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Mirbeau : Le Journal d'une femme de chambre (et ses adaptations)

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Diary Of A Chambermaid (1964) - Feature. Le journal d'une femme de chambre de Luis Buñuel. Journal d'une Femme de Chambre de Benoit Jacquot - Bande-annonce. «Journal d’une femme de chambre»: un film guerrier et dangereux. Temps de lecture: 5 min Une lumière et un éclat, une vivacité en mouvement.

«Journal d’une femme de chambre»: un film guerrier et dangereux

C’est cela, d’abord. La présence assez sidérante et toute à fait réjouissante de cet être qui est du même élan Léa Seydoux et Célestine, le personnage qu’elle interprète. Elle existe et bouscule, séduit et rembarre. Filmée par Benoit Jacquot (d’une manière radicalement différente de leur précédente réussite commune, Les Adieux à la Reine), la jeune actrice qui ne disparaît nullement derrière son personnage et la femme de chambre inventée il y a 115 ans par Octave Mirbeau trouvent une alliance quasi-guerrière, conquérante, et qui bouleverse tout sur son passage. Cette force de déplacement est tout à fait indispensable dans le cas d’une mise en scène ayant à affronter une double pesanteur: celle du film d’époque, et celle de l’adaptation littéraire ayant déjà donné naissance à deux réalisations majeures de l’histoire du cinéma, signées respectivement Jean Renoir et Luis Buñuel, excusez du peu.

Filmer contre. Octave Mirbeau - Perversions et crises de la société dans Le Journal d’une femme de chambre - Presses universitaires de Caen. 1 Jean Renoir avait déjà réalisé une première adaptation du roman en 1946 à Hollywood, sous le titre (...) 1Le Journal d’une femme de chambre de Mirbeau nous propose une vision proliférante, débordante de la sexualité, qui semble animer tous et chacun.

Octave Mirbeau - Perversions et crises de la société dans Le Journal d’une femme de chambre - Presses universitaires de Caen

Elle n’épargne surtout pas Célestine, qui malgré son positionnement de témoin, n’échappe pas à la dépravation et à la contagion des perversions qu’elle observe. La femme de chambre de Mirbeau est avant tout un être sensuel. On est immédiatement surpris, en voyant l’adaptation que fait Buñuel du roman1, de constater que sa Célestine est au contraire un personnage froid, rationnel et surtout maîtrisé. 2 « Rencontre avec Jean-Claude Carrière », Cahiers Octave Mirbeau, 2, 1995. 3Ce resserrement et cette apparente désexualisation des personnages déconcertent la critique, qui réserve au film un accueil plus que mitigé : au lieu du brûlot subversif annoncé, elle n’y voit qu’une édulcoration du roman de Mirbeau.

Un monde de pulsions 3 S. 5 M. 12 G. Le Journal d'une femme de chambre de Buñuel, d'après le roman d'Octave Mirbeau. Après M.

Le Journal d'une femme de chambre de Buñuel, d'après le roman d'Octave Mirbeau

Martov et Jean Renoir, c'est Luis Buñuel qui adapte le roman d'Octave Mirbeau paru en 1900, Le Journal d'une femme de chambre. Au casting, on retrouve bien entendu Jeanne Moreau, mais aussi Georges Géret et Michel Piccoli. Le film est sorti dans les salles le 4 mars 1964. Si l'intrigue du roman d'Octave Mirbeau se déroulait à la fin du XIXe siècle, le réalisateur Luis Buñuel a préféré ancrer l'action de son film dans les années 1930, l'année même de sa propre arrivée en France. Signalons que, pour ce film qui marque le début de sa « période française », Buñuel collabore avec l'écrivain Jean-Claude Carrière pour l'écriture du scénario. Renoir, Buñuel: les précédentes adaptations du «Journal d'une femme de chambre»

Avant le film de Benoît Jacquot, en compétition à la Berlinale, le roman d'Octave Mirbeau «Le Journal d'une femme de chambre», a déjà été adapté au cinéma de manière très différente par deux réalisateurs d'envergure, Jean Renoir et Luis Buñuel.

Renoir, Buñuel: les précédentes adaptations du «Journal d'une femme de chambre»

Après une première version cinématographique russe muette recensée en 1916 (par M. Martov), le livre de Mirbeau écrit en 1900 a d'abord été porté à l'écran par Jean Renoir en 1946, dans un film américain et en anglais, «The Diary of a Chambermaid». Le Journal d'une femme de chambre, de Luis Buñuel (Le Journal d’une femme de chambre) - Critikat. Premier des sept films de la période française de Buñuel, Le Journal d’une femme de chambre (1963) est réputé le moins énigmatique d’entre eux.

Le Journal d'une femme de chambre, de Luis Buñuel (Le Journal d’une femme de chambre) - Critikat

Point d’entrée idéal dans l’œuvre du cinéaste, il détient pourtant une énigme de taille, proprement insoluble : l’impénétrable Célestine, personnage de petite bonne d’une ambiguïté complète, magistralement interprété par Jeanne Moreau. Le Journal d'une femme de chambre. Page:Mirbeau - Le Journal d’une femme de chambre.djvu/354. Naturelle.

Page:Mirbeau - Le Journal d’une femme de chambre.djvu/354

Ah ! C’est extraordinaire… On exige de nous toutes les vertus, toutes les résignations, tous les sacrifices, tous les héroïsmes, et seulement les vices qui flattent la vanité des maîtres et ceux qui profitent à leur intérêt : tout cela pour du mépris et pour des gages variant entre trente-cinq et quatre-vingt-dix francs par mois… Non, c’est trop fort ! Page:Mirbeau - Le Journal d’une femme de chambre.djvu/353. Forment ; vous traversez des milieux sociaux différents et ennemis ; et les passions restent les mêmes, les mêmes appétits demeurent.

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Dans l’appartement étriqué du bourgeois, ainsi que dans le fastueux hôtel du banquier, vous retrouvez des saletés pareilles, et vous vous heurtez à de l’inexorable. En fin de compte, pour une fille comme je suis, le résultat est qu’elle soit vaincue d’avance, où qu’elle aille et quoi qu’elle fasse. Les pauvres sont l’engrais humain où poussent les moissons de vie, les moissons de joie que récoltent les riches, et dont ils mésusent si cruellement, contre nous… On prétend qu’il n’y a plus d’esclavage… Ah ! Le journal d'une femme de chambre (1900) - Société Octave Mirbeau. La pre­mière mou­ture du roman a paru en feuille­ton dans L’Écho de Paris, du 20 octobre 1891 au 26 avril 1892.

Le journal d'une femme de chambre (1900) - Société Octave Mirbeau

Mirbeau tra­verse alors une grave crise morale et conju­gale, se sent frap­pé d’im­puis­sance et se dit dégoû­té de la forme roma­nesque en géné­ral et de son feuille­ton en par­ti­cu­lier. Aussi atten­dra-t-il presque neuf ans avant de publier son roman en volume, en juillet 1900, après l’a­voir com­plè­te­ment rema­nié, et avoir situé le récit pen­dant l’af­faire Dreyfus, dont il sort plus que jamais dégoû­té des hommes. Mise à nu des tur­pi­tudes sociales Le jour­nal de Célestine est d’a­bord une belle entre­prise de démo­li­tion et de démys­ti­fi­ca­tion.

Mirbeau y donne la parole à une cham­brière, ce qui est déjà sub­ver­sif en soi.