Occupations temporaires. Ce texte trouve son amorce dans une intervention présentée lors du colloque "Nouveaux territoires de l'art", organisé en février 2002 à la friche La Belle de Mai – Marseille [1]. De nombreux collectifs d'artistes occupent des friches (terrains délaissés ou usines à l'abandon) et les transforment en lieux de création et d'expérimentation. Ces actes d'occupation font écho à d'autres pratiques d'appropriation, matérielle ou symbolique, ponctuelle ou temporaire, qui tendent à se généraliser depuis le milieu des années quatre-vingt dix.
Les collectifs de chômeurs et de précaires se sont invités à de nombreuses reprises dans les principaux lieux de gestion du salariat [2] – Assédics, ANPE, locaux du Medef ou des Confédérations syndicales – et, le temps d'une occupation, ont destitué symboliquement et matériellement ces instances de leur fonction régulatrice pour les instituer comme scène politique et revendicative. Urbanismes Entropiques. Multiplicité interstitielle. Ce texte est issu d'une recherche portant sur les interstices urbains temporaires, les espaces interculturels en chantier et les lieux de proximité, dans le cadre du programme interdisciplinaire de recherche "Art - Architecture et Paysage" du Ministère de la culture et du Ministère de l'Équipement.
Nous l’avons conduite en collaboration avec Constantin Petcou, Doina Petrescu, François Deck et Kobe Matthys. Cette recherche est largement redevable aux échanges que nous avons eus avec les habitants de La Chapelle et avec les nombreux artistes, activistes, architectes ou associatifs qui ont été associés à un moment ou un autre à nos travaux [1]. Les interstices représentent ce qui résiste encore dans les métropoles, ce qui résiste aux emprises normatives et réglementaires, ce qui résiste à l'homogénéisation et à l'appropriation.
Ils constituent en quelque sorte la réserve de "disponibilité" de la ville. 1. L'interstice desserre les contraintes. 2. 3. 4. 5. 6. . [3] Idem, p. 149. [9] Cf. Cartographier les interstices de la ville. Parcourir la ville, la saisir en mouvement, et la restituer ensuite à travers une carte.
Telle est la démarche de Mathias Poisson. Diplômé de l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle (ENSCI/Les Ateliers), parallèlement à son travail de scénographe et interprète pour le théâtre et la danse, Mathias Poisson déploie un intérêt particulier pour la promenade et l’expérience subjective des lieux à travers plusieurs supports tels la carte, la visite guidée ou la performance. Mathias Poisson, Quartier de peines, Marseille, 2003.
Ses dessins, que l’on pourrait croire échappés d’une bande dessinée, n’ont rien de banal. Objets insolites, ils renversent l’idée habituelle que l’on se fait d’une carte et éveillent notre curiosité. Mathias Poisson, Entre les dalles, cartographie du quartier Colombier à Rennes, 2009. Le centre de la ville de Rennes est partagé par la Vilaine. Départ. Se faufiler entre les interstices. La carte est avant tout un outil de reconstruction du réel.