
« L’entreprise-heureuse », lieu inattendu de l’aliénation moderne ? Le travail doit, semble-t-il, constituer l’espace premier de l’accomplissement et du bonheur des hommes. Rien de bien nouveau sous le soleil des néons d’usine, puisque c’est ainsi que déjà dans les années 1930, la fameuse école dite des « relations humaines », souhaitait réinventer les raisons de l’engagement des gens dans leur travail. On leur découvrait un cœur, des sentiments, de la subjectivité, et on pensait aller alors au-delà de la machinerie taylorienne asservissant « seulement » les corps. C’est ainsi que le modèle de la belle entreprise d’aujourd’hui continue à façonner les esprits. Mais elle le fait désormais de façon radicale : elle ajoute à l’instrumentalisation des émotions, la notion de plaisir et de jeu. Elle mélange alors dans un flou d’apparence candide et authentique le temps du travail et le temps du jeu. Le sens du travail sur un plateau Qui n’a jamais entendu parler des toboggans ou de la piscine à balles de Google ? Franchir la ligne d’arrivée en premier
Le féminicide: le meurtre du féminin | Elsa Godart JUSTICE - "Vendredi 27 juin, aux environs de 16 h, une adolescente de 15 ans est retrouvée morte dans le quartier de villa el Salvador. Quelques jours auparavant, elle avait décidé de mettre un terme à sa relation avec Stiven Antonio Llata Flores âgé de 20 ans. Son ex-fiancé, confessa qu'il ne supportait pas l'abandon. Il l'avait alors appelée pour renouer une relation. Face au refus de la jeune fille, il la viole, puis l'étrangle. Pour certains hommes, le féminicide constitue un ultime recours pour posséder et contrôler une femme; c'est là l'expression maximale de leur domination", explique Valérie Fonne, étudiante en Master 2 à l'Institut des Hautes Etudes de l'Amérique Latine (Paris 3-Sorbonne) . A l'occasion de la journée de la femme, rappelons avec force l'importance de ce crime contre le féminin, cette négation de l'autre par son sexe et les violences ordinaires qui y sont associées. Qu'est-ce que le féminicide? Le féminicide bien au-delà du féminisme Close
Eva Illouz : « Le développement personnel, c'est l'idéologie rêvée du néolibéralisme » Eva Illouz s’est fait connaître pour avoir expliqué « pourquoi l’amour fait mal » et, plus récemment, comment la dictature du bonheur s’est infiltrée en douce dans nos vies. Alors faut-il en vouloir à notre Chief Happiness Officer ? A-t-on encore le droit de crier dans l’open space sans passer pour un fou ? Et à quel futur de l’égalité peut-on s’attendre après #MeToo ? De passage à Paris, la sociologue franco-israélienne a accepté de répondre à nos questions existentielles sans en vouloir à notre « happycondrie ». « Il est où le bonheur ? Tel est le fil rouge de la pensée d’Eva Illouz, qu’elle écrive au sujet de l’animatrice vedette Oprah Winfrey ou sur la trilogie érotique Fifty Shades : la psychologie ne peut pas tout expliquer. Usbek & Rica : Votre thèse, développée dans Happycratie comme dans Les Marchandises émotionnelles, est que le capitalisme a transformé notre rapport aux émotions et au bonheur. Quel a été le rôle de la psychologie dans cette évolution ? Oui, tout à fait.
Briser le silence On se prend à rêveraprès les victimes de viol de harcèlementla langue des femmes autochtonesse lie se délie contre la violence brute des hommescontre le mépris l’impunité arrogante des policiersdepuis des années depuis toujours On se prend à rêverque toutes les femmes du mondebrisent le silence prennent la parolenomment leurs agresseursen finissent avec la peurréinventent la vie On se prend à rêverqu’aucun puissant aucun riche aucun homme politiqueaucune vedette du sport de la chanson du cinéma des médiasaucun homme en situation de pouvoirne bénéficie du silence mur à mur de ses pairsd’une complicité masculine tacite intimidante massive On se prend à rêverque le courage se mue en contagion de masseque les mains se tendent pour traverser le temps les continentsque la parole ensemence trente siècles de silencesur la haine le mépris la guerre des hommes envers celles qui les ont mis au monde Setten !
Bonnes feuilles : « L’entreprise au XXIᵉ siècle, un monde de cannibales en costume » Trente ans d’enquête terrain dans de multiples lieux de travail ont conduit le sociologue David Courpasson a cette conclusion glaçante : les bureaux et les ateliers sont devenus des univers où tout le monde mange tout le monde, et même où les salariés se dévorent eux-mêmes. Comment expliquer autrement le carnage social à l’œuvre depuis des décennies ? De l’usine à la start-up, cette tendance ne s’est jamais enrayée, entre ceux qui travaillent à vendre des produits dangereux et ceux qui participent à l’uberisation d’une partie de la force de travail. Pire : tout le monde se tait, trouve les raisons de son indifférence et continue sa route. Mais au bout, beaucoup s’effondrent même si une minorité tente encore de retisser quelques fragiles liens de solidarité, comme le souligne David Courpasson dans son livre « Cannibales en costume. « Quelqu’un doit bien le faire » Écoutons donc attentivement les récits des gens au travail. « C’est hyper rentable » Pourquoi ne seraient-elles pas sûres ?
Qu'est ce que c'est... le travail domestique ? À priori quand on pense au travail domestique on pense aux tâches qui ont pour but l’entretien de la maison et le soin des personnes qui composent la famille : lessive, ménage, cuisine, gestion des mômes, courses, etc. C’est notamment la définition prise dans les statistiques qui se préoccupent de quantifier les tâches ménagères. Mais le concept de travail domestique tel qu’on l’emploie ici désigne tout autre chose. Il ne décrit pas un certain type d’activité dans la maison, mais la forme de l’exploitation des femmes dans la société capitaliste. (On parle des femmes prolétaires.) Dans cet article, nous nous sommes focalisés sur le travail domestique du point de vue du rapport homme/femme. Un travail à temps plein Commençons par un exemple, un aperçu de la journée de Martine, femme au foyer, qui a deux enfants en bas âge. 6h30 : Son mari se lève pour aller bosser. 9h : Martine embraye sur les courses de la semaine, là où c’est le moins cher pour économiser. Un travail “gratuit”…
Antifragile : Comment prospérer dans un monde de chaos et d’incertitude Comment vivre dans un monde imprévisible Temps de lecture estimé : 8 minutes Pourquoi certains systèmes s’améliorent au fil du temps ? Pourquoi les crises se produisent ? Il existe des choses qui semblent se développer si elles sont placées dans des environnements instables et imprévisibles. Dans son livre Antifragile : Les bienfaits du désordre, Nassim Nicholas Taleb analyse pourquoi il en est ainsi, et souligne le fait que cette qualité a été vitale pour assurer le progrès de la civilisation humaine depuis les temps anciens. Face à la complexité du monde, être résilient ne suffit plus, il s’agit de revenir meilleur et plus fort d’être en somme antifragile. Dans cet article, nous allons découvrir ce qu’est l’antifragilité et présenter des heuristiques, des raccourcis mentaux, afin de permettre à tout individu de prospérer avec la volatilité et de se placer dans des conditions objectives pour tirer profit dans un environnement incertain. Les caractéristiques de la fragilité
Banaliser la misogynie, c’est dangereux Le week-end dernier, je suis allée à un party, un gros party, comme dirait Elvis G. Qu’est-ce que j’ai eu du plaisir ! L’énergie, les échanges, les sourires, tout était agréable. Une vraie de vraie de belle soirée. L’affaire avec ces soirées parfaites, c’est que ça prend un accro, autrement, on serait dans un conte de fée version Disney et ça, eh bien, ça se peut pas. Alors voilà, j’ai croisé un sacré beau spécimen de goujat, un cas fascinant de con d’entre les cons. C’est alors qu’on est venu à ma rescousse, m’expliquant que le type en question était en fait le genre d’homme qui considère les femmes comme des être inférieurs et que la seule chose qui l’intéresse en ce qui les concerne, c’est de les baiser et que plus jeunes elles sont, mieux c’est. Avec mes 35 ans bien sonnés, mon léger embonpoint (qui se résorbe doucement, mais néanmoins...) et la présence de mon chum au party, j’imagine bien que je ne lui étais d’aucun intérêt. De l’étonnement, je suis passée à l’irritation.
L'écoute active « Lorsqu’on nous écoute d’une oreille intéressée, sans être jugé ou critiqué, alors notre esprit s’ouvre. » Photo de McKay Savage (CC-BY-2.0) Qu’est-ce que l’écoute active ? L’écoute active est un concept développé à partir des travaux du psychologue américain Carl Rogers. Cette approche a pour objectif d’améliorer la qualité de l’écoute. Technique A) Reformulation par l’écoutant de ce qu’il a entendu, en disant par exemple : - En d’autres mots tu dis que… - Si je comprends bien…Technique B) Clarification de ce qu’il a entendu, en disant par exemple : - Que veux-tu dire par… - Pourrais-tu m’expliquer…Technique C) Validation des sentiments de la personne écoutée, en disant par exemple : - Tu es triste à cause de… - Tu crois avoir été injustement traité parce que…Technique D) Proposer une Conclusion ou un résumé de la conversation, en disant par exemple : -En somme, ce que tu veux dire est que… Est-ce bien ce que tu penses ? Attitudes idéales d’une personne qui pratique l’écoute active :
Sociologie Sauvage: Oui, le féminisme change nos vies Chose promise, chose due, voici ma petite note de lecture sur Le féminisme change-t-il nos vies ?Comment le féminisme change nos vies Il s'agit d'une "petite encyclopédie critique" (selon le nom de cette récente collection des éditions Textuel, dirigée par deux politistes de Lyon, Philippe Corcuff et Lilian Mathieu) consacrée aux "acquis irréversibles comme [aux] enjeux d'avenir" de la pensée et de la lutte féministe. L'ouvrage, dirigé par Delphine Gardey, rassemble des contributions de sociologues, politistes et anthropologues de l'équipe des Etudes Genre de l'université de Genève. Delphine Gardey rappelle dans l'introduction l'évolution récente du mouvement féministe. La première contribution, d'Isabelle Giraud, se demande si le féminisme a transformé la politique. Rachel Vuagniaux se demande, elle, si le féminisme a déplacé les frontières du travail. De son côté, Lorena Parini cherche à savoir si le féminisme a redéfini nos sexualités.
1960 La technique ou l’enjeu du siècle de Jacques ELLUL 1/2) La technique a créé un milieu inhumain La machine a créé un milieu inhumain, concentration des grandes villes, manque d’espace, usines déshumanisées, travail des femmes, éloignement de la nature. La vie n’a plus de sens. Il est vain de déblatérer contre le capitalisme : ce n’est pas lui qui crée ce monde, c’est la machine. La technique va encore plus loin, elle intègre la machine à la société, la rend sociable. Elle lui construit le monde qui lui était indispensable, elle met de l’ordre là où le choc incohérent des bielles avaient accumulé des ruines. L’atomisation des individus confère à la société la plus grande plasticité possible, elle est une condition décisive de la technique : c’est en effet la rupture des groupes sociaux originels qui permettra les énormes déplacements d’hommes au début du XIXe siècle et assure la concentration humaine qu’exige la technique moderne. Prenons l’exemple de l’urbanisation. 2/2) La technique sert à faire obéir la nature (Economica, 1990)
De colère et d'espoir: Pourquoi des femmes ne sont pas féministes Tranquillement pas vite (pour le dire avec optimisme), on assiste à une prise de conscience sur la difficulté pour un homme d’être proféministe. Certains commencent à comprendre qu’agir de façon cohérente avec des valeurs féministes est loin d’être naturel (désolée Koriass!), facile, évident, lorsqu’on a été socialisé à exploiter et à dominer. Deux principales raisons expliquent l’existence de femmes antiféministes. 1) La misogynie internalisée Toute leur vie, les femmes entendent, apprennent et se font répéter leur infériorité. 2) Le compromis patriarcal Heureusement, de nombreuses femmes parviennent à être critiques de l’éducation patriarcale qu’elles ont reçue et à désapprendre la misogynie, ce qui fait généralement d’elles des féministes. Pourquoi c’est important Ainsi, il est erroné de prétendre que toutes les femmes sont féministes. La deuxième conséquence problématique est l’invisibilisation du travail acharné et parfois dangereux que réalisent tous les jours les féministes.
Livre “Les Arabes, les femmes, la liberté”, de Sophie Bessis Elle cite les propos de l’Egyptien, Kacem Amin (1863-1908), qui écrit entre autres à propos du hidjab : “C’est quand même étonnant ! Pourquoi ne demande-t-on pas aux hommes de porter le voile ou de dérober leur visage aux regards des femmes s’ils craignent tant de les séduire ? La volonté masculine serait-elle inférieure à celle des femmes ?” Son autre compatriote, Mansour Fahmy, (1886-1959), [qui fut disciple de Levy Bruhl, à Paris, et qui a écrit en 1913, l’excellent la Condition de la femme dans l’islam, et pour lequel il avait été renvoyé pendant plusieurs années de l’université du Caire, dans les années 1920, et subi les campagnes de calomnies des conservateurs d’Al-Azhar et des islamistes, qui existaient avant qu’ils ne se constitue en Frères musulmans], ou du Tunisien, Tahar Haddad (1898-1935), théologien à la Zeitouna, qui compare le hidjab ” à la muselière qu’on met au chien pour les empêcher de mordre”. Le livre de Sophie Bessis Ancien Féministe du monde arabe