Le bord de l’Arno, un quai. On voit une longue suite de palais.
Entre LORENZO.
Voilà le soleil qui se couche ; je n’ai pas de temps à perdre, et cependant tout ressemble ici à du temps perdu.
Il frappe à une porte.
Holà ! seigneur Alamanno ! holà !
Alamanno, sur sa terrasse.
Qui est là ? que me voulez-vous ?
Lorenzo.
Je viens vous avertir que le duc doit être tué cette nuit ; prenez vos mesures pour demain avec vos amis, si vous aimez la liberté.
Alamanno.
Par qui doit être tué Alexandre ?
Lorenzo.
Par Lorenzo de Médicis.
Alamanno.
C’est toi, Renzinaccio ? Eh ! entre donc souper avec de bons vivants qui sont dans mon salon.
Lorenzo.
Je n’ai pas le temps ; préparez-vous à agir demain.
Alamanno.
Tu veux tuer le duc, toi ? Allons donc ! tu as un coup de vin dans la tête.
Il sort.
Lorenzo, seul.
Peut-être que j’ai tort de leur dire que c’est moi qui tuerai Alexandre, car tout le monde refuse de me croire.
Il frappe à une autre porte.
Holà ! seigneur Pazzi ! holà !
Pazzi, sur sa terrasse.
Qui m’appelle ?
Lorenzo.
Je viens vous dire que le duc sera tué cette nuit ; tâchez d’agir demain pour la liberté de Florence.
Pazzi.
Qui doit tuer le duc ?
Lorenzo.
Peu importe, agissez toujours, vous et vos amis. Je ne puis vous dire le nom de l’homme.
Pazzi.
Tu es fou, drôle, va-t’en au diable !
Il sort.
Lorenzo, seul.
Il est clair que, si je ne dis pas que c’est moi, on me croira encore bien moins.
Il frappe à une porte.
Holà ! seigneur Corsini !
Le provéditeur, sur sa terrasse.
Qu’est-ce donc ?
Lorenzo.
Le duc Alexandre sera tué cette nuit.
Le provéditeur.
Vraiment, Lorenzo ! Si tu es gris, va plaisanter ailleurs. Tu m’as blessé bien mal à propos un cheval au bal des Nasi ; que le diable te confonde !
Il sort.
Lorenzo.
Pauvre Florence ! pauvre Florence !
Il sort.