Le jugement
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Palais de justice de Paris, Mardi 5 octobre, 9h40. Dans la salle des pas perdus, cameramen, preneurs de son et photographes sont déjà massés autour des barrières qui protègent l’accès à la salle des criées où le jugement dans l’affaire Kerviel doit être rendu d’ici 20 minutes. A l’intérieur, les bancs de la presse sont bondés. La plupart des avocats sont également installés, mais il manque encore Jérôme Kerviel.
Ces 4,9 milliards d'euros auront fait couler beaucoup d'encre. "Absurde", "déraisonnable", "unilatéral", "injuste", peut-on lire un peu partout dans la presse et sur Internet, à la suite du jugement rendu mardi contre Jérôme Kerviel. Editorialistes, bloggeurs, internautes et même hommes politiques, n'ont pas mâché leur mot à l'égard de cette condamnation qui blanchit la Société Général, et accable l'ancien trader, condamné à verser 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts à la banque, nullement inquiétée alors qu'elle a fauté par un système de contrôle défaillant . " Le lampiste de la crise financière supporte seul ou presque l'opprobre encouru par les démiurges de l'économie-casino ", dénonce par exemple Laurent Joffrin dans Libération . La somme paraît tellement absurde que le gouvernement s'est même senti obligé d'intervenir. Par la voix de Luc Chatel , il a incité la banque à renoncer à demander de l'argent au condamné.
C'est probablement la plus lourde somme exigée d'un prévenu en France. Jérôme Kerviel a été condamné mardi à cinq ans de prison, dont trois années ferme. Surtout, la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris lui demande de rembourser 4,9 milliards d'euros au titre des dommages et intérêts, l'intégralité des pertes déplorées par la Société Générale, son ancien employeur. Soit plus de 170 000 ans pour rembourser la somme, avec son salaire actuel de consultant informatique, qui s'élève à 2 300 euros environ par mois. «Bien évidemment, dès aujourd'hui, nous allons interjeter appel de ce jugement inacceptable par son caractère totalement excessif», a déclaré son avocat, Me Olivier Metzner.
"Ce jugement aurait pu être écrit par la Société Générale ", plaisante quelqu'un dans l'audience. Jérôme Kerviel, ancien trader de la banque, a été condamné ce mardi à cinq ans de prison dont trois ans ferme. Il doit rembourser 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts.
Jérôme Kerviel, ex-trader de Société Générale (sur Europe 1) : "Je commence à avaler la pilule mais je suis quand même abattu par le poids de la sanction et par le poids des responsabilités que le jugement me fait porter. J'ai vraiment le sentiment qu'on a voulu me faire payer pour tout le monde, qu'il a fallu sauver la Générale et qu'on a tué le soldat Kerviel. Dès le début de l'enquête, j'ai reconnu ma part de responsabilité, j'ai reconnu mes torts tout en apportant des éléments factuels prouvant que mes collègues et mes supérieurs étaient au courant de ce que je faisais. On n'a probablement pas su expliquer et éclairer le tribunal et apporter la preuve une fois pour toute que je n'étais pas seul dans ce bateau-là. Evidemment quand on reçoit un tel coup de massue sur la tête, c'est difficile.
par Thierry Lévêque PARIS (Reuters) - La personnalité de l'ancien trader de la Société générale Jérôme Kerviel, lourdement sanctionné mardi par le tribunal de Paris, a surpris ceux qui voyaient en lui un personnage extraordinaire. L'enquête très fouillée réalisée sur sa vie et sa personnalité est formelle. Non, Jérôme Kerviel, né le 11 janvier 1977 à Pont-Labbé (Finistère), d'une mère coiffeuse et d'un père artisan forgeron, n'est pas un "terroriste", comme l'avait dit le président de la Société générale Daniel Bouton. La procédure a en effet écarté toute intention de destruction de la banque. Ce jeune homme au visage lisse n'est pas non plus un "génie de la fraude" comme l'avait dit le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer.
Olivier Metzner, avocat de Jérôme Kerviel, a estimé, mardi, que le jugement du tribunal correctionnel prononcé à l'encontre de son client était "totalement déraisonnable", car il a jugé que la Société générale n'était pas "responsable d'une créature qu'elle a fabriquée". "Jérôme Kerviel n'aurait pas existé sans la Société générale", a-t-il affirmé, avant de préciser qu'il faisait appel, celui-ci étant suspensif. Olivier Metzner s'est étonné que la banque ait été exonérée de toute responsabilité dans cette affaire alors que la Commission bancaire l'avait condamné à 4 millions d'euros pour absence de contrôle. Le conseil de Kerviel considère ce jugement "inacceptable par son caractère totalement excessif". Il a d'ailleurs souligné que son client, déterminé à faire gagner de l'argent à sa banque, n'avait pas soustrait un seul euro.
Jérôme Kerviel vient d'écoper de trois ans de prison ferme dont deux avec sursis, et de 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts. Cette décision vous surprend-elle ? La peine de prison ne me surprend pas tellement. Les juges n'ont pas totalement répondu aux attentes du parquet qui réclamait 4 ans de prison ferme, et ont certainement pris en compte les mesures d'allègement de peine pour que Jérôme Kerviel ne passe pas trop d'années en prison.
La somme est tout simplement irremboursable. Condamné à verser 4,9 milliards d'euros à la Société générale, Jérôme Kerviel pourrait, si la Société générale le décidait, payer sa mésaventure boursière jusqu'à la fin de ses jours. Ces dommages et intérêts sont les plus importants jamais prononcés par un tribunal français à l'encontre d'un particulier. Mais qu'on soit un RMIste condamné à payer 100.000 euros de dommages et intérêts ou ancien trader à la Société générale, l'épreuve est tout aussi insurmontable. L'un comme l'autre doivent rembourser à hauteur de leur "capacité contributive". Cela signifie que Jérôme Kerviel pourra être ponctionné sur son salaire, puis sur sa retraite.