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Après les tueries à Paris (Le Monde diplomatique, 15 janvier 2015)

Après les tueries à Paris (Le Monde diplomatique, 15 janvier 2015)
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Bavures policières mortelles : trente ans de quasi impunité « Je suis très fier de la justice française. » L’enthousiasme de Jean-Pierre Mignard, avocat des familles de Zyed Benna et Bouna Traoré, fait le tour des médias ce 31 octobre 2012. La cour de cassation de Paris vient d’annuler le non-lieu en faveur des policiers impliqués dans la mort de ces deux adolescents de Clichy-sous-Bois, un soir d’octobre 2005. Après sept ans de procédure ponctuée de non-lieux et de reports, la tenue d’un procès va pouvoir avoir lieu. Ne serait-ce que sur les six derniers mois, quatre plaintes mettant en cause des forces policières ont été déboutées : non-lieu en février dernier pour la mort d’Ali Ziri, ce retraité décédé à la suite d’une suffocation après son interpellation à Argenteuil. 10 à 15 morts par an suite à des opérations de police Dix à quinze décès par an. Deux constats sont sans appel : d’une part, une intervention policière peut provoquer la mort, même si c’est involontairement. De mort naturelle Armes non létales Vaine volonté de transparence

Choisir ses combats, par Serge Halimi (Le Monde diplomatique, février 2015) Août 1914 : l’union sacrée. En France comme en Allemagne, le mouvement ouvrier chancelle ; les dirigeants de la gauche politique et syndicale se rallient à la « défense nationale » ; les combats progressistes sont mis entre parenthèses. Difficile de faire autrement alors que, dès les premiers jours de la mêlée sanglante, les morts se comptent par dizaines de milliers. Qui aurait entendu un discours de paix dans le fracas des armes et des exaltations nationalistes ? En juin, en juillet peut-être, il restait possible de parer le coup. Un siècle plus tard, nous en sommes là. Un dessinateur est-il libre de caricaturer le prophète Mohammed ? L’assassinat de douze personnes, en majorité journalistes et dessinateurs, le 7 janvier dernier dans les locaux de Charlie Hebdo, puis de quatre autres, toutes juives, dans un magasin kasher a suscité un sentiment d’effroi. Mais soyons modestes.

Rocé, rappeur : “L’Etat crée le danger qu’il dénonce” L'école, l'Etat, les médias… selon lui, nous marchons seuls. Après la marche républicaine, le point de vue de Rocé, rappeur engagé. Rocé est rappeur, auteur de quatre albums depuis 2002, proche à ses débuts du regretté DJ Mehdi, proche aussi d'un groupe comme La Rumeur, qui fut au cœur d'un acharnement judiciaire de huit ans pour « diffamation publique envers la police nationale » dont il est ressorti blanchi. Rocé est également un militant, engagé dans ses textes comme dans la vie. Il est enfin le fils du résistant et anti-colonialiste Adolfo Kaminsky. « La marche du 11 janvier 2015, cette « union », si nous la voyons sur le plan politique, devient un brouhaha incompréhensible mêlant les opportunistes de tous bords à la sincérité d’une minorité. Quel est le fond du problème ? Arrive le moment des amalgames. L’école est dans l’impasse. L’Etat a délaissé l’école. Tous responsables de cette tragédie, seule une partie de la population est montrée du doigt.

deValence » Sérieusement, #VousÊtesCharlie ? Tout d’abord, rappelons la condamnation sans équivoque du massacre barbare, et rendons hommage aux victimes…À aucun moment ce billet ne vise à excuser un acte d’une barbarie inhumaine. Une nouveauté sémiologique dans l’Obs : “être Charlie” – je ne savais pas qu’il y en avait une définition…Et pendant ce temps là, toutes les haines augmentent à proportion des blessures : islamophobie, replis identitaires, craintes de l’autre, sentiment de rejets, etc. Haines terreau de toutes les violences… Je vous propose aujourd’hui le “best of” (sic.) du numéro de Charlie Hebdo du jour – vous savez, celui que les gens se sont arrachés… À leur décharge, j’imagine que la plupart sont allés manifester et ont scandé #JeSuisCharlie sans jamais l’avoir lu – normal qu’ils soient curieux. Et ils n’auront pas été déçus… IR-RES-PON-SABLES on a dit ! Vous avez tous vu cette couverture totalement “irresponsable” : conformément au slogan du journal : Et bien sûr, nos médias boboïsants ne suivent pas, ils courent : P.S.

Charlie à tout prix Ce texte est tiré d’une intervention à la soirée « La dissidence, pas le silence ! », organisée par le journal Fakir à la Bourse du travail à Paris le 12 janvier 2015. Lorsque le pouvoir de transfiguration de la mort, ce rituel social qui commande l’éloge des disparus, se joint à la puissance d’une émotion commune à l’échelle de la société tout entière, il est à craindre que ce soit la clarté des idées qui passe un mauvais moment. Mais qu’on se doive d’abord à la mémoire de ceux qui sont morts n’implique pas, même au plus fort du traumatisme, que toute parole nous soit interdite. Disons tout de suite que l’essentiel de cette confusion se sera concentré en une seule phrase, « Je suis Charlie », qui semble avoir tout d’une limpide évidence, quand tant d’implicites à problème s’y trouvent repliés. « Je suis Charlie ». Mais l’émotion n’a été si considérable que parce qu’il était perceptible à tous que ce qui venait d’être attaqué excédait évidemment les personnes privées.

Edwy Plenel : “Ces monstres sont le produit de notre société” | Bondy Blog Invité de l’émission “Bondy Blog Café” cette semaine, le co-fondateur et président de Mediapart a réagi aux attentats contre Charlie Hebdo. Interview. Comment avez-vous réagi le 7 janvier, lorsque vous avez appris qu’une fusillade à Charlie Hebdo venait de faire 12 morts ? Ce que nous avons fait avec Mediapart, avec la même spontanéité que tout le monde, c’était d’organiser le soir-même une veillée en streaming, c’est-à-dire en vidéo que l’on pouvait voir sur internet et sur notre site. Nous avons invité la presse, dans toute sa diversité. Le Bondy Blog était là, Beur FM, Oumma.com, etc. Avez-vous participé au rassemblement du 11 janvier ? Oui, bien sûr. Justement, quelles réponses espérez-vous entendre de la part des politiques ? Celles que nous avons toujours défendues à Mediapart, d’avoir un imaginaire de l’esprit public qui nous élève, qui nous rassemble, qui soit celui de la France telle qu’elle est, telle qu’elle vit. Que craignez-vous pour la suite ?

Plus que jamais, il faut combattre l’islamophobie Ceux qui critiquaient les choix de « Charlie Hedbo » au nom de l’antiracisme sont à présent injustement suspectés d’être responsables de ces abominables attentats terroristes. L’attaque contre Charlie Hebdo a suscité une émotion légitime dans tout le pays. Rien ne justifie un tel crime ; rien ne justifie que l’on s’en prenne à une rédaction ; rien ne justifie que l’on assassine des journalistes, des policiers, de simples citoyens, certains parce qu’ils sont juifs. Nous ne savons pas s’il y aura un « avant » et un « après » ce 7 janvier, mais il est vital que s’ouvre un débat sur l’avenir commun que nous voulons. Celui-ci a commencé, mais il s’engage dans une voie dangereuse, celle d’accuser les critiques de Charlie Hebdo d’être, plus ou moins directement, responsables des morts du 7 janvier. Sur le même sujet « Les musulmans de France peuvent jouer un rôle historique », par Hubert Védrine Ce type d’argument est régulièrement développé par l’essayiste Caroline Fourest.

Sur les sentiers escarpés de la lutte armée, par Laurent Bonelli « Aujourd’hui, derrière chaque mort, je vois une personne, un individu. Toutes ces victimes, même indirectes, je les porte en moi. Car je suis de ceux qui ont proposé, décidé, émis les sentences. Ma responsabilité est judiciaire, politique et morale. Ce regard plus compréhensif n’est pas partagé par tous. Ce regain d’intérêt reste toutefois modeste en regard de la prolifération des écrits sur le « terrorisme islamiste », qui accapare désormais l’essentiel de la discussion sur la violence politique. Improbable « terroristologie » Cette avalanche de papier demeure décevante. Si l’on excepte quelques spécialistes des sociétés musulmanes, la plupart des chercheurs étudient le radicalisme islamiste comme un phénomène en soi et pour soi, en maintenant des frontières étanches avec les autres champs des sciences sociales. La difficulté de l’enquête n’explique néanmoins pas tout. Comprendre la « violence politique » impose d’abord de mettre en doute l’apparente unité du phénomène.

Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Nous avons été horrifiés par le massacre commis à Charlie Hebdo mercredi 7 janvier, et par la prise d’otages qui a suivi à Vincennes, par la violence injustifiable de ces actes et par l’atteinte aux libertés qu’ils représentent. Nous avons été tristes et endeuillés par la mort de journalistes indépendants, des membres de leur équipe, des otages et de policiers. Nous avons manifesté dimanche au milieu d’une foule diverse pour l’attachement à nos valeurs de liberté, égalité, fraternité, mais aussi pour appeler notre pays à penser l’après sans manipulations et en essayant de comprendre avec lucidité comment de tels actes peuvent advenir en France. La seule explication ne peut en effet être trouvée dans le développement de réseaux jihadistes internationaux ; il faut aussi s’interroger sur ce qui se passe dans notre pays. Ce rassemblement ne doit pas se solder par un déni et voir chacun repartir de son côté, sans prendre la mesure de ses responsabilités et du travail à engager.

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