
Où va la démocratie sociale? Un diagnostic et des propositions L’Islande crowdsource sa nouvelle constitution Après avoir adopté en 2009 une loi qui protège de manière sans précédent les libertés sur Internet, en garantissant la transparence et l’indépendance de l’information, l’Islande innove en matière de e-démocratie. Alors que le pays tente de se relever de la crise financière et politique qui l’a frappée de plein fouet en 2008, il fait appel à ses citoyens pour crowdsourcer sa nouvelle Constitution. Composé de 25 membres, le Conseil Constitutionnel islandais multiplie les interactions avec les citoyens. Il s’est ainsi doté d’un site internet, d’un profil Facebook, d’un compte Twitter ainsi que de pages Flickr et Youtube. Interrogé par le Guardian, Thorvaldur Gylfason, professeur d’économie à l’Université d’Islande et membre du Conseil Constitutionnel, s’est déclaré agréablement surpris par le niveau de discussion. « Notre initiative a été très bien reçues. Crédit photo : une séance du Conseil Constitutionnel Islandais / Stjórnlagaráð / Flickr États-Unis : Fin de l’expérience Data.Gov ?
[ITW] « Internet, c’est la démocratie directe » Wikileaks a provoqué un séisme dans le monde de l'information. Marqué un tournant. Celui de l'ouverture d'une guerre civile numérique. Paul Jorion explique pourquoi les gouvernements l'ont déjà perdue face à Internet et aux nouvelles formes de mobilisation. Paul Jorion est anthropologue et blogueur sur les questions économiques et financières. En 2005, il avait été un des premiers à prévoir la crise des subprimes et la récession qui allait en résulter. Quel a été l’évènement déclencheur qui vous a poussé à écrire La guerre civile numérique ? L’évènement déclencheur a été le refus de Paypal et Mastercard de transmettre à Wikileaks les donations qui lui avaient été faites. Ce terme de « guerre civile numérique » est très fort, vous pensez vraiment qu’il s’agit là d’une guerre ? Mon éditeur voulait intituler le livre « l’insurrection numérique ». Je le répète, il ne s’agit pas d’une insurrection, il s’agit de mesures anti-démocratiques prises par un gouvernement. Illustrations Flickr CC gaelx
Quand le peuple fait peur « N’ayez pas peur du peuple, il est plus conservateur que vous », lança Napoléon III à ses amis. La démocratie a beau être présentée comme le régime du peuple, ce dernier fait peur aux dirigeants qui craignent ses foucades, son inconstance et sa nullité. Des « déplorables » dirait Hillary Clinton, qui ont pourtant le droit de vote et de choisir. Le politique se lance dans un mariage subtil : se revendiquer du peuple tout en le tenant éloigné pour en conjurer la peur. L’évolution de nos modèles de gouvernement, corollaire de la représentativité en politique, est directement issue de la peur qu’inspire le peuple à ses gouvernants. Le peuple oui, mais à l’écart Les raisons à la constitution des cités divergent. Dans la succession des régimes pensée par Platon, la démocratie précède la tyrannie, le règne final des passions destructrices abolit les lois et finit de confondre absolument le règne du meilleur avec le règne du supplémentaire. A lire aussi : Fermer la « parenthèse » Trump ?
Reportage en « e-Estonie » (4) : et si c'était ça, un Etat moderne ? Un électeur sur cinq qui vote en ligne un conseil des ministres zéro papier et, de manière générale, une utilisation des nouvelles technos dans la vie politique absolument inégalée : RSLN achève son enquête sur la manière dont l’Estonie donne corps au concept de « citoyenneté électronique », domaine où la jeune République parlementaire a des années-lumières d’avance sur nos pratiques. La démocratie numérique version estonienne, que nous avons explorée dans nos trois derniers billets, du système d’information surprenant utilisé par les ministres au vote par internet , en passant par la participation citoyenne , c’est un peu la partie émergée de l’iceberg de l’utilisation des nouvelles technos en Estonie . L’élément le plus visible et remarquable, mais qui repose sur un immense processus souterrain. Nous vous livrons ici l'un des points clefs, qui a permis le succès de cette e-démocratie. Ce n’est là qu’une toute petite partie de ses fonctions. >> Les résultats >> Pour aller plus loin :
La démocratie Internet. Promesses et limites, par Dominique Cardon Dans "La démocratie Internet", Dominique Cardon analyse en une synthèse claire les problématiques liées à la dimension politique d'Internet. Dans La démocratie Internet, Dominique Cardon réussit la prouesse de rédiger une synthèse claire, problématisée, pédagogique et, ce n’est pas la moindre de ses qualités, courte, sur une question majeure touchant Internet: sa dimension politique. L’intérêt principal de l’ouvrage est sa cohérence et sa capacité à montrer que les éléments qui peuvent paraître éloignés entre eux et isolés constituent en réalité la trame d’une même histoire politique d’Internet. Internet n’est pas le mal, ses racines le prouvent Ce livre s’adresse d’abord à un lectorat non initié et non convaincu, curieux de comprendre et d’agir dans une société évoluant rapidement, mais ne disposant pas de clés suffisantes pour se forger une opinion sur les questions politiques que pose Internet. Une hiérarchisation de l’information démocratique Crédits photos CC FlickR par ElDave
Coronavirus : « C’est en temps de crise que le respect des droits fondamentaux est encore plus important » selon Dominique Rousseau Le constitutionnaliste nous rappelle l’importance en pleine crise de l’exigence constitutionnelle pour protéger les principes fondamentaux de l’État de droit. Le parlement, la Justice, et la presse doivent plus que jamais exercer leur contrôle sur le pouvoir exécutif. Le Covid-19 est en train de bousculer notre Constitution, nos Institutions, nos lois, le droit français… Tout cela est-il assez solide pour tenir ? La Constitution de 1958, oui, est suffisamment armée pour faire face à ce type de situation dans la mesure où le Conseil Constitutionnel a jugé en 1985 que le parlement pouvait établir des régimes d’urgence en dehors de ceux prévus à l’article 16 et en dehors de celui prévu à l’article 36 de la Constitution, c’est-à-dire l’état d’urgence. Cette loi sur l’urgence sanitaire vous pose-t-elle question ? Oui, elle me pose question parce que, en l’état actuel de sa rédaction, l’intervention du parlement est très mince par rapport à ce qui était prévu dans l’état d’urgence de 1955.
Tweet démocratie andalouse À Jun en Andalousie, 4 000 habitants construisent l'avenir de leur démocratie sur Twitter, soutenus par leur maire ultra-connecté. Reportage à l’heure des élections générales espagnoles et de la crise. Ce reportage a été initialement publié sur The Ground, web-magazine centré sur le reportage. Un petit village de 4000 habitants perdu au milieu de la campagne andalouse, des jeunes qui fument des joints et qui se tatouent des araignées sur le torse : en dépit des apparences, Jun a 15 ans d’avance sur tout le monde. Reportage dans la ville où l’avenir de la démocratie se construit sur twitter, à l’heure des élections générales espagnoles et de la crise. “Vous savez, dans le village, en ce moment précis, tout le monde sait déjà que vous êtes ici avec moi.” Des antennes en boîtes de Pringles Et c’était pourtant mal barré. A l’origine de ce coup de tête, auquel le New York Times consacre quatre pages, José Antonio Salas, alors adjoint au conseil municipal. Démocratie directe et coupé sport
La démocratie et les experts Recensé : David Estlund, L’autorité de la démocratie. Une perspective philosophique, Paris, Hermann, 2011 ; trad. fr. Yves Meinard, 38,80€. Qu’est-ce qui fait, en démocratie, qu’une décision politique est légitime ? À cette question deux réponses sont possibles. Mais on peut par ailleurs penser que le choix d’abolir la peine capitale constitue en soi le bon choix, et que c’est à ce titre que la décision majoritaire en faveur de l’abolition est légitime. La « modestie épistémique » de la démocratie Tel qu’il est formulé ici, ce point de vue n’est pas encore exactement celui de David Estlund, qui défend pour sa part une conception modérément épistémique de la démocratie : « le processus démocratique a une certaine valeur épistémique, relativement modeste » (p. 199) par rapport à d’autres régimes. Nous sommes à présent en mesure de dégager la position singulière d’Estlund parmi les théoriciens de la démocratie. Le « procéduralisme épistémique » entre vérité et justification
La révolution islandaise poursuit sa route ( Birgitta Jonsdottir - Wikimedia ) Du même auteur Le Ministre des affaires étrangères britannique, le patron de Goldman Sachs international, le vice-Ministre des affaires étrangères chinois, le patron de Publicis et une centaine d’autres ont probablement refait le monde la semaine dernière à la réunion du Bilderberg. Mais il y en a une qui n’est pas prête d’être sur le radar de ces illustres « bbs’ » (nom de code des participants au Bilderberg), tant elle est à l’antithèse de leurs valeurs. Et pourtant elle fait bouger son monde. Et de fait, ici les filets de sécurité de l’Etat-Providence protègent aujourd’hui la caste politique d’une véritable rébellion, et le système d’une véritable réforme.
La démocratie par tirage au sort Campagne présidentielle ou non, le couple démocratie-élections s'impose aujourd'hui comme une évidence. D'autres systèmes de sélection sont pourtant possibles, notamment le tirage au sort, comme le rappelle Jean-Paul Jouary, chroniqueur iconoclaste. Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie. – Montesquieu. Il peut paraître choquant aujourd’hui de se demander si suffrage universel et la démocratie sont identiques, tant le droit de vote a été difficile à acquérir, et tant il est évident que les peuples qui en sont privés sont pour cela même privés de démocratie. Cela signifie-t-il pour autant que tout suffrage universel soit démocratique ? On ignore trop souvent qu’au XVIIIe siècle encore, Montesquieu pouvait écrire comme une évidence que “le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie”. A lire sur ces questions :
Surpopulation implique démocratie Au cours des vacances, sans doute sur les cimes pyrénéennes, j’ai eu l’intuition que la démocratie était une conséquence de la complexité. Elle apparaît parce qu’il faut plus de liberté individuelle pour gérer la complexité. J’avais pratiquement effectué cette démonstration dans L’alternative nomade sans la pousser à bout. Ce matin, j’ai comparé l’évolution de la population mondiale et l’évolution du nombre de démocraties, celles avec un indice Polity supérieur à 8, c’est-à-dire où la liberté est maximisée. La corrélation ne me surprend pas. J’insisterai sur les dangers de parler de décroissance ou de simplicité. Les Khmers verts ont déjà été stigmatisés. Je suis en train de me dire que je devrais titrer mon livre La complexité volontaire (sous-titre actuel) plutôt que L’alternative nomade.
Barbara Stiegler : «Qui décide en démocratie ?» Professeure de philosophie, spécialiste de Nietzsche, autrice, Barbara Stiegler s’empare des questions politiques en les reliant au vivant. Face au naufrage du néolibéralisme et aux crises qu’il engendre, cette passionnée de sciences nous invite à remettre de l’esprit critique et de la politique « dans tous les champs de notre vie » pour sortir de la « fabrique du consentement » et s’ouvrir à « l’imprédictible ». Rencontre. Comment avez-vous basculé de votre statut de professeure des universités à l’engagement dans les luttes sociales ? Il y a toujours eu un lien entre mon travail académique et les problèmes contemporains que je pouvais éprouver en tant que citoyenne. Qui sont ces néolibéraux des années 1930 ? Cette vision de l’évolution comme marche inéluctable vers un capitalisme mondialisé est au centre de l’œuvre de Walter Lippmann et de tous les nouveaux libéraux qui, lors du colloque Lippmann de 1938, ont souscrit à son agenda. Comment le consentement se fabrique-t-il ?