Chez la marquise.
LA MARQUISE, parée, devant un miroir.
Quand je pense que cela est, cela me fait l’effet d’une nouvelle qu’on m’apprendrait tout à coup. Quel précipice que la vie ! Comment, il est déjà neuf heures, et c’est le duc que j’attends dans cette toilette ! Qu’il en soit ce qu’il pourra, je veux essayer mon pouvoir.
Entre le cardinal.
Le Cardinal.
Quelle parure, marquise ! voilà des fleurs qui embaument.
La Marquise.
Je ne puis vous recevoir, cardinal ; j’attends une amie : vous m’excuserez.
Le Cardinal.
Je vous laisse, je vous laisse. Ce boudoir dont j’aperçois la porte entr’ouverte là-bas, c’est un petit paradis. Irai-je vous y attendre ?
La Marquise.
Je suis pressée, pardonnez-moi. Non, pas dans mon boudoir ; où vous voudrez.
Le Cardinal.
Je reviendrai dans un moment plus favorable.
Il sort.
La Marquise.
Pourquoi toujours le visage de ce prêtre ? Quels cercles décrit donc autour de moi ce vautour à tête chauve, pour que je le trouve sans cesse derrière moi quand je me retourne ? Est-ce que l’heure de ma mort serait proche ?
Entre un page qui lui parle à l’oreille.
C’est bon, j’y vais. Ah ! ce métier de servante, tu n’y es pas fait, pauvre cœur orgueilleux.
Elle sort.