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Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par Michel Serres, de l'Académie française Avant d'enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit, au moins faut-il le connaître. Qui se présente, aujourd'hui, à l'école, au collège, au lycée, à l'université ? Ce nouvel écolier, cette jeune étudiante n'a jamais vu veau, vache, cochon ni couvée. Eduquer au XXIe siècle

Eduquer au XXIe siècle

L’école ne peut pas être un lieu de plaisir Apprendre pour un gosse, c’est pénible, c’est rébarbatif, en deux mots c’est chiant. Pour un ou une adolescente, la contrainte est encore pire vu l’antagonisme entre l’acquisition du savoir et les plaisirs de cet âge. En dehors de quelques intravertis, timides et mal dans leur peau, aucun gamin n’aime l’étude. Et même pour ces cas, si apprendre peut être supportable, leur manque de sociabilité transforme l’école en calvaire. Certains y vont sans pleurer et sans rechigner, non par satisfaction de la connaissance et de l’apprentissage, mais uniquement à cause des copains. Les méthodes dites ludiques, d’apprendre en s’amusant sans effort et sans punition, sont des escroqueries intellectuelles incapables de donner des résultats probants. L’école ne peut pas être un lieu de plaisir
On a bien du mal dans le système sclérosé qu’est le système éducatif, à revendiquer des espaces de liberté et de démocratie pour que s’expriment enfin la créativité ou les innovations souhaitées. Dans les rencontres européennes, on prône Edgar Morin et ses savoirs essentiels pour demain mais sur le terrain, les enseignants ont bien du mal à maintenir quelques savoirs essentiels d’hier. Violences, manque de valeur et de respect de l’école sont là et les apprentissages on-line individualisés mais privatisés remplacent déjà pour beaucoup d’enfants, les apprentissages publics et collectifs. Créativité dans l'éducation Créativité dans l'éducation

Petite Poucette, la génération mutante

Michel Serres, diplômé de l’Ecole navale et de Normale Sup, a visité le monde avant de l’expliquer à des générations d’étudiants. Historien des sciences et agrégé de philosophie, ancien compagnon de Michel Foucault, avec qui il a créé le Centre universitaire expérimental de Vincennes en 1968, il a suivi René Girard aux Etats-Unis, où il enseigne toujours, à plus de 80 ans. Ce prof baroudeur, académicien pas tout à fait comme les autres, scrute les transformations du monde et des hommes de son œil bleu et bienveillant. Petite Poucette, la génération mutante
C’est au début du mois de juillet 2010, qu’une journaliste (du Pèlerin magazine) me contacte pour réaliser une interview. Sans jouer les blasés, c’est quelque chose d’assez fréquent et auquel je me plie bien volontiers bien que, à chaque fois, j’ai l’impression de ne pas avoir grand chose d’original à dire. Le sujet ? “Qu’est-ce qu’un bon prof ?”. Même si, comme tous les enseignants, j’ai été amené déjà à réfléchir à cette question (depuis 30 ans…) et que mes fonctions de formateur m’ont fait approfondir le sujet, cette question là n’est pas facile.

Qu'est-ce qu'un bon prof ?

Qu'est-ce qu'un bon prof ?