CARISE, ADINE, ÉGLÉ.
CARISE.
Que faites-vous donc là toutes deux éloignées l’une de l’autre, et sans vous parler ?
ADINE, riant.
C’est une nouvelle figure que j’ai rencontrée et que ma beauté désespère.
ÉGLÉ.
Que diriez-vous de ce fade objet, de cette ridicule espèce de personne qui aspire à m’étonner, qui me demande ce que je sens en la voyant, qui veut que j’aie du plaisir à la voir, qui me dit : Eh ! contemplez-moi donc ! eh ! comment me trouvez-vous ? et qui prétend être aussi belle que moi !
ADINE.
Je ne dis pas cela, je dis plus belle, comme cela se voit dans le miroir.
ÉGLÉ, montrant le sien.
Mais qu’elle se voie donc dans celui-ci, si elle ose ! Je ne lui demande qu’un coup d’œil dans le mien, qui est le véritable.
CARISE.
Doucement, ne vous emportez point ; profitez plutôt du hasard qui vous a fait faire connaissance ensemble ; unissons-nous tous ; devenez compagnes, et joignez l’agrément de vous voir à la douceur d’être toutes les deux adorées, Églé par l’aimable Azor qu’elle chérit, Adine par l’aimable Mesrin qu’elle aime ; allons, raccommodez-vous.
ÉGLÉ.
Qu’elle se défasse donc de sa vision de beauté qui m’ennuie.
ADINE.
Tenez, je sais le moyen de lui faire entendre raison ; je n’ai qu’à lui ôter son Azor dont je ne me soucie pas, mais rien que pour avoir la paix.
ÉGLÉ, fâchée.
Où est son imbécile Mesrin ? Malheur à elle si je le rencontre ! Adieu, je m’écarte ; car je ne saurais la souffrir.
ADINE.
Ah ! ah ! ah !… mon mérite est l’objet de son aversion.
ÉGLÉ, se retournant.
Ah ! ah ! ah !… quelle grimace ! (Elle sort.)