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Mort d'internet rêvé

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Antonio Casilli : peut-on encore aimer Internet ? Bernard Stiegler : L’emploi est mort, vive le travail ! Un bout de colline à monter avec Bernard Stiegler Bernard Stiegler n’est ni un maître à penser ni un chef de meute.

Bernard Stiegler : L’emploi est mort, vive le travail !

Il ne défend nul dogme, ne prétend détenir aucune vérité. Pourtant il se bat comme personne pour défendre ses convictions et les faire vivre au cœur du monde «réel». Et c’est ainsi qu’il a été avec d’autres en 2005 à l’origine de la création d’Ars Industrialis, «association internationale pour une politique industrielle des technologies de l’esprit». Ce philosophe a quelque chose de présocratique. La société du tout jetable est déprimante. L'acopie. Rien de grand dans le monde ne s'est fait sans copie.

L'acopie

Le numérique est l'apogée de la copie. Copie partout. Copy-party. Mais aujourd'hui il faudrait inventer l'antonyme de copier. Il n'en existe pas. Le numérique donc. Chercher un antonyme à "copier". Décopier ? Apocryphes copies. Alors quoi ? Il y a ce que tout le monde sait. Il y a ce que tout le monde fait. "dans le cadre de l'appropriation marchande (= achat) d'un bien culturel (livre, musique ou film) ce qui nous est présenté comme un acte d'achat impliquant l'usage privatif inaliénable du bien concerné, n'est en fait qu'une location dissimulée, le fichier résident "à distance" et la transaction commerciale se déplaçant à l'unisson, c'est à dire ne désignant plus le bien en lui-même mais plutôt l'autorisation d'accès à distance au dit bien. Notre Mai-68 numérique est devenu un grille-pain fasciste.

Nous avons tué notre Internet.

Notre Mai-68 numérique est devenu un grille-pain fasciste

L’heure de la défiance a-t-elle sonné? Avant, les choses étaient simples. Il y avait d’un côté les amoureux d’Internet qui refusaient qu’on touche à cet espace de liberté et de l’autre ceux qui considéraient que c’était la pire invention de l’histoire de l’humanité. Mais désormais, ceux-là même qui défendaient le Net emploient des mots comme «danger» ou «dérive». Ainsi de Lawrence Lessig, co-fondateur de Creative Commons, qui a déclaré le week-end dernier: «Je suis pas sûr qu’Internet soit bon à moyen terme». En réalité, ce ne sont pas les défenseurs du Net qui ont changé de camp, mais Internet lui-même.

Internet : La fin d’un rêve ? Depuis quelques temps, plusieurs voix se font entendre régulièrement pour nous alerter sur la fin du rêve de l’Internet.

Internet : La fin d’un rêve ?

De libérateur, le réseau mondial serait devenu, en deux décades, oppresseur ou plus prosaïquement centralisé et vidé d’idéaux. Une des dernières alertes audibles a été lancée par le blogueur iranien Hosseiin Derakhshan, avec son cri : « Internet se recroqueville ». A sa sortie de la prison dans laquelle il avait croupi pendant six ans pour crime de parole, le blogueur ne retrouvait plus le réseau décentralisé qui lui avait valu les foudres de la justice de son pays. Aux idées, il ne voit désormais se succéder plus que des « likes » et aux textes, des flux continus d’images.

«Autrefois, Internet était une chose suffisamment sérieuse et puissante pour m’envoyer derrière les barreaux. Esprit d’Internet, es-tu là ? Le web s’inquiète (encore) de sa propre mort. Esprit d’Internet, es-tu là ?

Esprit d’Internet, es-tu là ? Le web s’inquiète (encore) de sa propre mort

Ces derniers jours, beaucoup semblent s’inquiéter de la disparition de ton essence, ta nature, ta version originale. L’Internet qui donnait la parole à tout le monde sur plus de 140 caractères, qui ne censurait pas les forums sulfureux, celui qui n’était pas envahi de spams et de « likes ». Cet Internet semble désormais bien loin, à la lecture des récents posts de blog, éditos ou articles de presse qui dénoncent les reculs et les nouvelles menaces qui planent au-dessus du réseau mondial.

II paraît qu’Internet est mort. Encore ? ! ? « Internet n’a pas vraiment réussi à transformer le monde » Dans le magazine associatif belge Agir par la culture, Aurélien Berthier a eu la très bonne idée de s’entretenir avec Hubert Guillaud.

« Internet n’a pas vraiment réussi à transformer le monde »

Hubert Guillaud est le rédacteur en chef d’InternetActu, site d’information sur l’actualité numérique qui fait autorité dans son domaine et partenaire privilégié de Rue89. Mais Hubert Guillaud mène un travail de veille et de réflexion qui en fait aussi un observateur privilégié des nouvelles technologies et de leur évolution à la fois techniques, sociales et politiques. Cet entretien dresse, autour de la question du progrès, un panorama passionnant des idéologies à l’œuvre dans le monde numérique.

Nous le reproduisons avec l’aimable autorisation d’Hubert et d’Aurélien Berthier, que nous remercions. Xavier de La Porte Aurélien Berthier, : La Silicon Valley (notamment au travers des « Gafam » – Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft – ces cinq méga-compagnies américaines qui trustent les technologies numériques) a-t-elle un programme politique ?