Digital capitalism ?

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Apple ou le carré VIP du Web. Quelques rares voix discordantes ont réussi tant bien que mal à émerger du concert de louanges médiatiques qui a accompagné la sortie toute récente de l’iPad en France.

Apple ou le carré VIP du Web

Pourquoi je n’achèterai pas un iPad nous a ainsi expliqué Cory Doctorow. L’iPad, c’est de la merde ! Surenchérissait Tristan Nitot dont la formule lapidaire est d’autant plus marquante que le garçon est d’ordinaire calme et courtois (il s’en justifie plus longuement sur Mac4Ever). Et puis il y a eu également ce brillant exposé d’Affordance.info, dont le titre La boutique contre le bazar en rappelle un autre. Ce billet s’appuyant tout du long sur un article du New York Times qui anticipe rien moins que la mort du Web tel que nous le connaissons, nous avons eu envie d’en savoir plus en le traduisant ci-dessous[1] La mort du Web ouvert The Death of the Open Web Virginia Heffernan - 17 mai 2010 - The New York Times(Traduction Framalang : Barbidule et Goofy) Le Web est une gigantesque et foisonnante zone commerciale.

La boutique contre le bazar. Imaginons le web comme une ville.

La boutique contre le bazar

Avec son centre : urbain, social ; avec ses activités : trouver un job, faire ses courses ; avec ses services ; Et puis avec sa banlieue mal famée, ses quartiers "chauds" (spywares, spams et malwares). L'article du NYTimes "The Death of The Open Web" (intégralement traduit sur Framablog) file cette métaphore jusqu'à nous amener dans l'une de ces si typiques entrées de mégalopoles modernes : les zones de chalandise que constituent les "magasins" ou autres boutiques, plus précisément celles d'Apple (avec l'IPhone et l'Ipad notamment, puisque ce sont là les deux éléments centraux dudit article).

"People who find the Web distasteful — ugly, uncivilized — have nonetheless been forced to live there: it’s the place to go for jobs, resources, services, social life, the future. But now, with the purchase of an or an , there’s a way out, an orderly suburb that lets you sample the Web’s opportunities without having to mix with the riffraff. White flights. « Nous n’exploitons pas le réseau, c’est le réseau qui nous expl. Matteo Pasquinelli est chercheur à la Queen Mary University de Londres.

« Nous n’exploitons pas le réseau, c’est le réseau qui nous expl

Dans son livre Animals Spirits (1), le théoricien des médias identifie les conflits sociaux et les modèles économiques à l’œuvre derrière la rhétorique de la culture libre. Dans votre livre, vous critiquez le «digitalisme» contemporain, soit la croyance selon laquelle Internet est un espace libre de toute forme d’exploitation, qui nous mènerait naturellement vers une société du don. Nous pensions qu’Internet était une sphère en constante expansion, capable d’avoir une incidence sur notre société. Aujourd’hui, nous réalisons que l’espace du Net s’est inversé : ce n’est pas nous qui exploitons le réseau, mais plutôt le réseau qui nous exploite.

Si, dans les années 90, nous faisions le rêve politique d’une autonomie du réseau, aujourd’hui, nous ne faisons que survivre dans un paysage dominé par les monopoles. Vous soulignez l’asymétrie entre le numérique et le matériel, notamment dans l’économie de la culture. Effet de serfs sur la Toile. Internet serait-il en train de devenir la matrice d’un nouveau système féodal, où une poignée de grands seigneurs exploitent des légions de serfs ?

Effet de serfs sur la Toile

Et non cette société de pairs tant célébrée ? On avait déjà l’impression ces derniers temps, en se baladant sur le Net, d’une foule de gueux faisant la manche en ligne, histoire de récupérer quelques sous auprès des généreux internautes afin de réaliser un film, sortir un disque ou financer une ascension au Népal. Une pratique en pleine expansion appelée crowdfunding , sorte de palliatif honteux de la «culture libre» et de l’économie du don : un pis-aller pour financer la création. Ce dont l’internaute se doute moins, c’est qu’il est lui-même exploité, souvent à son insu. Une exploitation soft et sans douleur, parfois même consentie en échange de services gratuits ou de menues compensations financières, selon le système du crowdsourcing . « Tout le monde a intérêt à transformer Internet en Minitel »- E.

Héberger ses vidéos sur YouTube ou utiliser un compte Hotmail, est-ce encore Internet ?

« Tout le monde a intérêt à transformer Internet en Minitel »- E

A l'origine, le net a la particularité d'être un réseau où rien n'est centralisé, où les données ne sont pas stockées dans un seul et même endroit. Or pour Benjamin Bayart, président de FDN (French Data Network) , le plus vieux fournisseur d'accès Internet français, cette structure est en danger. Selon lui, un ensemble de décisions politiques, économiques et techniques tendent à transformer, depuis quelques années, Internet en réseau finalement proche du Minitel. Parallèlement il dénonce les atteintes à la neutralité du net . Notamment par les projets de loi de filtrage actuellement en préparation par le gouvernement français : Loi Création et Internet, Charte de confiance, etc.