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Beaux textes sur le Web

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Banques de textes. Textes rares - Accueil. Répondre au monde (1) Ce qu’ils disent quand ils disent ce qu’ils disent. Ce texte est donc destiné à se continuer puisque ce monde ne cesse pas de se dire, ne cesse pas un seul jour de se dire, et qu’il faut bien lui répondre. Quand ils disent que c’est la canicule, ça veut juste dire que : — il y aura des particules d’or qui danseront dans les rayons de soleil, — on fermera les persiennes aux heures les plus chaudes. Et que la pénombre sera fraîche, — le linge séchera dans le soleil et l’air immobile, — les papillons de nuit viendront tournoyer autour des belles de nuit, — on entendra les ailes des oiseaux quand ils passeront dans le ciel, — on pourra dormir fenêtre grand ouverte sous les étoiles, — on pourra marcher pieds nus dans l’herbe le matin. Quand Rimbaud dit "rien ne bougeait encore aux fronts des palais", j’entends une aube de canicule.

Ce qu’on entend, ce qu’il faut entendre. Quand on entend une sirène, on essaie de ne pas penser à la souffrance. On regarde passer les débats. Je suis raciste. Depuis jeudi. Depuis que parler de blancs et de noirs c’est être raciste. Avant, c’était affirmer la supériorité des blancs sur les noirs. Les temps changent. On dirait presque, « je suis fière d’être raciste ».

Pas encore. Pas ce lundi. Bientôt. Quand être raciste, ce sera, ne pas être color-blind. Qui consiste à (un peu) : Nier l’existence d’histoires, de destins, d’expériences, d’opportunités différentes selon que l’on est noir ou blanc en France. Aujourd’hui, la personne qui garde mon chien quand je suis en déplacement, je l’aime. Dans mon répertoire, son nom est « Madame Bambi ». Elle me dit. « J’ai été malmenée par une dame dans les transports publics aujourd’hui. J’attends la suite. « … Elle était noire, cette dame. Moi, déconcertée. « Bah, c’est compliqué, elle était noire mais la personne qui vous a aidée était arabe, alors, bon, c’est compliqué ». « Mais, elle était noire ». Gentille femme. Au Mali, face à ce marchand de tongs en cuir, je négocie. Il rigole : « Je plaisante ». Série de printemps. Précieuses paroles. Nous sommes tous traversés par des paroles qui nous hantent longtemps. Certaines personnes ont ce don, ou ce désespoir, de la parole précieuse.

À moins que ce ne soit nous qui, par projection ou par transfert, entendions les voix de ces paroles qui n’ont peut-être pas vraiment été dites. On ne sait pas laquelle de la bouche ou de l’oreille produit ce prix de la parole, qui fonde toute une culture : le recueil de citations, le mot d’esprit, le bon mot, la phrase sans texte, selon l’expression choisie par Dominique Maingueneau pour son dernier livre. Les réseaux sociaux, qui favorisent la forme brève, sont de bons lieux pour ces paroles précieuses, des lieux pour les lieux communs, au sens renaissant du terme. Mais quel est donc ce pouvoir des paroles pour qu’elles soient aussi soigneusement conservées et réénoncées ? C’est peut-être parce que les paroles sont des événements et qu’elles font même les événements qu’on les dote de cette importance. Références Austin J. Imprimer ce billet.

Aux bords des mondes. Camille de Toledo | L’inquiétude d’être au monde. Un samedi après-midi j’entre aux Folies d’encre (librairie à Montreuil). Une couverture attire mon attention (le jaune si reconnaissable des éditions Verdier), le titre aussi : L’inquiétude d’être au monde. Quant à l’auteur, bien qu’on m’en ait souvent parlé, je ne l’ai pas encore lu. Pourtant voilà presque un an que j’ai en tête ce titre Vies pøtentielles (éd. du Seuil, La Librairie du XXIe siècle) mais ce samedi je ressors avec L’inquiétude d’être au monde et le lis deux fois de suite. À ce moment-là je ne sais pas encore qu’il sera disponible en numérique.

Je ne l’apprendrai que deux semaines plus tard via un mail du CDE qui diffuse notamment les éditions Verdier. Alors dimanche je l’ai relu et hier encore une fois, dans l’idée de partager mes impressions et de tenter de dire à quel point il est important, me semble-t-il, de le lire. . « Voici ce que je nomme : inquiétude. Ce texte de Camille de Toledo est très court, très dense, aussi court que riche et fécond. ChG.