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Uchronie

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Usages de l’histoire contrefactuelle - Histoire-géographie - Éduscol. Les enseignants sont parfois confrontés à la même question faussement naïve de la part des élèves : « Que ce serait-il passé si tel ou tel événement n’avait pas eu lieu ?

Usages de l’histoire contrefactuelle - Histoire-géographie - Éduscol

» Deux historiens, Pierre Singaravélou et Quentin Deluermoz, viennent de publier un ouvrage centré sur l’histoire contrefactuelle et développent longuement leur analyse dans un entretien avec le journal du CNRS. Ils montrent notamment que l’intérêt de cette démarche est d’effacer la distance entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, permettant ainsi de libérer davantage le raisonnement. Le journal Slate.fr publie d’ailleurs un exemple d’histoire contractuelle avec un long article sur les archives du réformateur chinois Zhao Ziyang, icône des événements de 1989 et écarté du pouvoir par une purge la même année. Que serait devenue la Chine si Zhao Ziyang était resté au pouvoir ?

C’est ce que se demandent trois spécialistes de la Chine. Actualité à exploiter avec : Réimaginer l’Histoire pour mieux la comprendre. Que serait-il advenu si Hitler était devenu un peintre reconnu en 1914, ou si Napoléon avait vaincu à Waterloo ?

Réimaginer l’Histoire pour mieux la comprendre

Deux historiens proposent de revisiter leur discipline en partant de ce genre de raisonnements contrefactuels. Dans leur ouvrage Pour une histoire des possibles. Analyses contrefactuelles et futurs non advenus, récemment paru au Seuil, Pierre Singaravélou, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et Quentin Deluermoz, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris 13, tous deux membres de l’Institut universitaire de France, tentent de cerner les conditions d’un usage légitime de l’uchronie dans les sciences sociales. Ils repensent ainsi les enjeux de la causalité et de la vérité, des rapports entre histoire et fictions, entre déterminisme et contingence, allant jusqu’à ouvrir la voie vers une sorte d’histoire expérimentale.

Que ce serait-il passé si la chute du Mur de Berlin n’avait pas eu lieu en novembre 1989 ? Résister aux « yakafokon » et autres idées simples… Dans l’avant-dernier chapitre de Zadig, il y a cet épisode où un ermite d’apparence sage incendie la maison de son hôte et tue un jeune innocent, à la grande surprise de Zadig.

Résister aux « yakafokon » et autres idées simples…

Peu après, l’ermite lui déclare : « Apprenez que sous les ruines de cette maison où la Providence a mis le feu, le maître a trouvé un trésor immense : apprenez que ce jeune homme dont la Providence a tordu le cou aurait assassiné sa tante dans un an, et vous dans deux. » Zadig s’écrie alors : « Qui te l’a dit, barbare ? ; et quand tu aurais lu cet événement dans ton livre des destinées, t’est-il permis de noyer un enfant qui ne t’a point fait de mal ?

» Dans Minority Report, un des meilleurs films de Spielberg, nous sommes dans une société où des brigades spéciales sont chargées de neutraliser des assassins virtuels, juste avant qu’ils commettent leur crime, et alors que ceux-ci n’ont encore « rien fait ». Bien évidemment, nous sommes en plein dans la complexité . Orient). Si les Aztèques nous avaient conquis (et autres récits d'histoire contrefactuelle) - Le Temps. Jésus a 97 ans, «il souffre d’arthrose et son esprit est ailleurs, la plupart du temps».

Si les Aztèques nous avaient conquis (et autres récits d'histoire contrefactuelle) - Le Temps

Il meurt «en deux minutes», terrassé par une attaque, «seul dans sa chambre», mais reconnu dans tout l’Empire romain comme un prophète à part entière. Dix-sept siècles plus tard, en 1848, les troupes chinoises entrent triomphalement à Londres et la reine Victoria se prosterne devant l’empereur Daoguang. Pour en arriver là, les Chinois ont successivement financé la guerre contre Napoléon, ruiné l’industrie du Lancashire en inondant le pays de textiles bon marché et envoyé leurs armées lorsque les Britanniques se sont mis en tête de protéger leur économie en augmentant les droits de douane. Entre-temps, en 1519, la cavalerie de Moctezuma a repoussé sans peine «la poignée de soldats espagnols menée par Cortès» et s’est lancée dans la traversée de l’océan pour conquérir l’Europe. Hitler artiste, Etats-Unis nazis Zheng He avant Colomb Pas besoin de s’excuser, rétorquent les auteurs. Quentin Deluermoz et Pierre Singaravélou : «Imaginer d’autres fins possibles permet de défataliser l’histoire»

On appelle cela un raisonnement «contrefactuel».

Quentin Deluermoz et Pierre Singaravélou : «Imaginer d’autres fins possibles permet de défataliser l’histoire»

Blaise Pascal l’utilisait déjà en se demandant quel visage aurait eu le monde si le nez de Cléopâtre avait été plus court. Imaginer ce que serait notre présent si le passé avait été différent est une tentation qui ressurgit à chaque fois que l’avenir semble bien ouvert et incertain - après la Révolution française, quand le genre de l’uchronie connaît son heure de gloire, ou depuis la fin de la guerre froide. Quentin Deluermoz a beaucoup travaillé sur les révolutions. Pierre Singaravélou sur le fait colonial et l’histoire globale (1). Dans leur ouvrage Pour une histoire des possibles (Seuil), ils plaident pour que le contrefactuel entre dans la boîte à outils de l’historien.