Commençons par définir ce qu'est la rationalité individuelle en science économique (je précise "en science économique" car les philosophes et sociologues qui vont lire cela ont probablement une définition différente).
Pour faire simple, un individu est rationnel à partir du moment où il cherche à maximiser son bien-être, compte tenu de ses possibilités (financières notamment).
Toute la question est de savoir ce que l'on met dans la fonction de bien-être. En particulier, comment expliquer un comportement "irrationnel" tel que l'altruisme? Pour certains (dont je fais partie), le bien-être peut être vu de manière très large et on peut considérer que l'altruisme est rationnel (parce que ça "rapporte" du bien-être en se donnant bonne conscience notamment). Pour d'autres, l'altruisme n'entre absolument pas dans la fonction de bien-être (par définition, l'altruisme ne rapporte rien), ce qui ne veut pas dire pour autant qu'on le considère comme irrationnel (les partisans de ce point de vue pensent plutôt que c'est l'hypothèse de rationalité individuelle elle-même qu'il faut remettre en cause).
Certains comportements peuvent cependant sembler "irrationnels". Exemple typique: pourquoi fumer alors qu'on sait que c'est nocif? Au delà de la dépendance physiologique que cela crée, on peut aussi l'analyser de 2 manières:
- un décalage entre le bien-être de long terme et celui de court terme, que nous appelons en économie de manière très poétique la "préférence pour le présent": le plaisir procuré par une cigarette aujourd'hui a plus de valeur que les ennuis de santé demain;
- un goût pour le risque: les fumeurs prennent en compte la probabilité d'avoir un cancer plus tard (élevée mais inférieure à 100%) et la mettent en balance avec les "bénéfices" retirés. Toujours de manière très poétique, ceux qui préfèrent ne pas fumer à cause des risques de cancer sont dits "risquophobes", les autres sont "risquophiles" (il y a un cas intermédiaire, les "neutres au risque").
Le premier cas (la préférence pour le présent) peut par exemple expliquer les achats impulsifs (qui seraient carrément une "préférence pour l'instant"). Le second (risquophilie) pourrait expliquer tous les comportements dits "à risques", que ce soit au niveau sanitaire (alcool, drogues, relations sexuelles non protégées, etc.) ou au niveau des loisirs par exemple (pratique de sports "extrêmes").
Par ailleurs, on a aussi développé le concept de "rationalité limitée", qui est ce à quoi "back_on_earth75" fait allusion de manière un peu maladroite. Toujours pour faire simple, d'après l'hypothèse de rationalité individuelle, nous sommes censés prendre en compte toutes nos possibilités avant de faire un choix. La rationalité limitée prend juste en compte le fait qu'en pratique, ce n'est pas le cas, nous nous limitons toujours à quelques possibilités pour faire nos choix, notamment par manque de temps.
Exemple: avant d'acheter une voiture, on va comparer les marques, les prix, les caractéristiques, etc. Mais on ne va pas pour autant écumer tous les concessionnaires de la région, on va d'emblée se limiter à certains (les plus proches, les plus gros, etc.). En soit, ce n'est pas totalement rationnel car on se prive peut-être de la voiture qui aurait vraiment maximisé notre bien-être mais ce n'est pas irrationnel non plus vu que, parmi les concessionnaires pré-sélectionnés, le choix s'est fait rationnellement.
Compte tenu de tout cela, la réponse à ta question ne peut qu'être personnelle et dépend de la "foi" que l'on a en l'hypothèse de rationalité individuelle, ce qui revient à s'interroger sur la nature humaine profonde (d'où le terme un peu religieux de "foi").