Dossier 4.3. Les inégalités de réussite scolaire s'expliquent par la socialisation différenciée et par les stratégies des familles
Louis Chauvel, le sociologue qui a vu notre lose dans ses graphes
Temps de lecture: 13 min En France, on n’a pas de pétrole, mais on a Louis Chauvel, même s’il enseigne au Luxembourg et que sa voix porte plus sur la scène internationale que dans le débat français. Sociologue spécialiste de démographie et grand consommateur de séries statistiques, Chauvel utilise des «télescopes démographiques pour analyser les transformation de la société française», comme il le résume. Le sociologue s'est senti assez isolé dans la sphère académique au cours des dernières années, sans doute le revers du succès médiatique de ses thèses. Son nouveau livre, La spirale du déclassement, enfonce le clou et paraît dans une période où le doute sur l’état de la jeunesse et des classes moyennes profite à l’accusateur. Ce monde qui vient est un monde où les classes moyennes salariées ne seront plus aussi solides qu’avant Louis Chauvel «J’ai été à chaque fois étonné d’avoir été aussi isolé dans les années récentes pour fournir cette analyse. Pourquoi votre diplôme ne vaut rien Seuil
Une année à Henri IV
Que se passe t-il quand la sociologue se consacre aux élèves les plus favorisés, et non aux défavorisés ? Et quand elle borde cette question avec le regard d'un anthropologue. C'est ce que fait Sarah Pochon (Université d'Artois) quand elle pousse la porte du lycée Henri IV de Paris. Un regard d'anthropologue Il suffit de pousser la porte. "Me voilà donc prête à prendre le contre-pied des recherches généralement menées en sociologie de l’école pour porter mon attention sur un monde scolaire réputé, prestigieux, puissant et performant... Et tout de suite elle pointe la singularité des lieux. Des élèves différents Et elle commence à regarder les élèves. C'est que le recrutement du lycée est socialement marqué. Mais ce sont des traits de caractère qui attirent l'attention de la sociologue. Un enseignement différent Dès l'entrée au collège les élèves sont préparés à l'idée d'études longues et à l'ambition scolaire qui deviennent "naturelles". On arrive au dernier caractère de ce lycée .
Déclassements et reclassements selon le diplôme et l’origine sociale / Working paper
Cet article interroge et confronte les notions de déclassement par rapport au diplôme (décalage défavorable entre niveau de diplôme et qualification de l’emploi) et mobilité sociale. Le lien entre déclassement et mobilité sociale est établi pour une génération de sortants du système éducatif observée à trois dates, au cours des sept premières années de vie active. Entre chaque date s’opèrent des déclassements et reclassements. Voir aussi Les phénomènes de déclassement
Dossier 4.2. les transformations de l’École dans la société française
Les élèves sortent de l’enseignement secondaire de plus en plus diplômés mais au terme de parcours scolaires encore socialement différenciés
A l’école, un faisceau d’indices dessine des inégalités selon l’origine ethnique
« Ce n’est pas parce qu’on a cassé le thermomètre que le problème n’existe pas », résume Benjamin Moignard, professeur à CY Cergy Paris Université. L’image traduit le sentiment de nombre de spécialistes de l’école à l’égard du « tabou » entourant la question de l’origine ethnique dans le système scolaire. « Les seules informations disponibles sont les nationalités des élèves et de leurs parents, et encore, elles ne sont pas toujours précisées, abonde Maïtena Armagnague, professeure de sciences de l’éducation à l’université de Genève. Dès qu’un élève a la binationalité, il disparaît des statistiques en tant qu’étranger. » Comment l’école peut-elle, alors, évaluer le rôle des origines dans les trajectoires des élèves, et, partant, dans la construction d’éventuelles inégalités ? La sociologie scolaire a démontré, de longue date, la surreprésentation des enfants issus des classes moyennes et aisées dans les filières générales du lycée, puis dans les études supérieures.
Quelle influence les parents ont-ils sur notre niveau de vie ?
Tout se jouerait donc dès la loterie des naissances. C'est en tout cas ce qu'affirme le rapport publié mercredi par Standard Life Investments : il existerait une corrélation importante entre les revenus des parents et ceux de leurs enfants. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, mais aussi l'Italie et la France détiennent les coefficients (voir graphique ci-dessous) les plus importants. Toutefois, la relation existerait également -dans une moindre mesure - pour les économies scandinaves, en Australie, en Allemagne et au Canada. "La courbe de Gatsby" Pour comprendre ce lien étroit, les observateurs utilisent fréquemment une courbe, baptisée par l'économiste Alan Krueger "courbe de Gatsby" en référence au fameux roman de Fitzgerald "Gatsby le magnifique". (Capture d'écran du rapport de Standard Life Investments) Des inégalités héréditaires ? "Aborder la faible mobilité économique est un défi majeur pour les pays riches", remarque Jeremy Lawson. Les USA et le Royaume-Uni, mauvais élèves ?
Durkheim école
Dossier 4.1. Dans les sociétés démocratiques, l’École transmet des savoirs et vise à favoriser l’égalité des chances
L’école peut-elle réduire les inégalités sociales ?
13 décembre 2013 - Face aux inégalités sociales, l’école ne peut pas tout. Mais elle ne fait pas assez. Et certaines réformes ont même accentué les écarts. Se demander si l’école peut réduire les inégalités a quelque chose d’incongru. Les inégalités sont en partie indépendantes de l’école Plusieurs facteurs poussent à la montée des inégalités sociales, sans que le système éducatif n’y puisse grand chose. Dans des sociétés où les savoirs formels prennent de plus en plus d’importance, le diplôme joue un rôle croissant dans la définition des positions sociales. La valeur donnée au diplôme n’est pas cependant le seul élément discriminant : d’autres facteurs limitent le rôle de l’école quand il s’agit de déterminer les positions sociales. La dégradation du marché du travail aggrave les choses. La hausse du chômage a entraîné dans son sillage une montée de la pauvreté, qui frappe notamment les familles monoparentales. Il reste des moyens à l’école Mais elle ne fait pas assez Notes
Inégalités, investissement et théorie du ruissellement
« Je n’ai jamais su déterminer si l’économie du ruissellement (trickle-down) était une véritable théorie ou un épouvantail que les gauchistes attribuaient à la droite. J’ai par conséquent été très surpris de voir Tim Worstall défendre l’idée selon laquelle "un plus grand investissement de la part des plus riches d’entre nous (ce qui constitue le revers de la plus grande propension marginale à dépenser des pauvres) enrichit la société au cours du temps". Cette affirmation, cependant, ne me semble pas correcte. Si elle l’était, nous verrions l'investissement s'accroître suite à une hausse des inégalités. GRAPHIQUE Inégalités de revenu et investissement au Royaume-Uni C’est l’exact opposé de ce que nous nous attendrions à voir si Tim avait raison. Pour voir pourquoi les inégalités réduisent l’investissement, rappelez-vous tout d’abord l’idée de Keynes selon laquelle la décision de s’abstenir de consommer ne signifie pas forcément une décision d’investir dans des actifs productifs.
Massification et démocratisation de l'accès à l'école et à l'enseignement supérieur
Les sources des graphiques et des données sont détaillées en fin d'article. Depuis les années 1950, l'accès à l'École, puis à l'enseignement supérieur, s'est élargi : l'enseignement secondaire et supérieur s'est ouvert à des catégories sociales qui en étaient autrefois écartées et la durée de scolarisation moyenne s'est allongée. L'examen des taux de scolarisation, d'accès et de réussite à des diplômes permet de mettre en lumière ce phénomène de « massification » du système scolaire, tout en nuançant l'idée de « démocratisation » de l'école [1]. La massification de l'enseignement secondaire et de l'accès au baccalauréat À la fois diplôme sanctionnant la fin des études secondaires et premier grade universitaire donnant accès à l'enseignement supérieur, le diplôme du baccalauréat était autrefois réservé à une élite. Les réformes éducatives ayant permis la démocratisation de l'enseignement secondaire depuis la guerre Graphique 1 : Proportion de bacheliers dans une génération par voie (en %)