réflexions
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Lorsqu’Hubert Guillaud, rédacteur en chef d’ Internet Actu pose la question de l’utilité des humanités numériques dans un billet du blog qu’il anime sur l’édition numérique, La Feuille , il fait mouche. Après avoir montré à quel point ce secteur était en plein développement, il remarque cependant qu’il est parfois peu aisé d’en appréhender les retombées positives : « En tant que non-spécialiste, on a du mal à voir, à saisir l’apport de cette nouvelle forme de science, au-delà de ce qu’elle apporte pour le chercheur. On constate bien dans le Manifeste des Digital Humanities, qu’il y a d’abord cette volonté de faire communauté autour de l’intégration de la culture numérique dans les pratiques de recherche d’aujourd’hui. (...) On est beaucoup dans la structuration d’une discipline, alors qu’on souhaiterait surtout comprendre ce que ces outils apportent concrètement » [ 1 ] .
Qu’apportent les Digital Humanities ? Les quelques exemples qui ont été mis en avant la semaine dernière [ 1 ] ont montré que cet apport n’était pas négligeable ; et que d’ailleurs, derrière cette question, c’était celle de l’utilité des sciences humaines et sociales tout court qui était posée. Enfermées dans un mouvement de spécialisation toujours plus important, prisonnières de formes de communication inaccessibles au grand public, ces disciplines ont eu peine à faire la démonstration de leur intérêt pour le reste de la société ces derniers temps. La crise de la « Princesse de Clèves » en a été en quelque sorte le témoin ultime. On a vu qu’au-delà de la mise en œuvre de l’utilisation de technologies numériques pour la collecte et l’exploitation des données, l’adoption de nouveaux modes de communication de la recherche et d’interaction avec la demande sociale fait partie intégrante de ce qui constituent aujourd’hui les digital humanities .
Les liaisons numériques est un livre que devraient lire d’urgence tous ceux qui s’interrogent réellement sur le type de société vers laquelle nous emmène la révolution numérique et souhaitent se défaire de tout le chapelet de préjugés qui en encombrent la pensée. L’ouvrage d’Antonio Casilli a plusieurs grands mérites : tout d’abord, il prend à bras le corps les trois grandes interrogations qui structurent en permanence les débats du moment sur les nouvelles technologies : celles-ci se déploient-elle dans un espace à part, un « cyberespace » détaché de l’espace physique et donc sans réelle répercussion sur le « monde réel » ? la « dématérialisation » qui les accompagne est-elle le symptôme d’un oubli voire d’une véritable haine du corps qui viendrait en quelque sorte en réaction extrême au culte du corps que l’on trouve ailleurs ?