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Vaine stratégie française au Mali

Vaine stratégie française au Mali
LE MONDE | • Mis à jour le | Par Olivier Roy, directeur d'études à l'EHESS Les buts de guerre officiels de la France au Mali sont de combattre le "terrorisme islamique" et rétablir l'intégrité territoriale du Mali. Le problème est de savoir quel est le rapport entre les deux : l'intégrité du Mali est-elle menacée par le "terrorisme islamique" ? Cela dépend bien sûr de ce que l'on appelle "terrorisme islamique", et l'on voit ici que l'on n'est pas sorti de la confusion sémantique et politique introduite par l'administration Bush lorsqu'elle a lancé le slogan de la "guerre contre le terrorisme" après le 11-Septembre. Sous le vocable de terrorisme islamique on met à peu près n'importe quoi : Al-Qaida bien sûr, mais aussi des partis qui sont avant tout nationalistes, comme le Hamas palestinien, des mouvements locaux voulant établir la charia, comme les talibans afghans ou l'Ansar Eddine malien, voire n'importe quelle communauté religieuse parlant de charia islamique.

« La France au chevet du Mali : une intervention militaire si facile ? » par Antonin Tisseron 1 février 2013 Alors que le mois de janvier se termine, les armées françaises, maliennes et les premiers contingents africains sont engagés dans la reconquête du Nord-Mali. Sur le front diplomatique, le groupe armé Ansar Eddine fait également face à des forces centrifuges avec la création du Mouvement islamique de l’Azawad (MIA) autour d’Alghabasse Ag Intalla, issu de la tribu des Ifoghas et annonçant souhaiter privilégier une « solution pacifique ». En déclenchant l’opération « Serval » le 11 janvier 2013, à la demande du président malien, l’armée française a très probablement sauvé le régime de Bamako. S’il réveille les discours critiques sur la « Françafrique » et la France « gendarme de l’Afrique », l’engagement de soldats français sur le territoire malien marque une nouvelle étape dans la lutte contre les groupes terroristes dans le Sahel et la fin – devant l’urgence – d’une approche indirecte jusque là privilégiée. Une internationalisation de conflits anciens haut-de-page

La France n'a pas à rougir de défendre ses intérêts au Mali LE MONDE | • Mis à jour le | Par Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Enseignant-chercheur à la faculté de droit de l'université McGill (Montréal) Dans ses voeux à la presse du 16 janvier, le président François Hollande insiste : "La France, elle libère. (...) Elle porte des valeurs. Elle n'a aucun intérêt au Mali. Ce discours est une exception française. Abdoulaye Babou, ex-président de la Commission des lois de l'Assemblée nationale du Sénégal, croit qu'il s'ag it d' "une affaire d'intérêt national". Ce qui est une évidence pour le reste du monde - qu'il est dans l'intérêt des Européens, des Américains et des Africains d'empêcher "la mise en place d'une zone franche terroriste au coeur de l'Afrique", selon les termes de l'envoyé spécial de l'ONU pour le Sahel - ne l'est pas pour la France. Elle a conscience que l'on soupçonnera toujours l'ex-puissance coloniale d'être intéressée. La communication élyséenne est conçue pour prévenir ce type d'accusation.

Le Sahel en crises Ce numéro de la fin de l’année 2012 de la revue question internationale, qui est traité de façon systématique par la Cliothèque depuis de nombreuses années, vient encore une fois à point ommé pour apporter un éclairage précieux sur la crise qui affecte le Sahel depuis de nombreux mois. En mars 2012, le gouvernement du Mali a été renversé par un coup d’état militaire directement lié à son impuissance à faire face à la rébellion des Touaregs et à des groupes armés affiliés à l’organisation Al Qaïda au Maghreb islamique. Depuis les années 2000, le Sahel est perçu comme un espace dont l’instabilité menacerait la sécurité du monde, ce qui a conduit de nombreux acteurs ainsi engagés, aussi bien les États-Unis que l’Union européenne mais également la Chine, toujours en quête d’énergie accessible et bon marché. La volonté du régime libyen vers 2006 de réintégrer la communauté internationale à pu inciter ce pays a joué un rôle stabilisateur. Al Qaida au Maghreb islamique Bruno Modica

"Et si l'intervention au Mali ouvrait la porte des réformateurs en islam" Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par Michel Rocard, ancien premier ministre Malgré la prise importante et spectaculaire de Tombouctou, l'événement essentiel de ces derniers jours au Mali n'est pas de nature militaire. Il est fait de deux déclarations. L'une est de Chérif Ousmane Haïdara, prédicateur célèbre et chef charismatique des "Partisans de la Religion" alias Ansar Eddine, légalisée en 1992, forte de près d'un million de membres au Sahel, dont la plupart au Mali, et totalement étrangère à son homonyme du même nom qui, liée à Al-Qaida au maghreb islamique (AQMI), occupe le nord du Mali. Dans cette déclaration on peut lire "AQMI, Ansar Eddine, Mujao : c'est pareil. L'autre, encore plus explicite, est de l'imam Mahmoud Dicko, Président du Haut Conseil Islamique du Mali. "Nous ne sommes pas d'accord avec cette interprétation, nous pensons que c'est le contraire. A ma connaissance ce sont les toutes premières déclarations d'autorités religieuses musulmanes sur ce sujet.

1 - Mali : Vers une intervention militaire ? Géopolitique, le débat Alors que le Mali est coupé en deux depuis l’occupation du Nord par les rebelles djihadistes et touaregs, le projet d’une opération militaire étrangère avance. Une résolution des Nations unies portée par la France et adoptée à l’unanimité, le 12 octobre 2012, donne 45 jours aux acteurs régionaux pour arrêter un concept d’intervention militaire crédible. Ce plan d’action sera élaboré en concertation avec l’organisation onusienne avant d’être soumis au Conseil de sécurité. Invités : 1.- Patrice Gourdin, agrégé d’Université, professeur de Relations internationales et de géopolitique à l’Ecole de l’Air, enseignant à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence. 2.- Seidik Abba, journaliste nigérien, responsable à Paris du bureau de la PANA, l’Agence panafricaine de presse. 3.- Ahmedou Ould Abdallah, président de l’Institut d’études sur le Sahel « Centre 4S », ancien représentant spécial du SG des Nations Unies en Somalie et au Darfour. Le mail a bien été envoyé

L'opération au Mali marque un périlleux retour aux conflits d'antan LE MONDE | • Mis à jour le | Par Bertrand Badie, professeur des universités à Sciences Po Paris Il était un temps où l'entreprise était simple et facilement identifiable : la guerre opposait deux ou plusieurs Etats qui étaient en compétition de puissance. Cet affrontement paroxystique entre Etats, dotés de diplomates et de soldats, d'institutions et de frontières, et d'une propension à négocier à un moment donné, est au centre de notre histoire européenne. Elle en est même fondatrice, c'est bien ainsi que se sont constituées la carte et même les règles de notre Europe moderne. Depuis quelques jours, on nous parle d'une "guerre au Mali" : en est-ce bien une si l'on fait preuve de rigueur ? Une chose est sûre : ces bandes ne constituent pas des Etats, n'ont pas de frontières, pas de territoire fixe, ni institutions, ni diplomates, ni soldats au sens classique ; elles n'ont même pas d'intérêt à négocier, tant leur survie est intimement liée à la pérennité des conflits.

Sahel. La conflictualité dans la bande saharo-sahélienne, d’hier à demain © TFLQ.ca La zone d'influence d'Al-Qaïda au Maghreb islamique © a.e.f. Le coup d’État raté du 22 avril dernier, fomenté par le fameux capitaine Sanogo (qui semble sortir d’un album de Tintin), est exemplaire. On est d’ailleurs dans un scénario latino-américain des années 70. Le capitaine Sanogo est le modèle type de l’arroseur arrosé, qui persiste avec détermination : géopolitiquement catastrophique, il aura abouti à l’inverse du but recherché. À savoir : le renforcement des Touaregs indépendantistes (bien mal en point, aujourd’hui), le renforcement des apôtres de la charia et le renforcement de la partition rampante du Mali. Le succès est incontestable. D’autant plus que ce même héros, le 11 décembre, a contribué à arrêter le premier ministre, fraîchement importé des États-Unis. À qui profite le crime ? André Bourgeot est anthropologue, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de la région

Les positions changeantes de Nicolas Sarkozy sur l'intervention au Mali Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par Samuel Laurent et Jonathan Parienté "Que fait-on là-bas ? Sinon soutenir des putschistes et tenter de contrôler un territoire trois fois grand comme la France avec 4 000 hommes ? La règle, c'est qu'on ne va jamais dans un pays qui n'a pas de gouvernement." La charge est signée Nicolas Sarkozy ; elle est rapportée par l'hebdomadaire Valeurs actuelles. Elle est d'autant plus sévère qu'elle vient rompre une tradition républicaine, qui veut qu'on ne critique pas son successeur à la tête de l'Etat, surtout sur les questions internationales. Cette position sur la guerre au Mali apparaît comme extrêmement difficile à tenir. Mais au-delà de l'aspect purement politique, les propos même de Nicolas Sarkozy sont en contradiction avec ceux qu'ils pouvait tenir lorsqu'il était encore président de la République et donc, à ce titre, chef des armées. Des positions qui ne sont pas sans rappeler celle du président Hollande.

Terrorismes, guérillas, stratégie et autres activités humaines Hollande : l'opération militaire au Mali "n'a pas d'autre but que la lutte contre le terrorisme" Au lendemain du début de l'intervention des forces françaises sur le territoire malien, François Hollande a justifié sa décision, affirmant qu'elle "n'a pas d'autre but que la lutte contre le terrorisme" et qu'il a "toute confiance" dans la réussite de l'opération, baptisée "Serval". "La France ne défend aucun intérêt particulier", a--t-il déclaré. Le chef de l'Etat a souligné que les moyens militaires déployés doivent être limités au soutien de l'intervention africaine au Mali, qui doit prendre forme en début de semaine. Il s'est félicité que "l'action de la France soit saluée par l'ensemble de la communauté internationale et les pays africains". M. Sur le terrain des opérations, le gouvernement a confirmé la mort d'un soldat français, mortellement blessé lors d'un raid d'hélicoptère"contre une colonne terroriste" se dirigeant vers deux villes de la partie sud du Mali, Mopti et Sévaré, après la prise de Konna. >> Lire aussi L'inquiétude des familles d'otages au Mali

Al Qaida dans les pays du Maghreb islamique AQMI dans l’espace (...) L’ESPACE géographique où sévit AQMI s’insère dans un espace gigantesque : le Sahara couvre 8 000 000 km2, auxquels il convient d’ajouter les 3 000 000 km2 du Sahel. Ces contrées, comparables en cela à des étendues maritimes, se montrent difficilement contrôlables. AQMI en utilise une partie car la configuration du terrain lui offre de multiples avantages : les conditions de vie très difficiles écartent la plupart des hommes, il existe de nombreux axes de communication hormis les routes transsahariennes répertoriées et des ressources importantes se trouvent dans la région. Un relief accidenté Contrairement à un lieu commun répandu, les dunes n’occupent que 20% du territoire du Sahara. La région saharo-sahélienne est donc propice au camouflage de petits groupes mobiles, offre aux populations qui la parcourent une multitude de refuges (canyons, grottes, rochers en surplomb) et fournit des sites de repli quasiment inexpugnables. Une immense zone aride Un espace de communication Les Touaregs

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