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Lorenzaccio - Acte III - Scène 4

16 juin 2023

Lorenzaccio - Acte III - Scène 4

Au palais Soderini.

Entre CATHERINE, lisant un billet.

« Lorenzo a dû vous parler de moi ; mais qui pourrait vous parler dignement d’un amour pareil au mien ? Que ma plume vous apprenne ce que ma bouche ne peut vous dire et ce que mon cœur voudrait signer de son sang.

« Alexandre de Médicis. »

Si mon nom n’était pas sur l’adresse, je croirais que le messager s’est trompé, et ce que je lis me fait douter de mes yeux.

Entre Marie.

Ô ma mère chérie ! voyez ce qu’on m’écrit ; expliquez-moi, si vous pouvez, ce mystère.

Marie.

Malheureuse, malheureuse ! il t’aime ! Où t’a-t-il vue ? où lui as-tu parlé ?

Catherine.

Nulle part ; un messager m’a apporté cela comme je sortais de l’église.

Marie.

Lorenzo, dit-il, a dû te parler de lui ? Ah ! Catherine, avoir un fils pareil ! Oui, faire de la sœur de sa mère la maîtresse du duc, non pas même la maîtresse, ô ma fille ! Quels noms portent ces créatures ! je ne puis le dire ; oui, il manquait cela à Lorenzo. Viens, je veux lui porter cette lettre ouverte, et savoir devant Dieu comment il répondra.

Catherine.

Je croyais que le duc aimait ;… pardon, ma mère ; mais je croyais que le duc aimait la comtesse de Cibo ; on me l’avait dit…

Marie.

Cela est vrai, il l’a aimée, s’il peut aimer.

Catherine.

Il ne l’aime plus ? Ah ! comment peut-on offrir sans honte un cœur pareil ! Venez, ma mère ; venez chez Lorenzo.

Marie.

Donne-moi ton bras. Je ne sais ce que j’éprouve depuis quelques jours ; j’ai eu la fièvre toutes les nuits : il est vrai que depuis trois mois elle ne me quitte guère. J’ai trop souffert, ma pauvre Catherine ; pourquoi m’as-tu lu cette lettre ? Je ne puis plus rien supporter. Je ne suis plus jeune, et cependant il me semble que je le redeviendrais à certaines conditions ; mais tout ce que je vois m’entraîne vers la tombe. Allons ! soutiens-moi, pauvre enfant ; je ne te donnerai pas longtemps cette peine.

Elles sortent.