Le suicide touche aussi les chefs d'entreprise
La crise économique met les chefs d'entreprise à rude épreuve. Selon l'Observatoire de la santé des dirigeants de PME, deux patrons se suicident chaque jour. Les vagues de suicides chez Renault, France Télécom ou la Poste ont mis en lumière l'impact des conditions de travail sur la santé mentale des salariés. Mais le suicide des patrons reste une réalité peu connue. S'ils se déclarent globalement en meilleure santé que les salariés, ils peuvent être déstabilisés par un événement soudain, comme la perte d'un gros client, la nécessité de licencier, et se trouver alors confrontés à des envies suicidaires. Ainsi de Marc, quinquagénaire à la tête d'une PME du bâtiment, cité dans un article d'Olivier Torrès et Didier Chabaud, qui a perdu le sommeil parce que son carnet de commandes était au plus bas et sa trésorerie à sec, alors qu'il devait assurer la paie de ses 14 salariés.
Le travail, lieu de violence et de mort, par Annie Thébaud-Mony
« Le fait de provoquer au suicide d’autrui est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende lorsque la provocation a été suivie du suicide ou d’une tentative de suicide. » (Code pénal, art. 223-13.) Triste record pour la France, qui vient en tête des pays dans lesquels le suicide – notamment chez les hommes actifs – est en croissance continue depuis 1975. Leur nombre a atteint onze mille par an en 2000, « soit plus de un par heure », indiquent les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet. « Il s’agit, partout et toujours, de contradictions graves entre les exigences de la vie sociale et le destin individuel . » Selon les données récentes fournies par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), le nombre de décès par suicide se stabiliserait autour de douze mille cas par an. Quelle est la part due à l’activité professionnelle ? A cette question, nulle statistique ne permet de répondre. Taille de l’article complet : 3 337 mots.
Nouvelle vague de suicides chez Orange
Entre le 14 janvier et le 6 mars, dix employés d'Orange se sont donnés la mort, presque autant qu'au cours de l'année 2013. Dix salariés d'Orange (ex-France Télécom) se sont suicidés depuis le début de l'année, soit « presque autant qu'au cours de toute l'année 2013 », a alerté mardi 18 mars l'observatoire du stress et des mobilités forcées, y voyant un motif de « grave alerte ». Selon cet organisme créé par des syndicats de France Télécom (CFE-CGC et SUD) peu avant le début de la vague de suicides qui avait frappé le groupe en 2008-2009 et qui y recense depuis les drames, la majorité de ces suicides « ont une relation explicite au travail ». 8 sur 10, précise Mediapart, selon lequel trois femmes et sept hommes se seraient donné la mort entre le 14 janvier et le 6 mars, date du suicide de la dernière victime, âgée d'à peine 25 ans. Lire aussi la tribune : France Télécom : vague de suicides et commentaires hâtifs
Ce que révèle la série noire de suicides chez Orange
Neuf suicides entre le janvier et mars 2014. Soit, en deux mois, presque autant que pour l'ensemble de l'année 2013 (11 suicides). Le chiffre fait d'autant plus froid dans le dos qu'il concerne des salariés d'Orange. L'opérateur télécoms avait déjà été ébranlé par une vague de suicides entre 2008 et 2010 (près d'une soixantaine sur la période), qui avait conduit à la démission du PDG de l'époque, Didier Lombard, remplacé depuis 2011 par Stéphane Richard. Il s'agit de femmes et d'hommes de tous âges et de toutes qualifications. Selon l'Observatoire du stress et des mobilités forcées, organisme créé à l'initiative des syndicats d'Orange (CFE-CGC et SUD) en 2008 et qui a confirmé le décompte dans un communiqué, la majorité ("sept au moins") de ces suicides "ont une relation explicite au travail". Climat social apaisé Le climat social s'est "apaisé" au sein l'entreprise, notamment grâce au "contrat social" lancé en 2010, relève l'Observatoire du stress et des mobilités forcées.