Regards alternatifs sur la monnaie. Contrairement à ce qui est affirmé bien souvent, la critique sociale de l’économie n’a pas disparue. Plus encore, les expériences sociales, entendues comme exercice pratique d’une critique de l’économie capitaliste et recherches concrètes d’alternatives, n’ont jamais cessé d’exister. L’apparition en France d’un grand nombre de Systèmes d’échanges locaux (SEL) au milieu des années 90 en est une parfaite illustration. Les SEL sont nés d’un double refus : refus de la marchandisation des rapports humains et, aussi et surtout, refus de l’argent comme facteur premier de domination et d’exclusion des échanges économiques et symboliques. Cette récusation d’un capitalisme violent et aveugle aux souffrances sociales ne se situe pas en marge des mouvements sociaux et des luttes anticapitalistes. Elle en est une dimension constitutive. Elle en est aussi l’une des critiques possibles.
Ce texte se propose de l’expliciter davantage. Origines des SEL Une morale des échanges Mais il y a plus. La richesse des monnaies locales. Est-on riche quand on a deux fois plus d’emplois que d’actifs sur son territoire ? Quand on compte un million de mètres carrés de bureaux dont plusieurs sièges d’entreprises nationales et internationales ? Quand l’ensemble des entreprises installées sur le territoire dégagent un chiffre d’affaires de 29 milliards d’euros ?
Eh bien non ! Nanterre est dans cette situation économique a priori enviable. Pourtant, 6 000 personnes y sont à la recherche d’un emploi et le revenu fiscal médian ne s’élève qu’à 15 700 €, bien en dessous des médianes départementales (23 600 €), régionales (20 500 €) et même nationale (17 500 €). Ainsi peuvent coexister sur un même territoire des entreprises en croissance et des populations modestes, voire pauvres. La richesse n’est pas ce que l’on croit. Quelques cas européens Mais avoir un regard juste ne suffit pas. La monnaie complémentaire : une chance pour Nanterre De telles pistes ne sont pas incongrues en France. Métropolitiques. Éditorial. Métropolitain, car il nous semble que les régions métropolitaines organisées autour d’une ou plusieurs grandes agglomérations sont les nouvelles unités structurantes de nos sociétés. Alors que les divisions traditionnelles - État, ville, campagne - perdent de leur pertinence, la mobilité croissante, la mise en réseau des activités et des systèmes de production dessinent de nouveaux territoires.
Partout dans le monde, de nouvelles frontières traversent les centres villes, les banlieues et les espaces ruraux. Décrire et penser la ville dans sa complexité et son articulation avec son environnement est essentiel pour comprendre l’évolution de notre société mondialisée. Politique, car la question n’est pas uniquement affaire de spécialistes. L’aménagement, la construction, l’entretien et les usages de l’espace concernent tout le monde. Formidable lieu de concentration des ressources financières, culturelles et humaines, les territoires métropolitains cristallisent les inégalités sociales. De Bedzed à Belleville : de l’éco-quartier à l'éco-rue. Le carrefour de Belleville, 2005 © S. Tonnelat L’éco-quartier, une figure désirée mais contestable Il n’est plus en France une ville de petite ou moyenne importance qui ne s’enorgueillisse d’un projet d’aménagement urbain vertueux sinon exemplaire du point de vue du développement durable. L’éco-aménagement, poussé entre autres par les exigences du « Grenelle de l’environnement », est en passe de s’imposer comme le – et non la – mode d’aménagement urbain contemporain.
Sans remettre en question les principes écologiques qui sous-tendent ces initiatives, on peut au vu des premiers résultats construits s’interroger sur la capacité des formes urbaines produites à répondre à leurs objectifs. Ceux-ci sont multiples et il ne s’agit pas ici d’en dresser la liste exhaustive. Tout d’abord, si le travail sur une surface relativement réduite induit le sentiment d’appartenance, il génère aussi, inévitablement, l’exclusion. L’éco-rue, une démarche expérimentale. Quand vieillir passe par l'habitat autogéré. Dossier : Effervescences de l’habitat alternatif Si l’emploi des seniors retient aujourd’hui l’attention des politiques et des médias, les problématiques liées au vieillissement s’imposeront demain aux pouvoirs publics avec bien plus de force encore.
L’habitat des personnes âgées est certes à l’agenda des politiques publiques, notamment avec le déploiement prévu d’un arsenal d’aides à la personne censées soutenir le maintien à domicile. Cependant il n’a encore jamais été envisagé de soutien institutionnel large à des solutions alternatives d’habitat, à l’instar par exemple de ce qui a cours au Danemark (Brenton, 1998). Pourtant, en France, 82% des personnes âgées ne souhaitent pas aller en maison de retraite, et 79% des enfants qui y placent leurs parents le font à contrecœur (Sofres, 2009). Des projets portés par les femmes À partir de 65 ans, 77% des femmes vivent seules, alors que 75% des hommes de la même tranche d’âge vivent en couple (INSEE, 2010).
Un idéal autogestionnaire. Inscrire les trames vertes dans une histoire de l’aménagement. Les trames vertes sont des « outils d’aménagement du territoire constitués de grands ensemble naturels et de corridors les reliant ou servant d’espace tampon ». Elles sont « complétées par une trame bleue formée des cours d’eau et masses d’eau et des bandes végétalisées généralisées le long de ces cours et masses d’eau » (Grenelle de l’environnement – lettre de mission à Paul Raoult – chantier 11 – 26 décembre 2007). Prévues par la loi « Grenelle 1 » complétée par le projet de loi « Grenelle 2 » portant engagement national pour l’environnement, elles sont destinées avant tout à maintenir et à développer la biodiversité, notamment en milieu urbain, en diminuant la fragmentation entre les habitats de différentes espèces animales et végétales.
Elles constituent également de véritables outils d’aménagement. La multiplicité des objectifs cachés derrière la notion de trame verte et bleue est sans doute essentielle pour l’acceptabilité de ces projets. Pour un programme de développement durable en Île-de-France. Malgré une urgence écologique mondialement reconnue, depuis le dernier sommet de Copenhague (2009), les changements indispensables pour réduire les émissions de gaz à effet de serre butent sur les mentalités.
Pour dépasser ces difficultés, il est indispensable de mettre en place les conditions d’une perception partagée des enjeux planétaires, dans le quotidien même des acteurs, habitants, entrepreneurs, élus, services, à chacune de leurs différentes échelles de territoire et d’actions. Les représentations doivent être renouvelées et la menace climatique pensée en termes quotidiens. Penser carbone comme on pense euros, à chaque prise de décision, est déterminant. L’expérience francilienne montre qu’un tel mode de pensée est susceptible de déplacer les centres d’intérêt, de révéler les enjeux majeurs du développement durable là où on ne les attend pas (dans le local ; dans les pratiques individuelles) et de revisiter des pratiques installées. L’enjeu de la biodiversité. Logement social : une question à revoir. Dossier : Les nouvelles politiques du logement Pourquoi consacrer un livre au logement social en Europe ? Claire Lévy-Vroelant Comme d’autres chercheurs avec lesquels j’étais en relation depuis des années dans le cadre de l’European Network for Housing Research, la question du logement social me préoccupait.
Les échanges que nous avions au cours des conférences montraient d’inquiétantes convergences : pénurie de logements abordables et hausse des prix de l’immobilier dans les grandes villes, transformation du logement social en termes de quantité, de qualité, de peuplement, de management, d’image, impact sur les quartiers des opérations de rénovation urbaine… Dans le même temps, la comparaison n’est pas un exercice facile et d’autres insistaient sur les divergences, sur l’existence de systèmes d’habitat duals ou unitaires, sur les différences entre les régimes d’État providence.
Vous parlez d’une « révision générale » du logement social. Que comparaison peut être raison ! Faut-il « patrimonialiser » les grands ensembles. Hôtel de ville de Sarcelles © DREIF 2006 Paradoxale voire provocatrice, cette question va à l’encontre des idées reçues et des représentations politico-médiatiques. Faudrait-il muséifier des HLM quand nombre de Monuments historiques exigeraient un meilleur entretien ? Faudrait-il prendre le risque de gentrifier des logements dont la vocation est avant tout sociale ?
En réalité, à l’heure où la notion de patrimoine s’est étendue au point de s’appliquer à la plupart des types de bâtiments construits au vingtième siècle, les grands ensembles de logements ne peuvent plus échapper à ce questionnement. Pourquoi les grands ensembles méritent-ils d’être intégrés au Patrimoine ? Les grands ensembles de logements symbolisent avec force les Trente Glorieuses et leur ambition d’un logement digne pour tous. Les Courtillères, Pantin ©Dreif, 2000 De quels outils dispose-t-on pour « patrimonialiser » les grands ensembles ? Les Grandes Terres, Marly-le-Roi ©Dreif, 1978. Le logement social en Europe : l'impossible modèle.
Dossier : Les nouvelles politiques du logement Les débuts d’année sont toujours l’occasion de faire le point sur l’année écoulée et de formuler de bonnes résolutions pour l’année qui se prépare. La transition d’un siècle à un autre n’est-elle pas aussi l’occasion de faire l’état des lieux pour mieux se projeter dans l’avenir ? C’est explicitement ce que fait l’ouvrage coordonné par Claire Lévy-Vroelant et Christian Tutin.
Son sous-titre, « la révision générale » sonne comme une injonction à changer la donne ou, plus exactement, à accompagner le changement qui s’accélère en Europe depuis les années 70 pour sa partie ouest, et 90 pour les pays de l’ancien bloc soviétique. L’ouvrage est bien une réflexion de début de siècle, puisqu’il est alimenté par les échanges tenus depuis l’an 2000 lors des grandes conférences de l’European Network for Housing Research (ENHR) entre des spécialistes de la question du logement social dans différentes régions d’Europe. Vertus et vices du développement de l’accession à la propriété. Dossier : Les nouvelles politiques du logement Avec une grande constance depuis les années 1970, les gouvernements successifs ont fait du développement de la propriété un axe majeur des politiques du logement.
La « France de propriétaires », slogan de Valéry Giscard d’Estaing lors de la campagne électorale de 1974, constitue un leitmotiv jamais renié depuis, même si les majorités de gauche y ont apporté quelques nuances. L’objectif de « 70% de propriétaires » constitue, à ce jour, la seule priorité clairement énoncée de la politique du logement menée sous la présidence de Nicolas Sarkozy ; c’est aussi le seul volet de cette politique qui semble préservé en temps de rigueur budgétaire. Où en est-on aujourd’hui de cette feuille de route ? Quels sont les objectifs poursuivis et les pièges qu’ils masquent ? État des lieux Notons enfin la relation très forte qui unit, en France, la propriété du logement à la maison individuelle. Arguments Contre-arguments Prudence ? Accession à la propriété : que change la crise.
Dossier : Les nouvelles politiques du logement C’est peu dire que la crise mondiale qui vient d’intervenir modifie le contexte dans lequel s’exercent les politiques publiques destinées à encourager l’accession à la propriété. Pour autant, peut-on conclure que la pertinence ou les modalités de ces politiques soient mises en question partout et de façon identique ? En quoi cette crise change-t-elle les données de la politique française ? La réforme qui est entrée en vigueur le 1 janvier 2011, qui verra le Prêt à taux zéro + (PTZ+) se substituer au Prêt à taux zéro (PTZ) [1] et à la déduction fiscale des intérêts d’emprunt immobilier [2], représente-t-elle un changement complet de modèle ? Avant la crise financière (1996-2007) En France comme dans la plupart des pays occidentaux, la demande de logement a été dopée par la baisse des taux et par l’allongement des durées des prêts qu’elle a favorisé. La hausse des prix a également eu pour effet mécanique de réduire l’efficacité des aides.
Logement : pour un acte III de la décentralisation. Dossier : Les nouvelles politiques du logement En matière de logement, le choix avait été fait, lors de l’acte I de la décentralisation en 1982, de ne pas décentraliser. Il obéissait à la fois à des raisons économiques (l’État souhaitait conserver ce levier essentiel de régulation) et politiques (le logement social est un outil de la solidarité nationale). La réalité de marchés locaux évoluant toutefois de manière de plus en plus contrastée selon les « bassins d’habitat », la volonté d’élus précurseurs (Rennes [1], Nancy) a rapidement entraîné une dynamique de « territorialisation » des politiques locales d’habitat. Ainsi, les Programmes locaux de l’habitat (PLH) instaurés en 1983 se multiplient à l’initiative des intercommunalités et l’État donne des marges de manœuvre à ses services déconcentrés et leur permet de contractualiser les financements sur la base des PLH. Pour des autorités organisatrices décentralisées Un socle national Des responsabilités claires Des ressources propres.
À quoi servent les logements neufs. Dossier : Les nouvelles politiques du logement Depuis de nombreuses années, tant au niveau national que dans le cadre des politiques locales, l’expression majeure des politiques du logement se résume à deux dimensions prétendument complémentaires : développement de la propriété et accroissement de la construction neuve. Le second volet du diptyque apparaît le plus souvent comme l’expression majeure de la solution à la crise du logement, qui serait principalement due à un déficit quantitatif accumulé depuis la remise en cause des aides à la pierre et le ralentissement de la construction induit par la réforme de 1977. Les analyses formulées en ces termes évoquent souvent un manque d’un million de logements, dont la résorption supposerait d’atteindre pendant quelques années un rythme national de production neuve de 500 000 logements par an, dont 70 000 en Île-de-France.
Un nombre de logements manquants surévalué La simplicité de ce raisonnement ne résiste pourtant pas à l’analyse. Construire des logements en 2010 : une loi handicapante. Dossier : Les nouvelles politiques du logement Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que la France manque de logements, et notamment pour les plus défavorisés d’entre nous. Bien que des logements neufs se construisent et que des grands ensembles se rénovent, les statistiques montrent qu’en 2005 il y a eu 400 000 mises en chantier de logements, tandis qu’en 2010 il n’y en aura plus que 275 000. On sait aussi que dans les années 1995, un logement social de 3 pièces mesurait entre 65 et 70 m2 quand il n’atteint plus aujourd’hui que 60 à 64 m2 afin de minimiser le montant des loyers. La loi sur l’égalité des droits et des chances, qui a débouché entre autres sur la réglementation d’accessibilité, impose que tous les logements construits ou réhabilités respectent maintenant un certain nombre de prescriptions dimensionnelles jointes en annexes (voir annexe n°1).
Cette règle doit aussi être appliquée sur les opérations de promotion immobilière. De l’urbanisme réglementaire à l’urbanisme de projets. Couloirs d’exil. Un paysage global de camps. La ville est le développement durable. L'urbanisme commercial menacé de vide juridique. Le maire, le promoteur et l’accession sociale. Élus et promoteurs : entre normes et négociations. Le genre et la ville. Homosexuels des villes, homophobes des banlieues. La femme, avenir de la ville. Télétravailleuse à la campagne, un pis-aller nécessaire. Le « Royaume de la femme » et ses multiples usages.
Le réaménagement des Halles de Paris : quelle concertation. Vers un impôt local sur les revenus. Démocratie participative : une mosaïque d'expériences aux contours incertains. Katrina, les citoyens et l’État contractuel. Grand Huit, grand pari, gros problème. Paris Métropole : l’exigence d’avancer. Pour un fonds d’investissement métropolitain, mais à quelles conditions. De la gouvernance du Grand Paris. État et foncier : quand les rocades du Grand Paris tournent autour des questions. Les "villages roms" ou la réinvention des cités de transit.
La région de Vitória au Brésil : une métropole sans gouvernement. Tel Aviv : mémoire d’une ville. Villes arabes en révolution : quelques observations. L’aventure des mots de la ville. Penser la ville hypermoderne : l’héritage de François Ascher. Construire autrement avec Patrick Bouchain. Hertzberger : de l'architecte et de l'usager.
Une autre histoire du modernisme. Une France commune. La pensée au travail. Chicago : une pensée de la ville en « coupe » L'interdiction de l'affichage public à São Paulo. (Dé)mesure de la périurbanisation. Entre ville et campagne, l’avenir de nos métropoles. La périurbanisation comme projet. Innovation : le rôle de l’art dans les territoires. Innovation et territoires : quel modèle pour sortir de la crise. L’artiste et ses territoires. « Ghetto », « relégation », « effets de quartier ». Critique d'une représentation des cités. L’École de la rénovation urbaine : un nouveau bricolage idéologique. Les urbanistes territoriaux revendiquent une troisième voie entre grands corps de l’État et professionnels libéraux.
Faire la ville sans les jeunes urbanistes. Les grands ensembles : nouveaux ghettos français. Le Grenelle de l’environnement et la lutte contre la précarité énergétique. Le marché des certificats d’économie d’énergie. La réforme de la filière déchets en Sicile (1999-2010) Les salles de consommation de drogues : entre santé et sécurité publiques. Quelle place pour les salles de consommation de drogues. Quai 9 : une salle d’injection au cœur de Genève. Des salles de consommation de drogues en ville.