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Idée terres

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«Une politique de peuplement, c'est une reconquête républicaine des quartiers» L'Europe à l'assaut des terres agricoles mondiales. C’est la ruée sur les terres arables. La main mise par les sociétés agro-industrielles et les spéculateurs, notamment européens, sur les terres agricoles mondiales n’a jamais été aussi vigoureuse. En 2014, selon Land Matrix, le site internet qui recense les contrats documentés — tous ne le sont pas, c’est un business encore assez opaque —, près de 36 millions d’hectares de terres, à l’échelle mondiale, ont fait l’objet de transactions foncières, et 14 millions d’hectares sont en cours de négociation.

Certes, l’historique de ces données permet de voir qu’environ un contrat sur sept (13 %) n’aboutit pas. Mais de nouvelles tractations s’ouvrent à chaque instant, et les acquisitions de larges étendues de terres arables progressent inexorablement. Chaque jour, des petits paysans (dont une part importante de femmes) se voient dépossédés de leur unique moyen de subsistance. Accaparement de terres : la Chine, l'Inde et les États-Unis aussi... Lors d’une présentation au cours de laquelle je parlais de la série de cartes des appropriations de terres à l’étranger par les entreprises européennes, quelqu’un dans le public me posa cette question : Vous évoquez les pays européens, soit, mais et la Chine en Afrique, et les milliers de paysans chinois qui s’installent en Afrique, vous en dites quoi ?

La Chine fait peur, à tort ou à raison, mais avec tous ses Chinois, elle fait peur. Les Chinois, donc, sont nombreux. Avec l’élévation du niveau vie, la demande en viande a explosé alors que les terres arables du pays ne représentent toujours qu’environ 8 % ou 9 % du territoire chinois. Comme les pays développés, la Chine s’est elle aussi lancée dans la conquête de terres fertiles hors de ses frontières. Mais son avidité en terres arables est comparativement moins agressive que celle de l’Italie, des Pays-Bas ou du Royaume-Uni compte tenu de sa population bien plus importante.

À consulter : L’Europe à l’assaut des terres agricoles mondiales. L’accaparement des terres ou comment la loi expulse les gens de leurs terres. Pervertissant la vision classique du rapport de pouvoir public/privé, certains pays africains ont repris à leur compte le slogan d’un journal de l’Europe de l’Est lors d’une visite du Chancelier allemand en 1999 : "Nous pardonnons aux Croisés et attendons les investisseurs".[1] Comme l’a souligné Ulrich Beck " dans un contexte global où le capital est libre de circuler sans restriction et où la compétition entre pays est la règle plutôt que l’exception, la menace ne provient plus du risque d’être absorbé par le paradigme dominant, mais bien plus d’en être ignoré".

Il n’est donc pas surprenant que, restreints aux plans économiques et idéologiques, les participants à la compétition globale pour les investissements, qui sont surtout subventionnés par des taux d’intérêts bas et par des alchimies financières, participent à une course globale régulatrice qui nivelle tout, où tout est à vendre y compris la terre. Accaparement public des terres comme méthode d’expulsion directe. Vol de terres en Ethiopie. « Vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne ! »Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes. Etat parmi les plus densément peuplé du continent africain, l’Ethiopie compte 85 millions d’habitants dont 83 % en milieu rural, vivant essentiellement de l’agriculture familiale.

C’est une république fédérale composée de neuf régions fondées à l’origine sur la distribution géographique des familles ethno-linguistiques. Mais le pouvoir autoritaire, détenu par le tigréen Meles Zenawi (mort en 2012) depuis la chute de la junte militaire en 1991, s’est appliqué à placer ses hommes à la tête de toutes les régions. Dans cet Etat autoritaire, le contrôle des médias et des communications est strict, l’accès à Internet quasi inexistant. Journalistes et opposants au régime subissent quotidiennement les violences policières et sont souvent arrêtés. Code foncier, réforme agraire Remembrement à marche forcée.