La gauche abandonne les classes populaires ?

Facebook Twitter

La gauche cherche ses ouvriers. Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par Alexandre Léchenet La visite d'usine a été le sport préféré des candidats à l'élection présidentielle en 2012.

La gauche cherche ses ouvriers

Il faut dire que le vote ouvrier, capté par Nicolas Sarkozy en 2007, était très convoité par les principaux candidats. Au Parti socialiste, la question est dans les esprits depuis la publication d'une note de Terra Nova en mai 2011 qui proposait une nouvelle "coalition électorale" laissant de côté l'électorat populaire pour se concentrer sur les classes moyennes à travers les jeunes, les femmes et la "France de la diversité" selon les mots d'Olivier Ferrand, feu le président du club de réflexion progressiste.

Camille Peugny » Blog Archive » Le Ministre et la lutte des classes. Visiblement, pour le Ministre du Budget, parler de « classes sociales » semble constituer le comble du ridicule.

Camille Peugny » Blog Archive » Le Ministre et la lutte des classes

En affirmant fièrement, face à Jean-Luc Mélenchon, lors d’un débat télévisé, qu’il n’avait jamais cru à la « lutte des classes », Jérôme Cahuzac, croyant sans doute faire assaut de modernité, a en réalité révélé l’incapacité des socialistes à penser la conflictualité du social, ou du moins à la traduire en choix politiques. Inutile, ici, de jouer aux exégètes de Marx : l’essentiel est ailleurs. Front national : mêmes causes, mêmes effets... Dans une parfaite prescience de ce qu’est notre condition actuelle, Rousseau ne cachait pas être effaré qu’on puisse appeler « démocratie » un système qui donne la parole au peuple une fois tous les cinq ans pour le renvoyer à la passivité et à l’inexistence politique tout le reste du temps.

Front national : mêmes causes, mêmes effets...

Il vaut donc mieux ne pas louper l’ouverture de la fenêtre quinquennale ! — coup de chance c’est maintenant… comme en témoignent les cris d’horreur des médias redécouvrant qu’il existe un électorat d’extrême droite, peut-être même qu’il existe un électorat tout court, redécouverte il est vrai facilitée chaque fois que l’électorat en question les contredit. Préface de « L'Art d'ignorer les pauvres » « Il y a deux manières de favoriser le retour au travail des chômeurs, expliquait en 2010 l’hebdomadaire libéral The Economist.

Préface de « L'Art d'ignorer les pauvres »

L’une est de rendre inconfortable ou précaire la vie de ceux qui reçoivent une allocation chômage ; l’autre consiste à faire que la perspective d’un emploi devienne viable et attirante. » La question de la « viabilité » d’une recherche d’emploi est cependant posée quand le taux de chômage atteint ou dépasse les 10 %. Et l’« attrait » du travail salarié décline quand les rémunérations se tassent, quand le stress et les pressions se multiplient. Reste alors à rendre encore plus « inconfortable ou précaire » le sort des chômeurs. Telle est la stratégie que les libéraux au pouvoir et les organisations économiques internationales poursuivent depuis une trentaine d’années.

Les articles de John Galbraith et de Laurent Cordonnier le rappellent avec une ironie ajustée au cynisme qu’ils exposent. Une nouvelle classe sociale : le précariat  Si la gauche européenne ne répond pas aux aspirations des salariés les plus fragiles et les plus exposés à la crise, c’est l’extrême droite qui s’en chargera.

Une nouvelle classe sociale : le précariat 

Pour la première fois de son histoire, en Grande-Bretagne comme dans le reste de l’Europe, la gauche traditionnelle n’a pas de programme progressiste. Elle a oublié un principe fondamental : tous les mouvements progressistes se sont construits sur la colère, les besoins et les aspirations de la nouvelle classe émergente. Aujourd’hui, cette classe, c’est le “précariat”. Les manifestations qui se multiplient à travers le monde témoignent de la formation de ce précariat, et l’Espagne en est le dernier exemple en date : les indignados rejettent les partis politiques traditionnels tout en formulant des appels au changement assez fourre-tout. Ces ouvriers qui n'entendent plus la gauche - Société. Les ouvriers et la gauche, l'histoire d’un divorce plus que sociologique.

Ces ouvriers qui n'entendent plus la gauche - Société

Et de la tentative de la gauche de changer de terrain pour retrouver un écho auprès des catégories populaires. Les ouvriers placent le travail (38%) au panthéon de leurs valeurs avec le respect (41%) loin devant la solidarité (31%). Or la gauche est avant tout associée à la solidarité par l’opinion et plus encore par ses sympathisants. Dans le même temps, les Français estiment que la gauche délaisse le travail : seule une minorité de l’opinion (18%) et des ouvriers (23%) considèrent que le travail est aujourd’hui une valeur de gauche.

Fin du vote de classe. «Sans les classes populaires, la gauche ne sert plus à rien, elle n’est plus. Il y a quinze jours, le think tank Terra Nova suggérait au Parti socialiste de ne plus chercher les suffrages de la classe ouvrière et de viser plutôt «les diplômés, les jeunes, les minorités, les femmes».

«Sans les classes populaires, la gauche ne sert plus à rien, elle n’est plus

Conseiller politique de Lionel Jospin à Matignon de 1997 à 2002, Aquilino Morelle lui répond. Le PS doit-il renoncer à reconquérir les classes populaires ? Les classes populaires sont de retour en France. LE MONDE | • Mis à jour le | Par Christophe Guilluy, géographe En quelques décennies le Front national est devenu le porte-voix d'une part croissante des catégories populaires.

Les classes populaires sont de retour en France

Cette évolution n'est pas la résurgence d'un populisme ancien ou la conséquence d'une droitisation de l'opinion, mais il s'agit d'un processus contemporain lié à une recomposition sociologique et politique sans précédent. Le retour des classes populaires est ainsi corrélé à l'implosion de la classe moyenne tandis que la dynamique frontiste est d'abord le fruit de la fin de la bipolarisation. Primaire : pour en finir avec la «prolophobie» Du même auteur Les primaires ont une vertu fondamentale : s’adresser à l’ensemble du pays non seulement pour désigner un candidat, pour définir un projet mais également pour changer la stratégie électorale de la gauche.

Primaire : pour en finir avec la «prolophobie»

Au-delà des rebondissements de la campagne, la gauche a l’occasion d’opérer un réalignement électoral conforme à ses valeurs et aux attentes du pays.