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Les programmes d'histoire sous le feu de la critique

Les programmes d'histoire sous le feu de la critique
En France, l’enseignement de l’histoire a toujours déchaîné les passions. Les programmes seraient-ils un support d’une vaste propagande politique ? Un petit tour dans les processus de fabrication montre que l’affaire est plus compliquée. Parmi les polémiques suscitées par la réforme des collèges, l’enseignement de l’histoire est, une nouvelle fois, sur la sellette. Véritable « passion française », comme l’avait qualifiée l’historien Philippe Joutard, la discipline historique ne manque jamais, à chaque publication de nouveaux programmes, d’enflammer le débat public. « Nos repères communs seront extraits des cultures venues d’ailleurs et des tragédies de notre histoire (…) », peut-on lire sous la plume de Madeleine Bazin de Jessey dans le quotidien Le Figaro. « On prive les Français de leur histoire », ajoute Pascal Bruckner. Les réponses du camp adverse se sont immédiatement multipliées à travers les blogs et autres pétitions de protestation (1). Comment les programmes se fabriquent-ils ?

A l'école, on ne commémore pas les guerres : on les célèbre Une récente enquête montre l’omniprésence de la guerre dans les connaissances historiques des jeunes élèves. Des connaissances qui malheureusement ne s’encombrent guère de considérations pacifistes. B. Girard Source : Dans le cadre d’une enquête menée auprès de 7000 élèves âgés de 11 à 19 ans, auxquels il a été demandé de raconter l’histoire nationale (1), une des co-auteur.e.s, Eglantine Wuillot, s’est plus spécialement intéressée aux représentations de ces derniers portant sur la guerre. Les guerres françaises toujours légitimes… Sur les 3767 lycéens ayant participé à l’enquête, de fait, bien peu d’entre eux - 20 % - s’interrogent sur le sens des guerres. … surtout lorsqu’elles sont soigneusement sélectionnées Questions interdites (1) Le récit du commun, sous la dir. de F.

Réseau historiographie et épistémologie de l’histoire Les débats en cours sur le repositionnement des historiens confrontés au choc en retour du passé colonial de la France et des revendications mémorielles qui l’accompagnent sont une des manifestations du face à face récurrent entre les historiens et les demandes sociales d’histoire qui se sont multipliées et diversifiées dans la période récente et qui, parfois, rendent difficile l’enseignement de l’histoire dans le secondaire. C’est bien en référence à ce contexte de confrontation et de questionnement que les historiens ont mené - et continuent de mener - une réflexion renouvelée sur leur rôle social et plus largement sur les enjeux épistémologiques de ce que, aujourd’hui, faire de l’histoire veut dire. L’intensité du débat récent sur les « lois mémorielles » ne doit pas occulter le détour réflexif qui marque en profondeur toute la discipline. Adresse électronique pour les contacts et courriels : historiographie.epistemologie@ihtp.cnrs.fr Premiers signataires : Almeida Fabrice d’, CNRS/HTP

« Un pouvoir que nul ne peut réprimer », par Howard Zinn (Le Monde diplomatique, janvier 2004) A la fin des années 1970, quand j’ai décidé de me lancer dans ce projet [écrire Une histoire populaire des Etats-Unis], j’enseignais l’histoire depuis vingt ans. Professeur au Spellman College, université de filles noires à Atlanta, j’avais d’abord participé au mouvement des droits civiques dans le sud des Etats-Unis. Puis vinrent dix années de lutte contre la guerre du Vietnam. En matière de « neutralité », ces expériences apportent peu à un historien, qu’il soit enseignant ou écrivain. Mon sens critique avait toutefois été aiguisé bien auparavant par mon éducation au sein d’une famille d’immigrés de la classe ouvrière de New York, puis par trois années de travail dans un chantier naval, puis, pendant la seconde guerre mondiale, par mon expérience à bord d’un bombardier de l’armée de l’air qui décollait d’Angleterre pour lâcher des bombes en Europe, y compris sur la côte atlantique de la France. Mensonges et falsifications Prenons, par exemple, la notion de classe sociale.

Carnet du réseau historiographie et épistémologie de l'histoire | CRHEH "L'Europe a construit sa domination en écrivant l’histoire des autres" BibliObs. Le XVIe siècle, écrivez-vous dans «la Machine à remonter le temps», est un tournant dans la façon dont on raconte l’histoire du monde. Pourquoi? Serge Gruzinski. Dans ce livre, j’ai voulu souligner à quel point l’écriture de l’Histoire a été au cœur de cette dynamique de globalisation. Comment, concrètement, les Européens procèdent-ils pour imposer cette écriture de l’histoire et leur conception du temps? La Couronne espagnole a très rapidement compris que le pouvoir était intimement lié au savoir. Puis les Espagnols se sont attelés à écrire l’histoire de ces peuples en capturant les mémoires locales et en les rattachant au patrimoine antique et médiéval de la chrétienté. C’est une rupture fondamentale : pour la première fois, les Espagnols se mettent à écrire l’histoire des autres. En quoi ces bouleversements ont-ils constitué un choc pour les populations indigènes? Ce qui se joue est symboliquement et intellectuellement très violent. Je le crois. Serge Gruzinski, bio express

Continuité et rupture en histoire | Editions Papiers Le riche compte-rendu que Jérôme Baschet consacre à L'image à l'époque gothique de Jean Wirth soulève de nombreuses questions, qui dépassent largement le débat d'excellents spécialistes qu'ils sont tous deux. Comme j'ai eu l'occasion de le remarquer moi-même, Baschet souligne l'insistance de Wirth sur le rapport entre les images et les textes, rapport qui bascule plus souvent du côté de la dépendance que de l'indépendance : le premier reproche assez fortement au second de reprendre "à son compte la thèse classique d'une limitation de ses (l'image) capacités de sémantisation, notamment dès lors qu'il s'agit de créer l'équivalent de propositions, de formuler une négation ou de signifier des abstractions." Mais Baschet porte surtout son attention sur un autre aspect du livre de Wirth, celui qu'il considère comme "'l'un des aspects les plus marquants de la démarche" de ce dernier : "l'attention à une chronologie fine". Mais ce débat, un peu vieux, est peut-être aujourd'hui dépassé.

L'histoire racontée par les médias : un entretien croisé Acrimed - Christophe Naudin, vous avez co-écrit un livre avec Aurore Chéry et William Blanc à propos des « historiens de garde » [2] qui sont particulièrement présents dans les médias. Pourriez-vous présenter le livre et la manière dont il a été reçu dans les médias ? Christophe Naudin : On a commencé en 2012, avec William Blanc, à écrire chacun sur nos sites internet respectifs. À l’époque c’était « L’Histoire pour tous » pour moi, un site internet généraliste, et William avait son site « Goliards ». On a eu des exemples concrets, par exemple pour une émission de Canal + : Aurore et William ont été interviewés pendant trois heures au Louvre pour parler de notre livre, et le journaliste leur avait dit que Lorànt Deutsch ne serait pas en plateau. Acrimed - Comment expliquer que les historiens de garde aient tant de crédit médiatique ? Christophe Naudin : C’est une question difficile. Christophe Naudin : C’est vrai que c’est un choix des médias.

La Fabrique de l'Histoire scolaire : podcast et réécoute sur France Culture Avec nos partenaires, nous traitons vos données pour les finalités suivantes : le fonctionnement du site, la mesure d'audience et web analyse, la personnalisation, la publicité et le ciblage, les publicités et contenus personnalisés, la mesure de performance des publicités et du contenu, le développement de produit, l'activation des fonctionnalités des réseaux sociaux. Vos préférences seront conservées pendant une durée de 6 mois. Les cent phénomènes, personnages, idéologies, objets... hérités de la Première guerre mondiale Qu’ont en commun l'idée de l’Union européenne, les saucisses végétariennes, les casques de militaires, les magazines illustrés, l’indépendance de l’Afghanistan, le bolchévisme, l’économie d’énergie grâce au changement d’heure, le préservatif et Adolf Hitler? Ce sont tous des phénomènes hérités plus ou moins directement de la Première guerre mondiale, et «qui continuent de structurer nos vies aujourd’hui», explique le Wall Street Journal qui, pour la commémoration des cent ans du début du conflit, a eu la bonne idée de sélectionner les 100 héritages les plus marquants. Les rivalités coloniales de l’immédiat après-guerre entre les grandes puissances et la défense de leurs intérêts sont à l’origine du redécoupage du Moyen-orient et des conflits de la région. Le renversement du régime tsariste en Russie et l'établissement d’un régime communiste en 1917, a été déclenché par la révolution de février et un ensemble de grèves et protestations contre la famine et demandant la fin de la guerre.

Huit leçons lues (1/8) : Leçon inaugurale de Fernand Braudel A côté du "temps rapide des événements, du temps allongé des épisodes", Fernand Braudel marque son intérêt pour le "temps ralenti, paresseux des civilisations". Depuis le collège de France, dans sa leçon inaugurale, il explique ainsi : « Certes, les civilisations sont mortelles, dans leurs floraisons les plus précieuses ; certes, elles brillent, puis elles s'éteignent, pour refleurirent sous d'autres formes. Mais ces rupture sont plus rares, plus espacées qu'on ne le pense. Et surtout, elles ne détruisent pas tout également. Je veux dire que, dans telle ou telle aire de civilisation, le contenu social peut se renouveler deux ou trois fois presque entièrement sans atteindre certains traits profonds de structure qui continueront à la distinguer fortement des civilisations voisines. "Ulysse moderne, qui a fondé un empire en quelques années". "un lutteur, redoutable" et "un constructeur". Il "consolida les institutions qu'il reprit des mains de Lucien Febvre" et "il en fonda de nouvelles".

Réflexions sur les « leçons de l’histoire » En analysant la polémique développée pendant l'hiver 2018-2019 sur le « retour des années 1930 », Gérard Noiriel revient sur le rôle civique de l’historien. Ramener à la conscience le passé refoulé permet aux citoyens de s’émanciper des contraintes pesant sur eux et de nouvelles formes de « violence douce », qui affaiblissent les capacités de résistance collective. Dans l’un des musées de Munich, l’Alte Pinakothek, est conservé un tableau d’Albrecht Altdorfer intitulé La Bataille d’Alexandre. Dans son livre Le Futur passé, l’historien Reinhart Koselleck a pris cet exemple pour montrer qu’à cette époque, « présent et passé se trouvaient englobés dans un seul et même horizon historique ». Ce nouveau rapport entre le passé et le présent s’imposa au début du XIXe siècle avec l'« école historique allemande » qui fut le point de départ de l’histoire comme discipline savante. Les marxistes ont cherché dans le passé des lois permettant d’orienter les luttes du présent et de prédire l’avenir.

Des programmes d’histoire qui confortent notre égoïsme national | Journal d’un prof d’histoire La publication par le ministère de l’Education nationale des programmes d’histoire (cycles 2, 3 et 4) dans leur version définitive est comme un coup de massue pour tous ceux qui pensaient encore, même sans trop y croire, qu’il était possible de faire sortir l’enseignement de l’histoire du carcan administratif et politique qui l’étouffe depuis trop longtemps. Un CSP qui se croyait indépendant Au printemps dernier, l’avant-projet présenté par le Conseil supérieur des programmes (CSP), sans être révolutionnaire, laissait entrevoir quelques possibilités d’évolution : une architecture globale en grandes thématiques plutôt qu’un amoncellement de questions disparates ; une référence soutenue aux compétences à faire acquérir aux élèves ; et surtout, une grande souplesse induite par la possibilité de choix offerte aux enseignants sous forme de questions facultatives. Quelques jours plus tard, la ministre intimait l’ordre au CSP, non pas de revoir sa copie, mais de la refaire entièrement.

Laurence de Cock : « L’enseignement de l’histoire est pris en étau » Entretien inédit pour le site de Ballast Historienne et ensei­gnante, Laurence de Cock a fait paraître, en 2018, deux ouvrages : Sur l’enseignement de l’histoire et Dans la classe de l’homme blanc. Le pre­mier pro­po­sait de pen­ser cet ensei­gne­ment par le bas, dans une pers­pec­tive d’émancipation ; le second reve­nait sur la prise en charge du fait colo­nial dans les pro­grammes sco­laires depuis les années 1980. Elle est éga­le­ment l’une des fon­da­trices du col­lec­tif Aggiornamento, qui appelle à la mise en déli­bé­ra­tion col­lec­tive et publique des ques­tions sco­laires, comme gage de vita­li­té démo­cra­tique, et à la reprise en main, par le corps ensei­gnant, de leurs outils de tra­vail. Nous en dis­cu­tons avec elle. C’est inté­res­sant que vous com­men­ciez en rap­pe­lant l’intérêt que Marc Bloch accor­dait aux enjeux de vul­ga­ri­sa­tion et de trans­mis­sion, notam­ment en direc­tion des enfants. École des gar­çons de la Cité de Buire, 1932 Lycée Kérichen, Brest, 1965–66

L'historien et l'objectivité Lorsqu'on examine tout ce qui se publie aujourd'hui en France sous le nom d'« histoire », on ne peut qu'être frappé par le décalage entre les certitudes tranquilles que véhiculent les organes de vulgarisation (magazines, émissions TV, ouvrages grand public, etc.) et les doutes qu'expriment haut et fort les historiens de métier. Depuis une dizaine d'années, les écrits sur la « crise » de l'histoire se sont multipliés. Résumons les arguments avancés pour étayer ce constat (1) : la discipline est victime des bouleversements qui affectent en profondeur le monde actuel. La réduction des postes et des moyens mis à la disposition des universités, alors même que les effectifs s'accroissent, provoque une aggravation des conditions de travail, une surcharge pédagogique et administrative qui démoralise les historiens, comme leurs collègues des autres disciplines. Ce que cache la «crise» A vrai dire, la question de savoir si l'histoire est ou non en « crise » est un faux problème. Mots-clés

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