Les secrets de fabrication des «carnets de guerre» de WikiLeaks. La guerre ordinaire en Afghanistan.
Embuscades, bombes artisanales, échanges de tirs entre soldats «amis», corruption... la publication par le site WikiLeaks et trois titres mondialement connus (New York Times, Guardian et Spiegel) des «carnets de guerre» du conflit afghan passionne. Retour sur les secrets de fabrication de ce scoop à grande échelle. L'ampleur de la fuite Pour de nombreux observateurs, il s'agit de la plus grande fuite de l'histoire militaire, plus importante encore que l'affaire des «papiers du Pentagone» en 1971. Les autorités américaines savaient d'ailleurs qu'elles avaient été victimes d'une fuite majeure. Au total, 92.201 fichiers, datant de janvier 2004 à décembre 2009, ont été mis en ligne sur WikiLeaks.
Le mode opératoire WikiLeaks aurait-il atteint l'âge de raison? Les journalistes du New York Times ont ainsi pu enquêter un mois sur le dossier, vérifier les informations, démêler l'essentiel de l'anecdotique. Quid des informations sensibles? Quelles réactions? Pourquoi les journaux de guerre Afghans n’'ont pas été publiés aussi en ' Cela aurait pu être un scoop collectif qui passe aussi par l’Hexagone. Depuis des semaines, le site de collecte d’informations confidentielles Wikileaks travaillait avec trois rédactions sur le traitement de dizaines de milliers de rapport d’incidents en Afghanistan : le , le , et le , avec qui ils avaient partagé leurs données. Arme d’information massive? Une masse colossale de données, directement extraite du système informatique utilisé par l’armée en Afghanistan, prouvant notamment que les services de renseignement pakistanais instrumentalisent les talibans afghans et auraient même projeté d’assassiner le président Hamid Karzaï.
Une vision méticuleuse, détaillée et crue de la guerre, loin de l’image héroïque renvoyée par les reporters qui partent « embedded » aux cotés des soldats de la coalition occidentale. Des médias partenaires triés sur le volet Nous espérions au début un partenariat avec un réseau plus large pour mener une enquête plus importante.
Warlogs : la nouvelle guerre de l'information. Avec les warlogs, la guerre de l’info a — enfin — pris une nouvelle tournure.
Le métier redevient passionnant. Même si l’issue, comme dans toute guerre, est foutrement incertaine. Ces warlogs sont ni plus ni moins un acte fondateur comme, en son temps, l’embuscade tendue par le Drudge Report. Avec une nuance, de taille : entre une connerie de cigare présidentiel et une saleté de guerre, il y a un monde. Ce monde, c’est quinze ans d’informations sur Internet, et c’est cette histoire de warlogs, proprement sidérante. Récapitulons.
Une nouvelle forme d’informateurs A la base, l’organisation Wikileaks. Dans les troupes de Wikileaks, on retrouve un personnage charismatique, comme il se doit, l’australien Julian Assange, son porte-parole ; sorte de leurre people malgré lui, tête d’ange et calme fou, qui permet à toute une équipe de travailler dans le secret et l’anonymat. Julian Assange Porte parole de Wikileaks.org (à gauche) Victoire du « slow journalism » L’application d’Owni.fr. Des relations floues entre WikiLeaks et les humanitaires. Ils étaient de bons alliés et soutenaient jusque-là WikiLeaks face au Pentagone.
Désormais, les humanitaires élèvent eux aussi la voix contre le site Internet qui a publié, dimanche 25 juillet, plus de 70 000 documents de guerre confidentiels sur la situation en Afghanistan entre 2004 et 2009. Depuis mardi, les relations entre WikiLeaks et les associations de défense des droits de l’homme présentes en Afghanistan semblent ainsi se retourner. Le Wall Street Journal, repris par Le Monde et l’AFP, annonçait en effet l’envoi à Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, d’une lettre signée par cinq associations (dont Amnesty International) qui dénonçaient les risques que fait courir le site en publiant les noms d’Afghans qui ont collaboré avec la coalition occidentale.
Mais dans ce petit jeu, les organisations prennent leurs précautions. Contacté par les Inrocks, Amnesty International déclare n’avoir aucun commentaire et affirme « n’avoir signé aucune lettre formelle » : Des alliés d’hier. Bradley Manning, suspect numéro 1.