Samudaripen, le génocide des Tsiganes, par Jean-Jacques Gandini (Le Monde diplomatique, octobre 2000)
Parce qu’ils étaient considérés comme des « asociaux », entre 250 000 et 500 000 Tsiganes, sur les 700 000 qui vivaient en Europe, ont été exterminés pendant la seconde guerre mondiale par les nazis et leurs alliés, à l’exception de la Bulgarie. L’imprécision de ces statistiques est due à la fois à la pénurie de documents les concernant et à leur propre tradition : « Le peuple tsigane n’est pas un peuple du souvenir, mais de l’oubli. » Et même les juifs sont « rares à se souvenir de ces misérables, aussi désemparés qu’eux, conduits à la chambre à gaz ». Génocide oublié auquel participa également la France de Vichy en les plaçant, dès octobre 1940, dans des camps d’internement, placement facilité par la loi de 1912 ordonnant leur fichage comme « nomades ». Ceux qui échappèrent à la déportation à l’Est, synonyme d’extermination, restèrent internés jusqu’en… 1946. La Libération, comme la population française, les a ignorés.
Le génocide oublié des Tziganes
Un soir d’ennui, Margit Sztojka, une Rom hongroise, regarde la télévision chez elle, au sud de Budapest, avec l’un de ses petits-enfants, Ani. Alors que la première chaîne diffuse un documentaire évoquant les crimes commis par les nazis, elle ne peut s’empêcher de laisser couler de grosses larmes devant son petit-fils, surpris. Jamais elle n’a évoqué sa propre histoire et les ténèbres de sa longue déportation. Une décennie après, nous la retrouvons chez elle. C’est l’été. Il fait très chaud. Au début de l’année 1944, alors qu’elle n’a que 17 ans, elle est raflée à Budapest, avec toute sa belle-famille (elle s’est mariée à 15 ans), par des membres des Croix fléchées hongroises, un parti fasciste et pro-nazi.
Le génocide des Tsiganes européens, 1939-1945
numéro 1 sur 2 numéros 1 à 1 sur 2 Items 1 through 1 of 2 Les Tsiganes furent l’un des groupes persécutés pour des raisons raciales par le régime nazi et ses alliés dans toute l'Europe. Les Nazis considéraient les Tsiganes comme "racialement inférieurs" et s’appuyaient sur les préjugés sociaux de nombreux Allemands non nazis à leur encontre. Le 21 septembre 1939, Reinhard Heydrich, chef de l'Office central de Sécurité du Reich, rencontra les responsables de la Police de Sûreté (Sipo) et du Service de la sûreté (SD) à Berlin. Il y eut néanmoins des déportations de Tsiganes du Reich vers la Pologne occupée en 1940 et 1941. Près de la moitié des Tsiganes mourut dans les premiers mois suivant leur arrivée, par manque de nourriture, de chauffage, d’abri et de médicaments. En décembre 1942, Himmler ordonna la déportation de tous les Tsiganes du grand Reich. Carte historique Crédits: US Holocaust Memorial Museum Photographie Crédits: Dokumentationsarchiv des Oesterreichischen Widerstandes
Ressources du CDI
Témoignages sur les camps
"Nous étions à Moulins, dans l'Allier, lorsque nous avons été arrêtés la première fois. Ils nous ont alors assignés à résidence en Corrèze. A l'époque, nous avions des roulottes avec des chevaux. Et puis un jour, ils sont venus nous chercher et nous ont mis dans les camps de concentration. On a dû laisser nos roulottes et nos chevaux là-bas et on ne les a jamais récupérés. "On a souffert aussi à Jargeau. "En 1942, je me souviens plus des dates, ni qui en a donné l'ordre, nous avons pris à notre service environ 15 personnes retenues à la Saline Royale. Sur les conditions matérielles du camp de Moisdon : Si quelques familles, parmi les mieux, sont réunies dans une pièce avec quelques paillasses pour s'étendre le soir venu, toutes les autres sont parquées comme des bêtes dans deux grands baraquements de bois, repoussants de saleté, où jamais ne pénètrent ni le soleil, ni l'air. "Le dimanche, j'prenais ma fille sur le porte-bagages de mon vélo et on allait jusqu'au camp.
Le génocide des Tziganes - Ép. 4/4 - Du révisionnisme au négationnisme
L'émission se concentre sur le génocide tzigane, un autre cas de figure génocidaire, dont le caractère problématique paraît en quelque sorte autorisé. Et ce d'autant plus que les Tziganes ont dans l'histoire de la déportation et de l’extermination nazie un problème d'identification historique. L'historienne Henriette Asséo rappelle ainsi que le problème tzigane s'est posé aux Allemands dès le début des années 1930, avant même la question juive. C'était un problème politique déjà avant la guerre. Ces faits sont bien souvent oubliés. Surtout, le génocide arménien fait toujours l'objet d'une forme particulière de révisionnisme, lié à la bataille judiciaire pour le droit au passé, qui emploie selon l'historienne Henriette Asséo "des armes importées du droit anglo-saxon qui brouillent la complexité des faits et ne favorisent pas la stabilisation de son inscription mémorielle" : Il risque d'entraîner une montée de la xénophobie raciale à leur encontre. Par Jacques Munier.