
Dieudonné: l'arrêt «Minority Report» du Conseil d'Etat Jusqu’ici, le principe de la liberté d'expression, proclamé par l'article 10 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et par l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme, prévalait en France. Depuis 1906 (le Parlement ayant supprimé le salaire des censeurs), la République en avait fini avec l'interdiction préalable d'un journal, d'un livre, d'un spectacle ou d'une réunion, c'est à dire avec la censure. C'est ainsi qu’en France l'expression des idées, même odieuses, même absurdes ou totalement excessives, était libre dans un lieu public, sous réserve de la possibilité de poursuivre a posteriori, devant les tribunaux correctionnels, ceux qui commettaient les délits d'injures publiques, notamment à caractères racial, ethnique, religieux, etc. Arsenal judiciaire suffisant Les peines encourues (jusqu'à un an d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende) visent ceux qui, comme Dieudonné, se livrent à des propos orduriers, négationnistes ou homophobes. Et maintenant?
Dieudonné fait une "quenelle" à Hollande Sous haute surveillance, Dieudonné a présenté lundi soir devant des fans "Asu Zoa", aux sketches quasi identiques à ceux de "Le Mur" interdit dans plusieurs villes, a constaté un journaliste de l'AFP qui a pu voir les deux versions du spectacle à une dizaine de jours d'intervalle. Le spectacle a été simplement expurgé des attaques les plus frontales contre les Juifs. Ainsi dans "Asu zoa", le maréchal Pétain n'est plus le président préféré de Dieudonné. De la même façon, Dieudonné ne dit plus "Je n'ai pas à choisir entre juifs et nazis, je suis neutre dans cette affaire", un des passages choc du spectacle Le Mur. Le décor est le même, avec un mur en parpaings qui coupe la scène en deux, mais si Dieudonné fait toujours mine d'uriner, ce n'est plus sur le Mur des lamentations comme il le disait avant. G.D.
D'où vient la «quenelle» de Dieudonné Ce geste, inventé par l'humoriste, est passé du registre potache à celui de la politique. Le geste dit de la quenelle, Dieudonné assure le faire depuis dix ans. Il est désormais devenu indissociable du personnage qu'il s'est créé. Il y a dix ans, en 2003, c'est l'époque où Dieudonné provoque l'un de ses premiers scandales à caractère antisémite. Sur France 3, il y apparaît vêtu d'un treillis, en cagoule, avec des papillotes et un chapeau de juif orthodoxe sur la tête. Il disparaît peu à peu des écrans des médias, ses représentations dans certaines salles de spectacles sont interdites. En parallèle, il élabore une véritable contre-culture. Cela apparaît comme un geste potache. Le lien de la quenelle avec la politique, c'est Dieudonné qui le fait lui-même. L'affiche de campagne, outre sa ressemblance avec celle du film Matrix , présente l'humoriste le bras droit tendu vers le bas, la main gauche ouverte sur son épaule. Car la quenelle a depuis dépassé le groupe des fans de Dieudonné.