Après la Grèce
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La cure d’austérité drastique à laquelle la Grèce est sommée de se soumettre trouve son modèle dans les politiques d’ajustement structurels qui ont été imposées par le FMI aux pays du sud après la crise de la dette déclenchée par la remontée des taux de la Fed en 1982, note l’économiste Bernard Conte. A l’époque, comme aujourd’hui, la véritable difficulté consistait à faire accepter aux peuples de supporter le coût de la crise. Mais depuis lors, les politiques permettant de faire passer ces purges amères ont été peaufinées, prévient-il, rappelant que l’OCDE a rédigé à toutes fins utiles un guide décrivant les stratégies à employer en de telles circonstances. On peut par exemple y lire que « si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse.
Du chatoyant spectacle qu’offre la « crise grecque » il est probable que l’élément le plus pittoresque demeurera ce racisme réjoui et déboutonné qui conduit chaque jour spéculateurs et commentateurs, par là parfaitement unis, à nommer sans le moindre scrupule « PIGS » les États dont les finances publiques sont contestées sur les marchés financiers. Portugal, Ireland, Greece, Spain, les trois petits cochons sont maintenant quatre. C’est bien là le genre d’erreur de dénombrement qui en un instant trahit toute une vision du monde : ce sont les bronzés qui sont des porcs — et si l’Irlande a le mauvais goût de contredire le tableau d’ensemble, il suffit de lui substituer l’Italie, mal en point également, pour faire PIGS à nouveau en rétablissant l’homogénéité quasi-ethnique des abonnés à l’indolence méditerranéenne et à la mauvaise gestion réunies.
Il existe d’autres solutions que la « cure de régression sociale et d’austérité » que l’on veut imposer au peuple grec, écrit Pascal Franchet : « le gouvernement grec a aussi toute latitude de procéder à une réforme en profondeur de la fiscalité pour abolir les cadeaux fiscaux et sociaux faits aux classes aisées et aux entreprises, imposer les revenus du capital et de la rente, bref d’augmenter ses recettes fiscales pour supprimer son déficit budgétaire. C’est bien une question de choix politique. » par Pascal Franchet, vice-président du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde, 27 mars 2010
Les ministres des Finances de la zone euro se sont enfin décidés à clarifier leur plan de support financier à la Grèce. Celui-ci va assurément dans le bon sens. A l’avenir, la création d’un Fonds monétaire européen sous influence allemande laisse mal augurer de la solidarité de la zone euro. Et laisse toute sa légitimité au FMI pour intervenir en Europe. Une réunion cafouilleuse en février, un engagement de principe en mars, un plan concret en avril. Les pays membres de la zone euro n’ont pas montré un franc enthousiasme pour aller soutenir la Grèce, ne s’engageant progressivement que sous la pression des marchés financiers, tout heureux entre temps d’obliger la Grèce à émettre des Bons du Trésor à 7,5 % d’intérêt la semaine dernière.