplomatique, décembre 2005) « On s’aimait pas alors tout nous était égalOn nous aimait pas alors on a fait du mal. » Magyd Cherfi, chanteur, ex-leader du groupe Zebda. Pour qu’une poudrière explose, il faut à la fois de la poudre et un détonateur. Sans détonateur, la poudre n’exploserait pas. Sans poudre, le détonateur ferait long feu. Ce qui s’est passé dans les banlieues françaises depuis la fin du mois d’octobre relève d’abord de cette simple évidence. Poussé par ses ambitions présidentielles à une surenchère permanente sur le premier ministre Dominique de Villepin, comme sur les leaders rivaux de l’extrême droite Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers, le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy a visiblement mis le feu pour mieux se vanter de l’éteindre. C’est donc l’annonce du « nettoyage au Kärcher » de la « racaille » des cités, suivie, à Clichy-sous-Bois, de la mort de deux adolescents dans un transformateur EDF (1) et du jet d’une grenade devant la mosquée Bilal, qui a donné le signal de l’escalade.

Barbarie disent-ils… - Fondation Frantz Fanon Les décapitations filmées d’otages occidentaux en Irak et d’un randonneur français en Algérie suscitent légitimement un sentiment d’horreur et une condamnation unanime et sans appel. Ces assassinats insensés ne peuvent être le fait que de criminels pervers au service d’une idéologie déviante. Ces mises en scène macabres viennent à la suite d’images tout aussi insoutenables montrant des exécutions de masse d’hommes désarmés. L’émotion produite par ce théâtre de la cruauté est cependant froidement manipulée par des médias et des relais politiques en Occident. La qualification sans cesse reprise de « barbaries », perpétrées par des « barbares », répond à la volonté de déshumaniser les auteurs de ces atrocités. Hors du limès de la Civilisation, ils ne relèvent plus du droit commun et ne sont plus passibles des lois ordinaires. Ces assassinats médiatiques sont représentés par les organes de propagande comme des actes irrationnels d’une radicale altérité, quasiment non-humaine.

Migration, économie, développement : trois idées reçues ◊ Idée reçue n°1 : L'émigration nuit au développement des pays de départ Un médecin syrien exerçant dans un hôpital d’Île-de-France, un ingénieur en informatique sud-africain employé par une entreprise de la Silicon Valley. Ces exemples alimentent le mythe du brain drain, la fuite des cerveaux, qui voit dans la migration le transfert des compétences et des connaissances vers les pays du Nord, au détriment du développement des pays du Sud. Un mythe que relativisent aujourd’hui les économistes, pointant des effets de seuil. L’expatriation, montre ainsi l’économiste El Mouhoub Mouhoud, n’est dommageable au pays d’origine que si elle excède 15 à 20 % de la population. Certains pays comme la Chine n’hésitent pas à encourager les migrations. ◊ Idée reçue n°2 : Plus un pays se developpe, moins ses habitants partent Il n’y a aucune raison de partir d’un pays s’il se développe, serions-nous tentés de croire. ◊ Idée reçue n°3 : L'immigration coûte cher au pays d'accueil

"Ça fait bien longtemps que je ne prononce plus mon prénom quand je me présente au téléphone" "Le Monde" a demandé à un de ses journalistes, Mustapha Kessous, 30 ans, d'écrire ce qu'il racontait en aparté à ses collègues : les préjugés contre les Maghrébins, qui empoisonnent sa vie privée et professionnelle. LE MONDE | • Mis à jour le | Par Mustapha Kessous Brice Hortefeux a trop d'humour. Je le sais, il m'a fait une blague un jour. Jeudi 24 avril 2008. Le ministre de l'immigration et de l'identité nationale doit me recevoir dans son majestueux bureau. Trois mois plus tard, lundi 7 juillet, jour de mes 29 ans. Je pensais que ma "qualité" de journaliste au Monde allait enfin me préserver de mes principaux "défauts" : être un Arabe, avoir la peau trop basanée, être un musulman. J'en parle souvent à mes collègues : ils peinent à me croire lorsque je leur décris cet "apartheid mental", lorsque je leur détaille les petites humiliations éprouvées quand je suis en reportage, ou dans la vie ordinaire. Et pourtant, s'ils savaient à quel point la banlieue m'était étrangère.

Chomsky: Paris attacks show hypocrisy of West's outrage Millions of people demonstrated in condemnation of the atrocities, amplified by a chorus of horror under the banner "I am Charlie." There were eloquent pronouncements of outrage, captured well by the head of Israel's Labor Party and the main challenger for the upcoming elections, Isaac Herzog, who declared that "Terrorism is terrorism. There's no two ways about it," and that "All the nations that seek peace and freedom [face] an enormous challenge" from brutal violence. Noam Chomsky The crimes also elicited a flood of commentary, inquiring into the roots of these shocking assaults in Islamic culture and exploring ways to counter the murderous wave of Islamic terrorism without sacrificing our values. The scene in Paris was described vividly in the New York Times by veteran Europe correspondent Steven Erlanger: "a day of sirens, helicopters in the air, frantic news bulletins; of police cordons and anxious crowds; of young children led away from schools to safety.

Islamophobie: un mot pour «mettre en lumière un racisme latent» Tous les ans, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) dénonce, dans des rapports sur la lutte contre le racisme dont le moins qui se puisse dire est que la presse et les médias dominants ne les survalorisent pas, de nouvelles aggravations, dans la France des années 2000, des ressentiments antimusulmans – et constate qu’ils se nourrissent notamment des proférations où des politiciens décomplexés flattent les instincts islamophobes de leurs clientèles. Et précisément : dans son nouveau rapport, qui vient tout juste d’être publié (1) – et qui porte donc sur l’année 2013 -, la CNCDH explique avoir «ressenti la nécessité» d’organiser «en son sein un débat sur le sens et l’usage» du «mot “islamophobie“», dont elle fait un compte-rendu édifiant, pour ce qu’il dit, notamment, de «l’instrumentalisation» qui est régulièrement faite de ce terme, à la fin, certaines fois, de le «discréditer». Une thèse fausse et mensongère Problème : elle est fausse, et mensongère.

Qu'est-ce que la mondialisation ? Depuis le début des années 1990, la « mondialisation » désigne une nouvelle phase dans l’intégration planétaire des phénomènes économiques, financiers, écologiques et culturels. Un examen attentif montre que ce phénomène n’est ni linéaire ni irréversible. « Avant, les évènements qui se déroulaient dans le monde n’étaient pas liés entre eux. Depuis, ils sont tous dépendants les uns des autres. » La constatation est banale, hormis le fait que celui qui la formule, Polybe, vivait au IIe siècle avant J. Dès l’Empire romain, une première mondialisation s’est organisée autour de la Méditerranée. Mais le processus n’est pas linéaire : la Première Guerre mondiale puis la grande dépression des années 1930 suscitent la montée des nationalismes étatiques, une fragmentation des marchés, le grand retour du protectionnisme. • L’internationalisation, c'est-à-dire le développement des flux d’exportation ; D’abord et avant tout une globalisation financière L'avènement des doctrines libérales Notes (1) F.

Technique, méthode et constance : la réussite sportive n’est pas une une question couleur de peau Pour s’imposer au plus haut niveau dans un sport, il est nécessaire d’avoir un impératif de succès et de disposer des moyens pour réussir. La surreprésentation d’un groupe social ou d’un genre dans la pratique et la réussite d’une discipline sportive n’est donc pas un phénomène naturel. Chaque sport a sa classe sociale privilégiée et une orientation de genre. Il a aussi ses pays, en fonction de leur position économique et/ou de leur localisation géographique. La boxe, par exemple, est un sport très majoritairement ouvrier. La boxe professionnelle, qui permet très rarement à un athlète de gagner beaucoup d’argent, est aussi le révélateur de la composition de la population se situant au bas de l’échelle sociale d’un pays. Durant les années 80, les conservateurs américains ont repris la vieille thèse raciste selon laquelle les afro-américains dominaient la boxe pour des raisons physiologiques. Au-delà de la classe sociale, le genre oriente également fortement la pratique sportive. J'aime :

La République et l’« apartheid » : comment en est-on arrivé là ? Montage de photos des tours Mondor à Argenteuil lors de leur démolition, le 12 décembre 2010 (MIGUEL MEDINA/AFP) C’est une discussion d’experts comme il y en a tant depuis le 7 janvier. Pour tenter de comprendre, d’analyser, d’anticiper. Et, comme tant de fois, le débat est clivé entre deux grilles de lecture que l’on peut résumer ainsi : d’un côté, les « essentialistes » pour qui l’islam est la cause du problème, son incapacité à s’« intégrer » dans la République et son emprise sur les jeunes des quartiers devenus imperméables aux valeurs républicaines ; de l’autre, les « socio-éco », adeptes d’une lecture d’abord sociale de l’exclusion qui pousse les jeunes des quartiers dans les bras des intégristes, et qui viennent de recevoir le renfort de Manuel Valls avec son mot choc : « apartheid ». « Apartheid » Pour avoir vécu en Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid, j’y vois une différence et un point commun majeurs : Histoire de rendez-vous manqués Valeurs bafouées

Les féministes et le garçon arabe Les débats récents sur le sexisme en banlieue et le port du foulard à l’école ont suscité, parmi les intellectuels, les journalistes, les politiques ou les militants, de nombreuses professions de foi féministes. Nacira Guénif-Souilamas et Eric Macé incitent, dans ce livre, à ne pas se réjouir trop vite face à ce qu’ils appellent le « féminisme républicain ». Le terme donne en effet à réfléchir. Car la République, loin d’entretenir avec le féminisme une connivence « naturelle », cimentée par un même désir d’égalité, n’a cessé de résister au mouvement d’émancipation des femmes. Celles-ci ont dû le plus souvent arracher leurs droits (que ce soit le droit de vote, l’égalité juridique entre mari et épouse, ou encore le droit à disposer de son corps) à une classe politique majoritairement masculine, et, à de rares exceptions, peu sensible aux idées féministes. Le propos des deux auteurs n’est pas seulement de rappeler que cette rhétorique républicaine constitue une négation du passé.

Vers un monde unique ? La mondialisation culturelle provoque des conflits, mais aussi une richesse d’interactions, source de diversité. L’évidence est là : le monde semble s’homogénéiser au fur et à mesure que les processus de globalisation assurent son unité. Passe encore que les marchés des biens et des capitaux connaissent une intégration croissante. Mais est-il acceptable que celle-ci concerne également ce qu’il est convenu de nommer la « culture », au risque de compromettre son « authenticité » ? Pour autant, le sentiment de dépossession culturelle que nombre de nos contemporains éprouvent au vu de ces évolutions est-il fondé ? Or ces phénomènes d’unification culturelle ont, à l’époque, suscité des alarmes comparables à celles qu’endurent nos pourfendeurs contemporains de la globalisation. Cependant, l’ancienneté des processus de globalisation culturelle et la permanence des craintes qu’ils ont soulevées ne suffisent pas à disqualifier les critiques actuelles de la mondialisation. Jean-François Bayart,

Related: