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Amin Maalouf

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Le periple de Baldassare (1487) Le Rocher de Tanios (1479)

Le destin passe et repasse à travers nous, comme l'aiguille du cordonnier à travers le cuir qu'il façonne." Pour Tanios, enfant des montagnes libanaises, le destin se marque d'abord dans le mystère qui entoure sa naissance : fils de la trop belle Lamia, des murmures courent le pays sur l'identité de son vrai père. Le destin passera de nouveau, dans ces années 1830 où l'Empire ottoman, l'Egypte, l'Angleterre se disputent ce pays promis aux déchirements, le jour où l'assassinat d'un chef religieux contraindra Tanios à l'exil... Mêlant l'histoire et la légende, la sagesse et la folie des hommes, le romancier de Léon l'Africain et du Premier Siècle après Béatrice nous entraîne dans un prodigieux voyage romanesque qui lui a valu le prix Goncourt 1993. Un merveilleux conteur. Terre bénie de Dieu, mais hostile aux hommes de bonne volonté, le Liban de Tanios est un mélange d'eau de fleurs d'oranger et d'odeur de poudre. En lisant Le Rocher de Tanios, un Orient se rapproche. – yarduag

Les Identites Meurtrieres (1480) Le dereglement du monde (1486)

En ces premières années du XXIe siècle, le monde présente de nombreux signes de dérèglement. Dérèglement intellectuel, caractérisé par un déchaînement des affirmations identitaires qui rend difficiles toute coexistence harmo­nieuse et tout véritable débat. Dérèglement économique et financier, qui entraîne la planète entière dans une zone de turbulences aux conséquences imprévisibles, et qui est lui-même le symptôme d'une perturbation de notre système de valeurs. Dérèglement climatique, qui résulte d'une longue pratique de l'irresponsabilité... L'humanité aurait-elle atteint son «seuil d'incompétence morale» ? Dans cet essai ample, l'auteur cherche à comprendre comment on en est arrivé là et comment on pourrait s'en sortir. Pour lui, le dérèglement du monde tient moins à une «guerre des civilisations» qu'à l'épuisement simultané de toutes nos civilisations, et notamment des deux ensembles culturels dont il se réclame lui-même, à savoir l'Occident et le Monde arabe. Le premier, peu fidèle à ses propres valeurs ; le second, enfermé dans une impasse historique. Un diagnostic inquiétant, mais qui débouche sur une note d'espoir : la période tumultueuse où nous entrons pourrait nous amener à élaborer une vision enfin adulte de nos appartenances, de nos croyances, de nos différences, et du destin de la planète qui nous est commune. Amin Maalouf est l'auteur de plusieurs livres, dont Léon l'Africain, Samarcande, Le Rocher de Tanios (prix Concourt 1993), Origines... Ce nouvel ouvrage s'inscrit dans la lignée de son essai Les Identités meurtrières, publié en 1998, et qui est aujourd'hui au programme de nombreuses universités à travers le monde. – yarduag

Leon l'Africain (1489) Les croisades vues par les arabes (1490) Les desorientes (1488)

Je porte dans mon prénom l’humanité naissante, mais j’appartiens à une humanité qui s’éteint, notera Adam dans son carnet deux jours avant le drame. Jamais je n’ai su pourquoi mes parents m’ont appelé ainsi. Dans mon pays natal, ce prénom était rare, et personne dans ma famille ne l’avait porté avant moi. Je me souviens d’avoir posé un jour la question à mon père, il m’avait simplement répondu : “C’est notre ancêtre à tous !”, comme si je pouvais l’ignorer. J’avais dix ans, et je m’étais contenté de cette explication. J’aurais peut-être dû lui demander, tant qu’il était en vie, s’il y avait derrière ce choix une intention, un rêve. Il me semble que oui. Dans son esprit, j’étais censé appartenir à la cohorte des fondateurs. Aujourd’hui, à quarante-sept ans, je suis contraint d’admettre que ma mission ne sera pas remplie. Je ne serai pas le premier d’une lignée, je serai le dernier, le tout dernier des miens, le dépositaire de leurs tristesses accumulées, de leurs désillusions ainsi que de leurs hontes. A moi incombe la détestable tâche de reconnaître les traits de ceux que j’ai aimés, puis de hocher la tête pour qu’on rabatte les couvertures. Je suis le préposé aux extinctions. Et quand viendra mon tour, je tomberai comme un tronc, sans avoir plié, et en répétant à qui voudra l’entendre : “C’est moi qui ai raison, et c’est l’Histoire qui a tort !” Ce cri orgueilleux et absurde résonne constamment dans ma tête. Il pourrait d’ailleurs servir d’exergue à l’inutile pèlerinage que j’effectue depuis dix jours. En retournant vers ma terre inondée, je pensais sauver quelques vestiges de mon passé et de celui des miens. Sur ce chapitre, je n’attends plus grand-chose. Quand on cherche à retarder l’engloutissement, on court le risque de le hâter… Cela dit, je ne regrette pas d’avoir entrepris ce voyage. Il est vrai que chaque soir je redécouvre pour quelle raison je me suis éloigné de ma patrie natale ; mais je redécouvre aussi, chaque matin, pour quelle raison je ne m’en suis jamais détaché. Ma grande joie est d’avoir retrouvé, au milieu des eaux, quelques îlots de délicatesse levantine et de sereine tendresse. Ce qui me redonne, pour l’instant du moins, un nouvel appétit de vivre, de nouvelles raisons de me battre, peut-être même un frémissement d’espoir. Et à plus long terme ? A long terme, tous les fils d’Adam et d’Eve sont des enfants perdus – yarduag