Vidéo 2012. Petite Poucette. On se souvient que, dans une fameuse interview à Libération 1, le philosophe Michel Serres s’était étonné qu’on ait lancé la construction de la « très grande bibliothèque » au moment même où naissait internet, destiné à la remplacer – à remplacer toutes les bibliothèques.
Et de prédire que, dans peu d’années, comme certains temples indiens, les bibliothèques seraient désertées. En cause, l’arrivée, ou plutôt l’avènement, de « Petite Poucette », créature vaguement surhumaine qui, équipée de ses deux pouces, envoie frénétiquement des messages sur son smartphone dernier cri, et qui a accès à tout le savoir, qu’elle maîtrise sans effort, en tout temps, en tout lieu – sur internet, on l’aura compris. Petite Poucette cherche et trouve Les éditions du Pommier, bien connues pour leur intelligent travail de vulgarisation de la science, ont eu la bonne (?) Idée de proposer à Michel Serres de développer sa pensée sur la question dans un petit opuscule, intitulé, donc, Petite Poucette. Merci Monsieur Michel Serres. Par Stéphane Diebold. Mais que se passe-t-il ?
Après Stéphane Hessel qui s’indigne, à près de 94 ans, Michel Serres, 80 ans, nous donne une leçon avec son discours à l’Institut de France, le 1 mars 2011, sur les nouveaux défis de l’éducation ( La conclusion est décoiffante : « face à ces mutations, sans doute convient-il d’inventer d’inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites et nos projets. Nos institutions luisent d’un éclat qui ressemble, aujourd’hui, à celui des constellations dont l’astrophysique nous apprit jadis qu’elles étaient mortes déjà depuis longtemps ».
La formation serait-elle une étoile morte, morte depuis plus ou moins longtemps et dont on voit aujourd’hui encore les projections d’une époque qui est révolue ? L’astrophysique serait-il un modèle pour comprendre les lumières de la formation ?