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Technophobie et rejet des sciences

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La fin du monde par la science : genèse d'une angoisse. La grande conférence internationale sur le climat, dite « COP21 », va s’ouvrir dans quelques jours à Paris, et réunira 196 États.

La fin du monde par la science : genèse d'une angoisse

Elle vise au premier chef à obtenir un accord universel et, si possible, juridiquement contraignant sur les émissions de gaz à effet de serre, avec le but de maintenir le réchauffement climatique au XIXe siècle en dessous de deux degrés Celsius. Or il se trouve qu’à lire beaucoup des articles qui nous arrivent en déferlante à cette occasion, l’historien ne peut qu’être sensible à une certaine myopie rétrospective de bien des commentateurs.

Beaucoup paraissent croire en effet que l’angoisse que suscite, fort légitimement, l’emprise délétère des humains sur la planète serait toute récente, exprimée et portée par l’écologie politique contemporaine. Rien n’est plus faux en réalité et l’émission de ce matin va s’attacher à le démontrer. Programmation sonore : Eugène HUZAR, La fin du monde par la science. 1Sous le titre La fin du monde par la science Jean-Baptiste Fressoz et François Jarrige nous offrent la réédition de deux textes savoureux d’un auteur oublié, Eugène Huzar: La fin du monde par la science (1855) et L’arbre de la science (1857).

Eugène HUZAR, La fin du monde par la science

Eugène Huzar (1820-1890), frotté d’une culture scientifique et technique sommaire – officier de santé et avocat, il fréquente le Centre national des arts et métiers et brevette quelques inventions – est issu de la bonne bourgeoisie parisienne catholique. Ses deux ouvrages se présentent comme une critique rationnelle et eschatologique de la technologie naissante (au sens de lien de plus en plus étroit entre science et technique, ou si l’on préfère, entre science et industrie).

Du développement de la science appliquée adviendra dans les siècles à venir la chute de l’Humanité car l’Homme a commis le péché originel: il a cueilli le fruit de l’Arbre de la science. Lemouvementsocial.net François Jarrige, Techno-critiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences. Suite aux révolutions industrielles, la technique s’est imposée aux sociétés modernes comme un support de progrès inéluctable.

lemouvementsocial.net François Jarrige, Techno-critiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences.

Mais alors que les dernières décennies sont marquées par une succession de catastrophes sanitaires et environnementales – en grande partie dues à des imprévus ou dérives technologiques – les critiques à l’égard des technologies de tous ordres occupent désormais une place considérable dans l’espace public. Certains auteurs associent la visibilité nouvelle de ces démarches réflexives à un basculement du modèle industriel vers l’avènement d’une société du risque1. Les critiques portées sur la technique et l’idée du progrès qui lui est associée, ont pourtant jalonné l’histoire des sciences et des technologies. C’est au cours du XIXe siècle que la technique émerge comme valeur centrale des sociétés modernes.

CNRS - Ils ont critiqué le progrès [interview] « Grincheux », « réac », « prophète de malheur » sont les sobriquets souvent réservés à ceux qui questionnent les choix techniques de leur époque.

CNRS - Ils ont critiqué le progrès [interview]

L’historien François Jarrige revient pour « CNRS Le Journal » sur le mouvement des techno-critiques, né aux débuts de l'ère industrielle. Briseurs de machines, paysans anti-pesticides ou intellectuels sceptiques quant aux bienfaits du progrès, les « techno-critiques » interrogent la place des techniques dans nos sociétés depuis plus de 200 ans.

Pourquoi raconter leur histoire ? François Jarrige : Dans ce livre, j’ai tenté une synthèse historique des différents auteurs et mouvements « techno-critiques », un néologisme forgé dans les années 1970 par le philosophe Jean-Pierre Dupuy. François Jarrige : « La technophobie est un leurre » – Le Comptoir. Vous avez rédigé plusieurs ouvrages liés de près ou de loin à la question de la technique, mais comment la définissez-vous ?

François Jarrige : « La technophobie est un leurre » – Le Comptoir

En réalité, les livres dont vous parlez évoquent assez peu « la technique » en général, ils essaient plutôt d’explorer les techniques dans leur diversité, la multitude des objets et la façon dont les sociétés du passé les appréhendaient. Je ne suis pas philosophe et n’essaie pas de définir ce que serait une essence de la technique ou du phénomène technique, je suis historien et ce qui m’intéresse davantage, c’est de comprendre l’invention d’une certaine idée de la technique, sa « sacralisation », et ses effets sociaux et écologiques. . « Au XVIIIe siècle […] ce que nous nommons aujourd’hui « la technique » n’existait pas. » Il est courant de désigner la technique comme neutre : un couteau, après tout, peut être utilisé à la fois pour tuer quelqu’un et pour trancher un bout de viande.