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Appréhender la catastrophe

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"Comment le nucléaire marque le clivage entre productivisme et humanisme" Une Punition "divine" Le déplacement du panache radioactif de Tchernobyl par la représentation de l'activité volumique du césium 137 au dessus de l'Europe entre le 26 avril et le 6 mai 1986. Comme on l'a entendu pour Haiti ou encore pour d'autres catastrophes naturelles, « ce qui nous arrive est une punition divine » très souvent ces propos sont tenues par les victimes eux même. C' est encore vérifiée ces jours ci, au japon où le gouverneur de Tokyo M. Shintaro Ishihara déclarait à la presse que cette catastrophe était «a "punishment from heaven" because the Japanese had become greedy» une « punition divine » parce que les japonais sont devenus égoïstes. En Haiti c'était aussi pour la population, « parce que les hommes étaient devenus très méchants » déplacement du panache radioactif par la représentation de l'activité volumique du césium 137 au dessus de l'Europe entre le 26 avril et le 6 mai 1986.

Et cela nous ramène plus généralement: A la playa radioativa. Dose explosive. Bonjour à tous.Oh la belle catastrophe. Ils font pas les choses à moitié ces Nippons. Tremblement de terre, raz-de-marée, accident nucléaire, tu parles d’un tiercé gagnant. Et tout ça dans le calme s’il vous plaît. Moi je dis chapeau bas. Un peuple docile et ordonné, qui continue de travailler même si une protubérance radioactive lui pousse entre les omoplates ou que l’atelier de montage d’I-Phone se retrouve englouti sous quinze mètres de flotte.À l’heure où je pose ces lignes, je ne sais pas encore si l’un des réacteurs s’est enfin décidé à faire un grand boom, pour donner à cette succession de tragiques événements un feu d’artifice final digne de figurer au Guinness Book des idées à la con.

Expertise, qu’ils disent. Il peut sembler ridicule, pédant ou indécent de s’attarder un seul instant sur un mot, quand au même moment des milliers de personnes, pas même remises d’un tremblement de terre et d’un tsunami également gigantesques, sont maintenant face à une catastrophe d’une ampleur tout aussi terrible. Mais les mots comptent, pour ce qu’ils révèlent de l’état d’une société et parce que, dans le même temps souvent, ils visent à nous empêcher d’aller y regarder de trop près.

Expertise est ce mot qui depuis longtemps me reste en travers et plus encore depuis Fukushima. . « Expertise », lorsqu’il boute dehors les mots cités ci-dessus, ne fait pas que grincer dans la langue française comme un anglicisme[1]de retour dans sa langue d’origine. Il dit que quelque chose a changé dans la manière de voir le monde, et que cela a à voir avec le pouvoir des experts et notre dépendance face à ce pouvoir.

Autre argument : les mesures de sécurité les plus draconiennes sont prises en France. Courage. Réflexion et souvenir de journaliste: il y a pire que la guerre, il y a la radioactivité inommable. En direct, l’envoyé spécial de France 2, Alain de Chalvron, a dit il y a deux jours son angoisse face à la radioactivité qui arrivait ou qui pouvait arriver. Dans sa voix, pour ce journaliste qui en a vu d’autres, il y avait une tension inhabituelle. D’autres journalistes ont exprimé, parfois malgré eux, cette peur, cette crainte d’un inconnu qu’il est impossible de voir: les voix hésitent à en parler, à formaliser ce qui est ressenti. Etrange et révélateur de ce qui se passe.

Au cours de ma carrière déjà longue, j’ai cavalé sous les bombes ou guetté les obus, les balles et les explosions à Groznyï, en Irak, à Gaza, en Géorgie, au Liban, en Afghanistan, au Bangladesh. Et ailleurs. Pour raconter la guerre et ce qu’il y avait derrière les combats. Catastrophe Nucléaire, regarder la situation en face! La machine médiatique s'emballe, et il n'y a pas d'informations suffissantes pour connaître vraiment la situation. Il est difficile d'aller voir dans le coeur du réacteur. Mais si c'est de l'eau de mer qui est envoyé pour refroidir le coeur, c'est déjà qu'il s'agit d'une situation désespérée!

Tout le monde - les gens en responsabilité - cherche à minimiser les dangers pour calmer le jeu. Et en l'absence d'information sérieuse, je voudrais ici raconter une de mes expériences professionnelles. Le 3 Novembre 1998, l'agence internationale de l'énergie nucléaire a organisé une simulation d'accident, sur l'un des quatre réacteurs de la centrale de Paks, située à une centaine de kilomètres de Budapest en Hongrie.

Nous avions suivi les équipes d'experts des cellules de crise : en Hongrie, lieu de l'accident, en Autriche, pays limitrophe, et en France, pays éloigné. Un Hongrois disait : La situation est fondamentalement rassurante, Il n'y a un seul problème. Mangas, tsunami, Rousseau et nos fils. Chercher encore des mots qui disent quelque chose Là où l'on cherche les gens Qui ne disent plus rien Trouver encore des mots qui savent dire quelque chose Là où l'on trouve des gens qui ne peuvent plus rien. Erich Fried Michel Rostain, Le fils, Oh éditions, janvier 2011. Pur hasard ou intuition, dans la rubrique « Une semaine, une image » de Télérama de la semaine passée, Stéphane Jarno nous présentait une série de mangas de Hikaru Nakamura qui a remporté plusieurs prix au Japon et se classe parmi les premières ventes, « Les vacances de Jésus et Bouddha »colocs dans Tokyo qu'ils ne reconnaissent plus tant la ville a changé...

Comme l'évoquait ce matin , Julie Clarini dans sa chronique « Les idées claires » largement inspirée du penseur des catastrophes J.P.Dupuy, nous assistons à une « rousseauisation » de la pensée : c'est simple : le mal se voit réduit au statut de problème, de problème à régler. « Il sera difficile de dire que c'est la faute des hommes. D'une douceur... Le terrible 'avant-après' du New York Times.

Liquidés. Le pire semble possible. Et même probable. Il faut dorénavant attendre les catastrophes pour prendre au sérieux ceux qu’on appelle les pessimistes.Alors on va vérifier la résistance de nos centrales nucléaires. Mais, on ne l’avait pas fait avant? Et cette façon de réagir au pire ne peut marcher que si le pire est étranger, lointain. Trop tard pour le Japon.Il est dans la «catastrophe» etcela seul est vrai. Depuis quelques temps, il était très chic de critiquer le principe de précaution, de hurler au fascisme devant ceux qui recherchaient un minimum de sécurité. C’était si snob de vouloir prendre des risques au prétexte que le risque est le propre même de la liberté.

Pauvres cons. La pose dandy de droite, elle ne tient pas une seconde devant une centrale nucléaire qui déconne. Jusqu’à aujourd’hui, les hommes politiques de droite, les socialistes et même les communistes traitaient d’irresponsables ceux qui mettaient en cause l’énergie nucléaire. Communication et information en temps de crise. Alors que les secours continuent de risquer leur vie autour de la centrale de Fukushima, alors que les ouvriers et ingénieurs sur place ont déjà reçu des doses de radiations qui mettent leur futur en danger et viennent d'abandonner le terrain, alors que les deux derniers réacteurs de la centrale, pourtant à l'arrêt semblent rejoindre les réacteurs dont le cœur a commencé à fondre, il est déjà temps de se poser quelques questions sur le fonctionnement de l'information et de la communication mondiale depuis cinq jours.

La « communication de crise » est un art difficile : comment éviter de paniquer les populations, tout en respectant la déontologie de vérité ? Comment anticiper suffisamment pour comprendre le fil des événements, tout en se référant aux faits établis ? Une première question vient à l’esprit : pourquoi la dénégation est-elle le modèle le plus standard de l’information de crise ? La suite est à l’avenant. Tout était déjà en germe dans cette terrible dénégation.

Rappel sur la catastrophe, fin du modernisme. Fukushima: Crise d’agoraphobie ou juste une prédiction ? L’agoraphobie est une maladie mentale qui augmente la perception des risques. Cette maladie amplifie les dangers et leurs conséquences. La personne atteinte se fige et entre dans une inaction et un renfermement sur soi. La plus part des scénarios catastrophes produisent ce type de comportement. La principale interrogation aujourd’hui est de savoir si les scénarios du pire sont une forme d’agoraphobie de ceux qui les imaginent ou juste une anticipation d’une réalité apocalyptique.La commission européenne a modifié sa communication et parle d’apocalypse. Quelle est l’ampleur de celle-ci ? Combien de morts et de personnes pourraient être irradiées si les cœurs des centrales de Fukushima venaient à être à l’air libre ? Quelles seraient les conséquences humaines s’il était difficile d’intervenir pour ralentir la fusion des cœurs ?