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Sexwork

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Un entretien avec une prostituée de 58 ans de la rue Saint-Denis. Illustration : Émilie Gleason Victoire* est une prostituée de la rue Saint-Denis à qui j'apporte souvent des tulipes.

Un entretien avec une prostituée de 58 ans de la rue Saint-Denis

Je me souviens de notre rencontre. Je devais finir un article sur la prostitution ; elle devait finir une bouteille de chartreuse ; ainsi est née une amitié solide basée sur l'entraide. L'autre jour, elle me racontait que le cancer avait dernièrement emporté une de ses collègues, qui avait continué de venir bosser malgré les métastases, jusqu'au dernier moment. Cette histoire est symptomatique de l'endroit. Autrefois quartier rouge parisien par excellence, sa moyenne d'âge tourne désormais autour des cinquante ans ; la doyenne en a 70 ; volumétriquement, son gâteau d'anniversaire contient plus de bougie que de gâteau. Pire encore, le client se fait rare. Pourtant, Victoire est loin d'être fanée. Questions You Have For Sex Workers. Toutes les femmes sont des catins… Beaucoup de femmes trouvent normal qu’un inconnu leur offre un verre pour «rompre la glace».

Toutes les femmes sont des catins…

D’autres estiment que si un homme veut sortir avec elles, il doit offrir le restaurant. Pour elles, c’est le «minimum de la galanterie». A l’homme de raquer. Est-ce juste ? Dans les années 1980, une anthropologue, Paola Tabet, remet complètement en cause la distinction habituelle entre sexualité vénale et sexualité sentimentale. Pour Paola Tabet, l’accès à la sexualité fait TOUJOURS l’objet d’une transaction qui implique l’argent à un niveau ou à un autre.

Historiquement, c’est une question de survie, explique Paola Tabet. On pourrait penser que notre société, plus «égalitaire», réserverait un sort meilleur aux femmes. Les jeunes filles sont élevées dans l’idée qu’elles doivent être «sérieuses», ce qu’il faut traduire : «Ne joue pas avec le sexe. Toutes ces techniques dont les magazines pour ados et les sites de coaching amoureux ne cessent de vanter les vertus ont quelque chose d’odieux. La vie des mauvaises filles des années 1930. Toutes les photos ont été prises par Monsieur X entre 1925 et 1935 Alexandre Dupouy est un archéologue du sexe.

La vie des mauvaises filles des années 1930

Ce collectionneur français à la tête de druide a passé sa vie à sortir de la poussière ce qu'il définit comme des « vieilleries érotiques et pornographiques ». Dans sa librairie Les Larmes d'Eros, basée dans le 11 e arrondissement parisien et ouverte seulement sur rendez-vous, il accumule et revend des photos, peintures et objets sexuels datant d'avant notre naissance. C'est une sorte de petit musée retraçant l'histoire des mœurs en France. L'histoire de ces photos de gagneuses d'une maison close parisienne des années 1930 commence, quant à elles, il y a quarante ans.

Près de quatre décennies plus tard, Alexandre Dupouy a décidé de réimprimer une partie de l'impressionnante collection de nues de Monsieur X, « sans équivalent en termes de qualité et de quantité » selon lui, dans l'ouvrage Mauvaises filles (La Manufacture de livres, 2014). Impossible d'en savoir plus ?